Bulletin des lois, P. s., n° 804, p
pas pu faire exprimer ses senliinents par un cœur plus pénétré. M. Paravey, l'un des anciens et brillants élèves du Collège, l'a servi dans toutes les occasions avec une affection filiale. En terminant son allocution, il dit :
« Quand les nun^ailles que nous allons bâtir fléchiront à leur tour sous le poids des années, il se trouvera là d'autres barbistes pour les étayer, pour les reconstruire; car il y a quelque chose parmi nous qui vivra plus que ces murailles : c'est l'esprit qui les relève, et voici une pierre qui nous dit que, sous les ruines où elle peut retomber, comme sous les ruines d'oii elle est sortie, notre Sainte-Barbe ne périra pas. »
Les discours étant terminés, le Directeur scella dans la pierre, qui avait été creusée exprès en Corme d'auge, la médaille de Victor de Lanneau, un exemplaire imprimé des statuts delà Société, le règlement du Collège, le livret du dernier banquet, et une plaque de cuivre sur laquelle est gravée l'inscription que voici :
Ad instaurandum Sanctae Barbarae gymnasium
anno 1430 a Johanne Huberto institutum^
et anno 1798 a Victore Delanneau restitutum féliciter
nunc vetustate coUapsum
prisci fraterna societate coniposita discipuli
novis adstantibus discipulis
primarium hune lapidem
posuere
die aug. viii anno Domini 1840.
Et quod omnes uno aninio parique studio
in communem consentiunt et connituntur operam
nullius hac in tabula nomen
inscribi voluerunt.
1 . D'après le système historique de Félibien, renversé ci-dessus, t. I, p. 3, et t.^II, p. 200.
Ensuite la pierre elle-même fut scellée dans son assise, aux cris de Vive Sainte-Barbe ! mille fois répétés parles élèves.
Les travaux furent poussés avec une promptitude extraordinaire, pour un temps où les architectes ne possédaient pas encore la baguette magique qu'on leur a fait trouver depuis. Lebouquet d'usage fut posé le 4 décembre suivant au faîte de l'édifice. Au mois d'octobre 1841, le soleil et les vents de la Montagne avaient suffisamment séché les plâtres; on put entrer en possession.
Le plan, soigneusement étudié par M3L Théodore et Henri Labrouste, frères du Directeur, est digne de servir de modèle à toutes les constructions du même genre. Les dégagements sont multipliés et commodes. Toutes les parties aboutissent à des points communs, d'où la surveillance peut s'exercer sans se trahir. Les dortoirs sont chauffés par des calorifères; des robinets y amènent l'eau pour la toilette. Ils restent éclairés pendant toute la nuit. Chacun est sous la garde d'un maître , qui couche dans une cellule élevée audessus du sol, fermée sur le devant par un simple rideau; en outre, un garçon de service a son lit près de la porte d'entrée. Dans les quartiers, les élèves ne sont plus placés vis-à-vis les uns des autres, sur les deux côtés d'une table. Ils sont tous assis en face delà chaire du maître, par rangs qui se tournent le dos. Les salles donnent sur un corridor, d'où l'on a vue dans chacune par un guichet vitré. C'est l'œil de la police. Des choses qui échapperaient à l'attention du maître peuvent être aperçues par ce redoutable carreau. A toute minute la porte peut s'ouvrir, et la voix
de l'inspecteur en tournée, ou celle du préfet des études, se faire entendre pour dénoncer un délit.
Pendant que l'aile de la rue des Sept-Voies était en construction, Montaigu, dont on avait fait une prison militaire depuis le commencement du siècle (des barbistes en ont lâté étant élèves de l'Ecole polytechnique, et d'autres se rappellent qu'en 1809 et 1810 M. de Lanneau y allait rendre visite au général Marescot, son camarade de l'École militaire, emprisonné à raison de la capitulation de Baylen), Montaigu donc fut enlevé à sa dernière destination, et ses vieux bâtiments restèrent vides, en attendant qu'on les jetât par terre. Une occasion unique s'offrit ainsi pour le Collège de prendre un accroissement dont il pressentait qu'il aurait bientôt besoin; car en réunissant Montaigu à son domaine, il se fût procuré non-seulement de l'espace, mais encore une immense façade sur la place du Panthéon. Le Directeur plaida chaudement pour ce parti, assez chaudement pour y amener le Conseil d'administration, qui n'en voulait point entendre parler d'abord. Mais à peine s'était-on décidé, qu'il s'ébruita que le gouvernement avait jeté les yeux sur le terrain de Montaigu pour y transférer la bibliothèque Sainte-Geneviève. Sainte-Barbe se récrie; elle se rend en corps chez les deux ministres que cela concernait; elle les touche en leur peignant le dommage qui résultera pour elle de la construction d'une bibliothèque qui va la masquer et l'étouffer ; elle est admise à négocier l'achat de Montaigu avec l'administration des Travaux publics.
Le Conseil de la Société ne s'était embarqué dans l'affaire que sur la foi d'une certaine estimation. Le
prix du ministre des Travaux publics étant beaucoup plus fort, la négociation est rompue, abandonnée à tout jamais, malgré les supplications, les regrets de quelques-uns. Sainte-Barbe se passera de Monlaigu.
L'administration de la Guerre, cependant, fait mine de se ressaisir du vieux collège abandonné. Nouvelle alarme pour le nôtre. Va-t-on de nouveau être exposé aux regards plongeants d'une population sinistre, ou bien aiira-t-on pour voisins les fiévreux d'un hôpital militaire ? On se repent alors d'avoir repoussé la bibliothèque, voisine honnête, tranquille, saine, parfaitement convenable pour un collège; on conçoit la pensée audacieuse d'en ressusciter le projet, et, grâce aux intelligences qu'on a dans les hautes régions du pouvoir, on y réussit ; et vingt-sept députés barbistes de toutes les opinions, des mécontents contre le ministère et des opposants quand même, qui cette fois fois changent de rôle, des radicaux non barbistes, mais subjugués par les barbistes, forment la majorité qui vote la loi du 1 juin 1843', consacrant l'étroite et perpétuelle union de Sainte-Barbe et de Sainte- Geneviève, substituée à l'antique Montaigu.
Tout n'est pas encore fini. L'alhance avec le Gouverjtiement a été à la condition que le Gouvernement donnerait à Sainte-Barbe une entrée du côté du Panthéon. Il faut que cette partie du traité s'exécute. Le Directeur et le Conseil vont avoir à dépenser encore une année en démarches, en négociations, en transactions de l'espèce la plus difficile, et finalement l'on n'en pourra sortir qu'au moyen d'une seconde loi,