Gallorum dnctrina iUustrinm closia
ib8 HISTOIRE
L'énergique caractère de Georges Buchanan s'était déjà formé au milieu des plus rudes épreuves lorsqu'il entra à Sainte-Barbe \
Il était fils d'un pauvre petit laird écossais du comté de Lennox, qui le laissa orphelin en bas âge. Mis à l'école par un oncle maternel, il annonça des dispositions si heureuses qu'on fit le sacrifice de l'envoyer à Paris. Il avait alors quatorze ans. On le plaça dans une maison où la versification était presque l'unique exercice auquel on occupât les enfants. Cette circonstance détermina la tournure particulière de son talent. Il devint l'un des meilleurs poètes qui aient fait parler la muse latine dans les temps modernes.
Ses études n'étaient pas achevées qu'il perdit son oncle; lui-même tomba malade à la mort. Son unique ressource fut de se faire transporter dans son pays, où il mit près d'un an à se rétablir. Il n'avait point encore de vocation arrêtée. L'étude lui était chère, mais les mouvements d'une humeur inquièle troublaient en lui la paisible flamme dont il brûlait pour les lettres. Tout à coup le bruit se répand en Ecosse qu'une armée française vient soulever le pays contre l'Angleterre; les clans se mettent sous les armes. Buchanan ne résista pas à la tentation d'attacher à son flanc la grande épée de son père. Il fit avec les highlanders, au cœur de l'hiver et dans la neige, la triste campagne de 1523, d'où il rapporta, au lieu de l'affranchissement de son pays et de la gloire qu'il avait rêvée, une nouvelle et longue maladie.
1. Les détails historiques qui suivent sont tirés de l'autobiographie placée en tête de ses œuvres complètes.
DE SAINTE-BARBE. d59
Lorsqu'il fut guéri, il songea à terminer sa philosopliie pour prendre ses grades. Jean Major, qui avait quitté Montaigu pour respirer pendant quelques mois l'air natal, se trouvait alors à Saint- Andrew, où il employait son temps à débiter un cours de dialectique. Bucbanan alla l'écouter, et quoiqu'il professât déjà un souverain mépris pour le talent du personnage et pour les billevesées dont il repaissait son auditoire, il s'attacba à lui en vue du diplôme auquel il aspirait. 11 le suivit à son retour en France, se remit aux disputes de l'école sans avoir toujours de quoi satisfaire son appétit, et enfin, après avoir gagné le bonnet de maître es arts, se fît connaître de Gouvéa, qui lui donna à faire la classe de troisième dans son collège.
Une distinction universitaire euivit de près les débuts du jeune professeur écossais. Le 3 juin 1 529 il fut élu procureur de la nation d'Allemagne : bonneur dont il aurait joui trois mois plus tôt, si les ïudesques n'avaient mieux aimé faire scbisme et causer un interrègne que s'associer au vote des Anglais en sa faveur '. A la seconde élection il n'y eut plus d'obstacle.
Ainsi qu'on l'a déjà expliqué, les procureurs des nations étaient les cbefs des compagnies dans lesquelles les membres du corps enseignant étaient répartis d'après le lieu de leur origine. Cette magistrature durait un mois. Elle consistait à présider les assemblées particulières de la nation, à rapporter ses conclusions à l'assemblée générale de l'Université, à ordonnancer les fonds dont le questeur ou trésorier avaient le maniement. L'objet ordinaire de la dépense