‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 47 sur 147 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La Scolastique et les Espagnols. — Jean de Celaya.

Lorsque les querelles qui avaient agité la vie de Martin Lemaistre furent assoupies, le débat philosophique recommença sur un autre terrain. La doctrine

1. Epître dédicatoire de Gelidius à Jacques de Gouvéa, en tète du traité De quinque universalihus.

2. « Quis nescit scholani barbaranam eqauni durateum passim vocai'i?» Leodegarii a Quercu oratiancala Lutetix habit j Kala. octob., cuin auspicaturus esset Timxum Ciceronis in Athcneo barharano. Paris, 4557,

DE SAIMK-BARBE. M3

fut laissée de côté; on se mit à examiner la métliode du moyen âge, et à trouver futiles ses interminables distinctions. La langue créée pour exprimer les opérations d'une analyse qui descendait jusqu'aux atomes parut hideuse, comparée à celles des anciens, et l'on parla de revenir à une philosophie t[ui pût ne pas exclure la forme littéraire.

Un professeur de Navarre prêcha le premier pour cette réforme. C'était Lefèvre d'Etaples, homme d'une douceur angélique, vénéré de tout le monde à cause de son caractère, et le seul peut-être à qui il était permis d'introduire une si grande nouveauté sans causer de déchirements.

Les convulsions des temps passés ne se renouvelèrent pas; mais comme il s'en fallait que tous les esprits fussent disposés à se laisser convertir par Lefèvre d'Etaples, il y eut une forte et longue résistance, dans laquelle les Espagnols se distinguèrent par-dessus tous les autres.

Ces étrangers formaient dans la nation de France une tribu nombreuse et bruyante. Ils aimaient à batailler, et lorsqu'ils s'étaient rendus les protecteurs d'une cause, ils la défendaient à outrance. C'est ce qu'exprimait très-bien un de leurs compatriotes à propos même de leur opposition en faveur de la vieille scolastique : « Commç les nôtres sont d'invincibles chevaliers, ils tiennent ferme dans le château de l'Ignorance; » et le même auteur ajoute : « De cette façon , ils rendent à l'Université de Paris le détestable service de la ridiculiser aux yeux de l'Europe; car n'est-il pas devenu proverbial qu'à Paris l'on instruit la jeunesse à ne rien savoir, I 8

sinon dire des sottises avec une intarissable loquacité ' ? »

Mais pourquoi les Espagnols avaient-ils embrassé ce parti? La nouveauté n'était pas ce qui les effrayait: ils en avaient donné des preuves, même en matière de foi, et jusqu'au sacrilège. Quinze ans avant le premier éclat de Luther, plusieurs d'entre eux furent accusés d'avoir formé une secte à Paris, qui endoctrinait les écoliers et les excitait à \ioler l'hostie dans les églises ^ Aussi bien, tout ce qui s'était introduit depuis peu pour améliorer l'enseignement de la grammaire et des langues, ils l'avaient accueilli sans difficulté. Mais le livre fondamental pour l'étude de la philosophie était un abrégé de YOrganon d'Aristote, composé par un certain Pierre d'Espagne ^ Le cours des arts commençait par l'interprétation de cet ouvrage, et longtemps avant de l'expliquer, on le faisait apprendre par cœur aux enfants ' : c'était un véritable catéchisme. Ce fut assez qu'il portât le nom d'un compatriote pour que toute entreprise contre la méthode à laquelle il servait d'introduction fût considérée par les Espagnols comme une atteinte à l'honneur castillan. Us ne voulurent pas entendre parler d'un progrès qui ruinait une autorité dont ils étaient fiers pour leur pays.

Sainte-Barbe était l'un des collèges qu'ils fréquentaient de préférence : la réforme de Lefèvre d'Étaples fut repoussée de Sainte-Barbe.

Page 1