‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 49 sur 110 · Voyez ci-dessus, t. II, p. 3S · texte numérisé non relu

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blique contre la censure que Sainte-Barbe avait essuyée. Ils demandèrent une nouvelle représentation de Manlius et des Fausses confidences. Le ministre de la Police , averti de cela , fit défendre le spectacle. Alors ils convinrent de se rendre tous ensemble aux Français un jour que jouerait Talma, et cette partie de plaisir dut être précédée d'un repas de corps.

Le banquet eut lieu chez le restaurateur Grignon, le 21 décembre. Il fut la contrepartie de ceux que les barbistes de la Communauté avaient célébrés en 1800 et 1807. On y lut des vers français, des vers latins, même des vers grecs; mais il n'y eut pas de dindon. C'était un oubli, d'autant plus malencontreux que M. Jolly, l'auteur des vers grecs, les avait composés en l'honneur du dindon. Vatout, qui était l'un des ordonnateurs de la fête, s'excusa en disant que, si l'on n'avait point servi cette fois le classique volatile, c'était afin que certains aristarques ne criassent pas à la personnalité.

On chanta aussi des chansons oli n'était point épargné l'adversaire à petit collet dont on venait d'essuyer les attaques. O destinée des choses! l'un des auteurs de ces malicieux couplets, M. Mure, alors avoué diligent et compagnon de la plus joviale humeur, vient de mourir sous l'habit austère de saint Bruno, après avoir administré pendant trente ans les biens temporels de la Grande-Chartreuse!

La présidence avait été déférée à M. Gatteaux. Au milieu du festin, cet ancien des anciens, le premier élève formé à Paris par M. de Lanneau, et qui comptait déjà vingt- sept ans d'âge, réclama le silence pour faire entendre sa voix vénérable.

« Mes amis, dit-il, nous avions l'intention d'aller ce soir au Théâtre-Français. JNous avons pensé qu'à une action permise il valait mieux substituer une action louable. Un de nos camarades n'a pu se réunir à nous parce que des malheurs, qu'il a déjà éprouvés à l'entrée de la carrière de la vie, lui ont fait perdre sa fortune, et l'ont placé dans la situation la plus fâcheuse. ]\ous vous proposons de lui faire remettre la somme qui était destinée à nos plaisirs de la soirée. »

La proposition fut accueillie par d'unanimes applaudissements, et suivie de toasts en l'honneur de M. de Lanneau et de Sainte -Barbe. On se sépara en se promettant de recommencer tous les ans la même fête \

Cette jeunesse fut fidèle à sa parole, fidèle au précédent qui avait converti en un acte honorable une simple rencontre de circonstance. La charité consolida les réunions de la Sainte-Barbe ; bientôt il en sortit une association qui devint une puissance dévouée au salut du collège. Nous en reparlerons au moment où son action se fit sentir dans nos affaires intérieures.

i . Comptes rendus de Charles du Rozoir dans le Journal général de France du 22 décembre, et de Charles Bailleul dans le Journal du Commerce du 23; décembre 1816.

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