‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 10 sur 110 · Moniteur du 3 et du \ 4 germinal, an VIT · texte numérisé non relu

Moniteur du 3 et du \ 4 germinal, an VIT

2. Règlements du Collège des Sciences et des Arts (an VIII), chap, IV, tit. 2,

ment, pour ce qui le concernait, subordonna la mesure au rétablissement du culte catholique romain, qui était entré dans les desseins du Premier Consul, de sorte que c'est en 1802 seulement, après la publication du Concordat, qu'un oratoire fut établi dans chacyne des sections du Prytanée. M. de Lanneau, plus libre dans ses allures, répondit aussi avec plus de promptitude au vœu général. Dès que les offices furent célébrés régulièrement dans son quartier, il conduisit ses élèves à ceux de Saint-Benoît. Un peu plus tard, lorsque les paroisses eurent été rétablies, il eut à Saint-Étienne-du-Mont une chapelle particulière, dont un aumônier attaché à son collège desservait l'autel. Enfin, à cause du désordre inévitable qu'engendraient les allées et venues à la paroisse, il demanda et obtint l'autorisation dt; faire célébrer le culte dans sa maison. L'ancienne chapelle, bâtie en 1695, avait été affectée à d'autres usages et entièrement défigurée. Plutôt que de la remettre en état, .il parut plus commode d'en bâtir une» nouvelle. L'emplacement choisi fut le dessus d'une aile basse, distribuée en salles d.'étude, laquelle avait été élevée dès l'an IX, sur le vide laissé le long de la rue de Reims, entre le bâtiment reconstruit par la ci-devant Université et celui de Robert Dugast'. La consécration eut lieu à la rentrée des classes de 1 807.

Le règlement du Collège imprimé l'an VIII contient une disposition organique qui ne se retrouve plus dans celui de 1806. Le premier de chaque mois, et plus souvent, s'il était besoin, les maîtres

\. Voyez tomes I, p. 305, et II, p. J82.

se réunissaient en présence du directeur, ou des deux directeurs tant qu'il y en eut deux. Cette assemblée s'appelait le Conseil dinstruction. Toutes les observations relatives aux études et à la tenue des élèves y étaient apportées. On exposait ce qu'on avait fait, et ce qu'il semblait qu'on pourrait faire; on discutait les points douteux qui s'étaient présentés quant à l'interprétation ou à l'application des lois établies ; enfin on prononçait les peines encourues pour les cas graves, dont le jugement était expressément réservé à ce tribunal. Ce qui s'était dit ou fait au Conseil d'instruction déterminait le tour et le ton des mercuriales de M. de Lanneau.

Le régime de Sainte-Barbe, qui passait pour dur il y a trente ans, l'était encore un peu plus au commencement du siècle. Les élèves, par exemple, n'avaient pas d'autre salle de toilette que la cour, et cela en toute saison. La fontaine d'Arcueil, qui leur donnait l'eau pourboire, la leur versait aussi pour se laver. L'hiver, si la gelée obstruait les conduits, on leur apportait des seaux remplis à la rivière, dont ils étaient obligés de casser la glace pour y plonger les mains. De même, en toute saison, ils restaient la tête nue à l'intérieur, et aucun ne savait ce que c'était que porter double liabit par le froid. Les parents acceptaient cela, ne connaissant pas encore l'art, si perfectionné aujourd'hui, de détruire la force physique des enfants par les raffinements de l'éducation. première. Aussi, lorsque l'académicien Arnault, présidant la distribution des prix de l'an IX, félicitait ses jeunes auditeurs, parmi lesquels était son propre fils, de ce que leurs instituteurs « s'étudiaient à semer les fleurs sous leurs

pas * , » cette expression poétique ne s'appliquait point à un régime de délices dont personne n'avait alors l'idée; elle était un hommage au talent déployé par la direction pour rendre aux écoliers le séjour du collège attrayant.

Dès 1800, l'idée du Premier Consul fut d'assujettir la jeunesse des écoles au régime militaire. C'est pourquoi on donna aux élèves du Prytanée un habillement à peu près semblable à celui de l'ancienne école de Brienne. Comme marque d'égalité, et comme élément de propreté, l'uniforme plut à notre Directeur; il en fit prendre un à ses élèves, mais qui n'était nullement militaire par l'apparence, car il consistait en une culotte bleue et un habit de même couleur à grands revers, avec un gilet rouge et un chapeau rond. Sur les boutons de l'habit était inscrit le nom du Collège des Sciences et des Arts. Ce vêtement n'eut l'approbation ni du gouyernement ni des familles. Il dura peu.

