Archives de l'Université, reg. 8, fol
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mutuelle sur lequel reposait l'association. Il s'achemina donc un matin vers leur église, qui était la paroisse de Ja Madeleine en la Cité. Il avait choisi un jour de fête de Notre-Dame, où Geoffroi Lenormant disait sa messe devant la confrérie assemblée. Comme on ne refusait jamais les rois, princes et prélats qui voulaient bien se faire recevoir, il fut admis d'emblée, avec son ami Balue et plusieurs grands personnages de sa suite '.
L'abbé de la Grande confrérie avait fort à faire ,* tant pour les distributions de secours qui se donnaient sur la caisse commune, qu'à cause des nombreux obits qu'il avait à célébrer pour les membres défunts. Geoffroi Lenormant se crut obligé, à cause de ces soins, de renoncer à l'administration de son collège. Il quitta Sainte-Barbe, après avoir mis son frère à sa place.
Depuis la réforme de 1460, Jean Lenormant s'était retiré comme étudiant dans la section de théologie de Navarre, et il avait achevé d'y prendre ses grades. Il était donc docteur, bénéficier de la cure de Saint- Côme à Paris et du décanat de la cathédrale de Senlis, avec cela très-beau parleur et gallican au possible. Louis XI, quoique ayant déchiré le pacte des libertés gallicanes, ne haïssait pas qu'on fut gallican. On savait même dans le corps enseignant qu'il préférait avoir affaire aux hommes de cette opinion, parce qu'en les faisant parler, il tirait d'eux des arguments
4. Le Roux de Lincy, Recherches sur la Grande confrérie de Notre-Dame, etc., dans le tome XVII des Mémoires de la Société des Antiquaires de France.
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qui lui servaient au besoin. Cela fut cause que Jean Lenormant se vit charger, comme son frère, de plusieurs missions en cour'.
Il est bien regrettable que la destruction des archives primitives du collège nous laisse dans l'ignorance de ce que ces deux, hommes de mérite firent pour assurer le succès de leur établissement. Leurs actes sont perdus pour nous. Nous n'avons que l'histoire de l'Université pour nous instruire de quelques Ikits dont Sainte-Barbe dut ressentir le contre-coup sous leur gouvernement, pour nous figurer certaines scènes qui troublèrent le calme habituel de son enceinte, sans doute à leur très-grand regret.
Le nombre de leurs élèves s'accrut nécessairement par suite d'une guerre à outrance qui fut commencée en 1463 contre les martinets. Les martinets étaient cette population d'écoliers sans aveu, souvent sans gite, qui perpétuaient l'image de la barbarie au sein d'une société déjà policée. Il y avait, dans le nombre, des sujets bien dignes de considération, d'admiration même ; de pauvres enfants qui avaient Jdu se passionner pour l'étude au milieu de l'abjection où ils étaient nés. Ils venaient acheter la science au prix de toutes les angoisses de la misère, vivant d'aumônes ou du modique salaire qu'ils gagnaient en se livrant aux plus vils travaux. Mais autour de ceux-là s'agitaient des turbulents, incapables de toute assiduité, ennemis de toute discipline, coureurs de collèges et encore plus de cabarets, qu'on rencontrait inévitablement dans
\. Làunoy, Regii Navarrx ^mnasii historia , p. 213 et 940; Duboulay, Hist. Univ., t. V, p. 894.
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les émeutes et trop souvent parmi les bandes livrées aux plus coupables industries. L'Université était honteuse d'avoir à en réclamer à la suite de toutes les captures que faisait la police. Elle statua qu'elle n'admettrait plus aux grades que les élèves munis d'un certificat témoignant qu'ils avaient passé le temps de leurs études dans un collège, dans une pédagogie ou chez quelque honnête bourgeois de la ville : défense aux professeurs de recevoir les martinets dans leurs classes, défense aux bedeaux de la Faculté de les conduire aux examens. Ce décret fut porté et lu dans tous les établissements d'instruction > affiché dans la cour de chacun d'eux, en lieu haut où tout le monde pût le voir sans y porter la main ^ Plusieurs années de suite les mêmes formalités se renouvelèrent à la rentrée des classes ; puis la sévérité se relâcha, et l'on vil les martinets pulluler de nouveau. Leur race ne disparut que cent quarante ans plus tard, après les guerres de religion , c'est-à-dire lors de l'affaissement de l'Université.
Un autre abus, dont le gouvernement de Louis XI obtint la répression, fut la célébration de la fête des rois, qu'on appelait regalia dans le latin de la montagne Sainte-Geneviève, et qui, dans le latin de Rome, se serait appelée saturnalia. Ce jour-là les portes des collèges restaient ouvertes, et les écoliers, libres de toute surveillance, sortaient couverts de haillons, d'habits retournés ou de tout autre accoutrement ridicule. Us allaient en lieu propice tenir une grande assemblée, où se réunissait à eux toute la jeunesse des couvents,