‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 19 sur 110 · Pièce de la Gaîté, qui faisait alors courir tout Paris · texte numérisé non relu

Pièce de la Gaîté, qui faisait alors courir tout Paris

mation de nos têtes le secret des exploits qui font de nous la grande nation. » Et le poëte entame là-dessus l'éloge de Napoléon. C'est la fin de la pièce.

Qui le croirait? cet ouvrage d'un esprit enjoué fut choisi pour servir de prospectus à l'établissement de la rue des Postes ! 11 fut imprimé avec un avertissement où l'on instruisait le public qu'un grand vide allait être comblé dans l'instruction de la jeunesse ; que M. Parmentier allait ouvrir une nouvelle Sainte- Barbe, sinon dans les murs, du moins sur la règle et les principes de l'ancienne ; et la coopération . de l'abbé Lingois ainsi que la formation du conseil des Douze étaient annoncées en même temps \ * La brochure à peine parue, M. Dussault s'en empara pour en rendre compte dans le Journal des Débats, alors Journal de l Empire. Là commença à se montrer le fiel de la haine, et la méchante intention d'une concurrence qui se proposait de décrier ceux dont elle usurpait le .litre. Voici en quels termes le feuilletoniste commentait les vers inoffensifs de Lemaire ;

«L'objet de cette pièce est de célébrer le rétablissement de Sainte-Barbe sous les auspices et sous la direction de MM. Parmentier et Lingois. La joie que ce rétablissement cause à tous les anciens élèves de cette maison devoit nécessairement s'exprimer en latin, et ne pouvoit avoir un meilleur interprète que M. Le-

1. Carmen in sanctse Barbarx festunt . N. E. Lemaire ad socios festum sanctee Barbarse solemni convivio célébrantes. iSO?. Une demi-feuille in-8°, impr. Lenormant. Cette pièce est réimprimée, sans l'Avertissement, dans l'Appendice à la Bibliothèque latine de Lemaire.

maire : c'est dans la langue et sur les instruments de son pays qu'une colonie longtemps dispersée doit chanter sa réunion . Les vers latins ont sans doute peu de faveur aujourd'hui dans le monde ; la raison n'en est que trop évidente ; à peine veut-on pardonner à un journaliste qui en cite quelques-uns. J'espère cependant obtenir ma grâce à cause du motif qui m'anime. Je crois aussi que quelques personnes se rappelleront que les vers latins et les compositions latines de toute espèce ont été les préludes de tant de beaux ouvrages, (}ui font le charme de la nation françoise et la gloire de sa littérature. Boileau, Racine, Voltaire s'essayoient, en latin, à bien écrire en françois. M. Lemaire n'avoit rien à braver en parlant latin devant des barbistes, et sa pièce, imprimée, trouvera encore de bons juges qui auroient été très-dignes de l'entendre, et qui reconnoitront l'excellent latiniste, l'humaniste distingué, dont le nom brillera toujours parmi les souvenirs glorieux de l'ancienne S/iinte- Barbe, et dont la voix étoît faite pour en célébrer la restauration." Si l'on trouve dans ses vers quelques plaisanteries légères sur les personnes et sur les choses, du moins on n'y remarque aucune trace de cette amertume qui auroit pu, dans une telle circonstance, animer la verve d'un autre poète, et que peut-être on auroit pardonnée au zèle d'un vrai barbiste. Nul emportement, nul trait contre ceux qui peuvent avoir spéculé sur le nom et la réputation de cette célèbre Communauté; nulle allusion aux efforts qu'ils ont faits pour se mettre moralement à la place de la Communauté détruite, après s'y être mis physiquement. Le poète n'a vu sans doute dans cette espèce d'usurpation des

pseudo-harbistes qu'un hommage rendu à la gloire d'une école fameuse, et la colère poétique a été désarmée ^ »

Quelle haine que celle pour qui l'absence d'insinuations blessantes dans un ouvrage est un motif d'en tempérer l'éloge, et comme il devient clair par là que l'article de M. Dussault fut moralement et physiquement une mauvaise action !

Accusé de spéculation et d'usurpation, traduit devant l'opinion publique comme un fabricant de pseudobarbistes, M, de Lanneau écrivit immédiatement au proviseur du lycée Napoléon pour lui exprimer sa surprise de ce que des vers, récités dans une cérémonie à laquelle il avait assisté, eussent servi de prétexte h des paroles dirigées contre sa propre considération. M. de Wailly témoignait journellement la satisfaction que lui causaient les élèves de Sainte- Barbe; il leur avait fait l'honneur de venir fêler avec eux leur patronne, le 5 décembre précédent : était-il possible que sa présence au banquet de la rue des Postes eût encouragé l'agression dont M. de Lanneau avait à se plaindre ?

Cette lettre n'était pas encore arrivée à son adresse, que M. de Wailly, prenant les devants, écrivait en ces termes au Directeur de Sainte-Barbe (c'est le titre qui est sur l'adresse) :

« J'ai lu avec peine, Monsieur, dans le Journal de ÏEmpire^ un article dont quelques phrases semblent dirigées contre votre établissement. Je suis entièrement étranger à cet article, quoique mon nom s'y trouve

Page 1