L'idée d'une maison de campagne semblable à celle qui tient une si grande place dans l'histoire de la Communauté ne fit qu'un, dans l'esprit de M. de Lanneau, avec le dessein de restaurer Sainte-Barbe. Pendant sa société avec M. Miellé, il se procura l'usage d'un pavillon et du vaste jardin de l'ancienne abbaye de Port-Royal (aujourd'hui la Maternité), où il envoyait jouer les enfants les jours de quintidi. Il loua ensuite une maison à Gentilly, pour plus de conformité avec la tradition de l'ancienne Sainte-Barbe, qu"'il voulait faire revivre. Enfin il prit à bail à Vaugirard, en 1802,

1, Distribution des prix du Collège des Sciences et des Arts, cidevant Sainte-Barbe, an IX. — In-4".

la propriété qui a\ait servi de maison de campagne aux ci-devant élèves philosophes de Saint-5ulpice\ Sainte-Barbe garda la jouissance de cette maison jusqu'en 1820. Les élèves y étaient menés le jeudi. Leur longue file, bien connue du peuple de Paris et que nul n'eût cherché à rompre impunément, s'acheminait par la rue de Vaugirard. M. de Lanneau luimême, s'avançant dans sa sévère et belle tenue , fermait la marche. Une charrette suivait, qui portait les vivres.

Une cérémonie que le Directeur introduisit dans les usages de Sainte-Barbe, après l'abolition des fêtes républicaines, fut célébrée à Vaugirard plusieurs années de suite. On l'appelait le Lendit; mais ce Lendit n'avait de l'ancien que le nom et la saison. Le 10 juin, de bon matin, les grands jeunes gens des cours de mathématiques et de belles-lettres étaient envoyés en promenade à Saint-Cloud, où ils s'approvisionnaient de mirlitons. Tout le collège se trouvait réuni dans l'après-midi à la maison de Vaugirard, et là commençait un concours à l'inslar des jeux olympiques. Des rubans tendus sur des pieux circonscrivaient une arène. Des prix étaient proposés pour la course et pour le saut. Un jury d'élèves, siégeant à côté du Directeur, réglait l'épreuve, et proclamait les vainqueurs. Les récompenses étaient des boîtes garnies d'objets à l'usage des écoliers.

Celte mise en scène intéressait vivement les élèves; elle les excitait à se livrer pendant le cours de l'année à des exercices du même genre, et c'est ce que voulait

\. L'abbé Gaudreau, Histoire de Vaugirard, p. iSo.

M. de Lanneau. Dans son système, les 'récréations devaient être employées à se donner du mouvement. Les jeux que l'on joue accroupi ou assis n'étaient pas de son goût. Quand il voyait des enfants occupés de la sorte, il imaginait des moyens pour les déranger et les mêler, bon eré mal gré aux ébats de leurs camarades plus turbulents. De Yâ son approbation pour le jeu de balle, dont il donna la mesure un jour, en allongeant de quelques minutes la récréation, pour laisser le temps de finir une partie qui tenait tout le collège en admiration.

La natation était encore un exercice dont il faisait le plus grand cas ; tous ses élèves l'apprenaient dans les premiers temps du collège, et il excitait leur émulation par un prix donné à la fui de l'année. Le concours pour ce prix était également très-solennel. Il consistait à parcourir sans s'arrêter l'espace entre le Pont-NationaP et celui de la Concorde. Le public, amassé sur ces ponts et sur les deux quais, était spectateur.

Cette épreuve, d'abord très-applaudie, était déjà incompatible avec les mœurs de l'an X; quant au Lendit avec ses prix d'agilité et de souplesse, il cessa lors de la création de l'Université impériale. Celle-ci n'ayant rien couché de pareil sur ses programmes, n'entendait pas que, par la moindre chose ajoutée, on se donnât l'apparence de vouloir faire mieux qu'elle. La gymnastique ne fut acceptée que vingt ans plus tard, après que le colonel Amoros en eut réglé l'enseignement.

