CHAPITRE III
Priucipalats des frères Geoffroi et Jean Lenorinaiit.
La première année de l'existence de Sainle-Baibe est une année mémorable dans l'iiistoire de France. Elle vit mourir Charles VII, et revenir de l'exil, pour lui succéder, le redoutable Louis XI, son fils aine, qui s'était depuis longtemps séparé d'avec lui. Paris fut le théâtre de cérémonies tour à tour tristes et joyeuses, où le nouveau collège eut l'occasion de montrer sa bannière en pubHc. Ses élèves formèrent une compagnie de plus dans l'interminable défilé de l'armée scolastique. On les appela dès lors les Barbarains, Barbarani^ et quelquefois Barharistse. C'est de cette dernière forme que dériva plus tard l'appellation toute française de Barbistes.
L'Université de Paris se disait la fille aînée des rois. Par l'avènement de Louis XI elle passa sous l'autorité d'un père fort dur pour elle par moments, mais ami des lettres et lettré lui-même, curieux de tous les genres de recherche, généreux sans mesure à l'égard de ceux qui annonçaient du talent. Il est impossible que Sainte-Barbe ne se soit }>as ressentie de ses bienfaits, ayant eu pour premiers directeurs, ainsi qu'on va le voir, des hommes qui eurent accès et même faveur auprès de lui.
Geoffroi Lenormant fit connaissance avec le nouveau roi à Tours, peu de temps après son sacre. L'Université le députa vers lui pour obtenir la confirmation de ses privilèges'. L'usage voulait qu'au commencement de chaque règne on demandât une pareille confirmation. Elle n'était pas facile à tirer d'un maître jaloux de son pouvoir, aux yeux duquel la plupart des vieilles prérogatives étaient des monstruosités. Il faut que le principal de Sainte-Barbe n'ait pas réussi dans son ambassade, car les lettres patentes dont l'Université poursuivait la délivrance ne furent apportées qu'au bout de plusieurs mois et par un autre que lui. Une seconde mission lui fut confiée en 1466', sans doute avec plus de succès, parce que dans l'intervalle il s'était formé entre le roi et lui un lien propre à le mettre en plus grande recommandation.
Aux titres universitaires Geoffroi Lenormant en joignait un autre d'une nature toute différente. Il était abbé ou chef spirituel de la Grande confrérie aux Bourgeois. On appelait ainsi une association de piété et de charité qui se composait des cent Parisiens les plus riches et les plus considérés dans le clergé et dans la bourgeoisie. Louis XI voulut en être, sachant que dans les temps de trouble la politique s'était toujours mêlée aux exercices des confrères. 11 lui sembla que, s'il prenait part à leurs dévotions, il y trouverait le double avantage de les surveiller de plus près et de se les enchaîner par le serment d'assistance