‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 50 sur 110 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Retour offensif pour la possession du nom de Sainte-Barbe. — Voyage de l'ablié Nicolle h Paris. — Association dite des anciens élèves de la Communauté de Sainte-Barbe. — Arrêté de la Commission de l'Instruction publique en faveur de M. de Lanneau. — Retour déflnitif de l'abbé Nicolle en France. — La maison de la rue des Postes, érigée en collège de plein exercice, prend le nom de collège Sainte-Barbe. — Réclamation de M. de Lanneau repoussée par le Conseil royal. — Consultation de six avocats. — Dualité de Sainle-Barbe. — Mécomptes de l'abbé Nicolle. — Serment prononcé au banquet du 4 décembre 1821.

Les convives du banquet de 1816 comprirent parfaitement que la prédilection pour la rue des Postes avait dicté l'articte de M. Dussault ; mais ils ne devinèrent pas le but de l'attaque. Les chefs de la coalition vaincue en 1 807 avaient vu jour à tenter avec plus de succès une répétition de la même campagne. La guerre pour la possession du nom de Sainte-Barbe allait recommencer.

La circonstance qui ralluma cette convoitise fut la nouvelle d'un prochain voyage de Tabbé Nicolle en France. L'abbé était intimement lié avec le duc de Richelieu, alors chef du cabinet de Louis XVIII. Le familier d'un ministre tout-puissant s'annonçait comme un personnage qui aurait les bras longs; d'ailleurs on était sûr qu'il s'emploierait pour un objet non moins cher à son cœur qu'à celui de ses amis. 11 importait

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donc de décrier l'établissement qu'on s'apprêtait à dépouiller.

Tel est le serpent qui se cachait sous l'herbe, lors de ce retour offensif où les nôtres ne virent que le fait d'une inimitié connue. Dix-huit mois s'écoulèrent avant qu'ils comprissent de quoi il s'agissait réellement. Voyons ce qui se passa dans l'intervalle.

A la fin de l'histoire de la Communauté de Sainte- Barbe, nous avons laissé l'abbé Nicolle partant pour la Russie. Depuis 93 il ne quitta plus ce pays. 11 y trouva de quoi exercer son talent d'instituteur et son goût particulier pour l'éducation des jeunes gens de noble famille. Il établit à Saint-Pétersbourg, sous le nom à' Institut, un pensionnat qui eut de la célébrité. Une mission dont il fut chargé dans la Russie méridionale le mit en relation avec le duc de Richelieu, émigré comme lui, qui employait son exil à créer la puissance d'Odessa. Le duc de Richelieu s'était jadis rencontré avec l'abbé Nicolle sur les bancs du Plessis. Ils renouèrent connaissance, et s'attachèrent l'un à l'autre d'une vive amitié. Ce fut une raison pour l'abbé de se fixer à Odessa. Il y fonda un lycée, qui fut presque aussitôt reconnu comme établissement impérial, et son voyage en France eut pour objet de recruter des professeurs dont il avait besoin.

Il arriva à Paris en 1817, aux acclamations du sé~ nat de la rue des Postes, ce qui ne donna pas à sa présence un grand retentissement. L'âge et la constante fréquentation du plus grand monde avaient aplani les aspérités de son caractère; la forme chez lui était exquise, mais le fond n'avait pas changé, et

les opinions encore moins. Ce n'est pas en Russie qu'il avait pu apprendre à pardonner aux événements devant lesquels il avait fui. Ses préventions contre tout ce qu'il allait voir dans son pays étaient de nature à le fourvoyer plus d'une fois, malgré ses efforts pour être prudent.

L'idée de rétablir une nouvelle Sainte-Barbe, avec le nom et les armes de l'ancienne, lui ayant été présentée -comme si elle était venue de lui, il s'en empara avec une sorte d'enthousiasme. Il en parla partout comme d'un de ses vœux les plus anciens, comme de l'une des conséquences nécessaires de la Révolution vaincue, si bien que par la suite, faisant de sa participation a l'entreprise une affaire de légitimité, il dit à qui voulut l'entendre que sa retraite et sa longue absence n'avaient pas plus aboli ses droits sur Sainte- Barbe, que les mêmes motifs n'avaient aboli les droits de Louis XVIII à la couronne de France.

C'était, bien entendu, l'institution de la rue des Postes qui devait servir à la restauration projetée; mais comme une vraie Sainte-Barbe devait avoir un supérieur ecclésiastique^ et que M. Parmentier n'était pioint dans ce cas, on se mit d'abord en mesure d'acheter l'établissement. Il se forma dans ce but une association dite des anciens élèves de la Communauté de Sainte-Barbe, association de très-peu de personnes, à laquelle on s'efforça de donner l'importance du nombre en y appelant, sans condition, tout ce qu'on put déterrer de barbistes d'avant 91. Plusieurs personnes furent très-étonnées de recevoir, à ce titre, des diplômes qu'elles n'avaient pas sollicités. Un honorable universitaire, successivement proviseur à Ca-

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hors, à NapoléonvillC;, à Dijon et à Strasbourg*, au lieu de se confondre en remercîments de l'honneur qui kii était fait, envoya la pièce à M. de Lanneau.

L'abbé Nicolle fut le principal bailleur de fonds; il fut aussi le législateur de la Communauté renaissante. Il en rédigea les règlements; il créa, en remplacement de l'ancien sénat Parmentier, deux conseils, l'un d'administration, l'autre d'enseignement; il choisit pour être supérieur son ancien élève l'abbé Cottret-, alors vicaire général de rarchevéque de Paris. Après cela il retourna en Russie, laissant à ses amis le soin de faire le reste.

Les arrangements définitifs ne furent pris qu'au mois de mai 1818. Le journal des Débats l'apprit au public par une réclame et par un prospectas annexé au numéro où était la réclame". L'œuvre était annoncée sous le litre à' Association des anciens élèves de la CoDimunaiité de Sainte-Barbe, institution établie rue des Postes^ n" 34. Le but, comme en 1807, était de « rendre à la société cette célèbre école dont le rétablissement était vivement désiré par un grand nombre de pères de famille. » On lisait à la fin du prospectus que c'était particulièrement à M. l'abbé Nicolle, aumônier du roi (Louis XVJII lui avait conféré ce titre pendant son séjour à Paris), directeur du lycée Richelieu à Odessa, et l'un des derniers préfets de Sainte-Rarbe, qu'était dû le rétablissement de cette maison^ dont il resterait supéiieur honoraire.

L'interminable dénomination énoncée dans le

\. M. Le Fèvre.

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