Les hommes qui furent écoliers sous le Directoire et fe Consulat ne sont déjà plus très-nombreux ; mais

i. Aujourd'hui Pont-Royal.

autant on en rencontrera, qu'on les interroge sur Timpression qui leur reste des années de leurs études: ils témoigneront tous de l'ardeur extrême qui les enflammait eux et leurs condisciples. Un élan de patriotisme était dans les esprits; on voulait à toute force que la France, la première par les armes, par les sciences et par les arts, redevînt aussi la première par les lettres; chacun se faisait un devoir de réparer l'effet produit par l'interruption passagère de l'enseignement, et l'organisation, beaucoup moins perfectionnée qu'elle n'a été depuis, laissait une latitude salutaire *à la bonne volonté. Ces dispositions furent heureusement secondées par le talent des professeurs employés dans les écoles de l'État. Ceux des Écoles centrales furent toujours pris dans l'élite des littérateurs ou des savants, et ils tinrent à honneur de s'acquitter dignement de leur mission. Pour ne parler qu^des maîtres dont nos barbistes reçurent les leçons, nous trouvons dans le nombre des littérateurs tels que Boisjolin, Domergue, Sélis, de Saint- Ange; des humanistes tels que Binet, Guéroult, Mahérault, Goffaux, Létendart; des naturalistes tels que Valmont, Brongniart et Cuvier ; les géomètres Lacroix, Labey et Duport ; le géographe Mentelle, et Millin, savant en toute chose, et pour maîtres de dessin un Moreau, un Regnault, un Bachelier. Les cadres non moins bien remplis du Prytanée nous offrent les noms de Laromiguière, Caslel, Luce de Lancival.

L'animation que des maîtres d'un si grand mérite introduisaient dans l'enseignement, entretenue, augmentée à Sainte Barbe par l'ascendant de M. de Lanneau, enfantait ces triomphes des concours au delà desquels apparaissaient encore d'autres récompenses,

kk . HISTOIRE

Stimulant suprême de l'émulation. Les services publics souffraient delà disette de sujets instruits, elles hommes d'Etat n'abandonnaient point à la recommandation le soin de leur désigner ceux qu'il était utile d'acquérir. Ils allaient eux-mêmes faire leur choix dans les écoles. Maintes fois les examens généraux et les distributions de prix furent pour les minisires ou leurs délégués l'occasion de discerner des jeunes gens qu'ils ne tardaient pas d'appeler à des emplois; de sorte qu'après ses études faites avec succès, on était sûr de trouver immédiatement une carrière. Voilà ce que les vieillards racontent de cette époque, véritable âge d'or pour ceux qui aspiraient aux professions libérales. Les distributions de prix, qu'honoraient de leur présence les premiers fonctionnaires de la RépubHque, eurent encore plus de solennité qu'aujourd'hui celles du concours général. Il n'y avait qu'une cérémonie pour tous les concours généraux et particuliers des Écoles centrales. Le lieu ordinaire de la séance était le temple de l'Oratoire. Le premier lauréat couronné, gardant sa couronne sur sa tête , proclamait les autres récompenses; mais avant d'en venir aux proclamations , on lisait les meilleures pièces de vers composées dans les diveis cours de littérature. C'est ainsi qu'on entendit en l'an XI l'éloge du collège Sainte-Barbe, ouvrage du jeune François Barrière, et en l'an XII une épître d'adieu , adressée par le même élève à ses maîtres des Ecoles centrales \ Barjaud, autre barbiste, fut

i. Mes adieux aux Écoles centrales et à mes amis de collège, Epître par J. F. Barrièie, élève du Collège Sainte-Barbe, et de INI. de Saint-Ange, professeur de belles-lettres à l'École centrale de Saint-Antoine. — Ia-8°, Paris, impr. Panckoucke.

admis également en l'an XII à lire des fragments d'un poème intitule Me] pomme.

Barjaud, mort depuis cinquante ans, appartient à l'histoire. Il reçut les applaudissements de ses contemporains; sa fin précoce fut déplorée comme une perte pour le pays *.

Envoyé de Montluçon à Sainte-Barbe à l'âge de quinze ans ^, ce jeune homme se plaça aussitôt parmi les athlètes qui fondèrent dans les concours la réputation du collège. Il s'adonna avec une égale facilité à la musique , à la peinture , à la composition des vers; c'est par les vers qu'il eut l'ambition de s'illustrer. Son premier succès devant le public fut de remporter en \ 81 \ le prix d'une joute poétique à laquelle prirent part douze cent soixante-trois littérateurs français, latins, italiens et allemands. Le sujet proposé était la naissance du roi de Rome \ Barjaud fut le premier dans le concours des auteurs français , et le premier encore dans le concours des vainqueurs couronnés pour chacune des quatre langues. Sa réputation s'étendit par la publication de diverses odes et de fragments d'un poème épique sur Charlemagne*. Ce dernier ouvrage n'était encore qu'à l'état d'ébauche dans sa tête. Il lui sembla que, pour combler le vide

1, Moniteur du 4 décembre 1818; Rabbe, Biographie des Contemporains; Supplément de la Biographie universelle deMichaud.

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