‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 90 sur 110 · Arrêté du 28 juin · texte numérisé non relu

Arrêté du 28 juin

L'année 1852 fut celle des essais heureux pour Sainte-Barbe. Pendant que la maison recevait l'accroissement dont nous venons de parler, l'Association amicale doublait tout d'un coup ses ressources e*i modifiant un seul article de ses statuts.

Ce groupe si important dans l'organisme barbiste n'avait pas cessé de s'étendre, surtout depuis 1830, sous l'impulsion intelligente des mandataires qui la dirigeaient. Trop de noms seraient à inscrire s'il falfait dire tous ceux qui travaillèrent pour le bien de l'œuvre. La rapidité du récit ne nous permet de mentionner que les plus entreprenants et les plus infatigables : Corcellet , Dufilho, Bonnaire ; Cadet-Gassicourt, aussi ardent pour l'Association que pour la cause du libéralisme; de Séligny et Ludovic Roussel, longtemps voués aux fonctions laborieuses du secrétvariat; Christofle, que le deuil d'une population d'ouvriers accompagnait, il y a quelques mois, à sa dernière demeure; Eugène Du verger, lui aussi l'ami des ouvriers, qui consuma sa vie à obliger ses semblables, avec l'ambition de rester toujours le bienfaiteur inconnu ; Alexandre Bixio.

M. Bixio entra dans le gouvernement de l'Association amicale à la fin de 1832. Maintenu depuis lors par une suite non interrompue de réélections, il ne cessa pas d'être de la partie laborieuse du Comité, de celle à qui arrive la confidence de toutes les infortunes et qui s'occupe de les soulager. 11 ne cessa pas non plus de travailler à étendre le cercle de l'assistance fraternelle, en recrutant autant de souscripteurs qu'il pouvait découvrir d'anciens barbiStes. Il acquit promptement l'ascendant exercé par ceux qui apportent avec

eux le mouYement d'où résulte la vie. Il fut considéré par tous comme l'âme de l'Association.

Jamais les demandes de secours ne furent plus fréquentes ni plus pressantes qu'en 1852, après les bouleversements causés dans un si grand nombre d'existences par quatre ans de révolution. A chaque instant de nouvelles souffrances étaient dénoncées. Des vieillards avaient été privés brusquement d'un emploi, que leur âge leur interdisait de remplacer par un autre; des enfants avaient été rendus orphelins par l'exil ou par la mort prématurée de leur père; des camarades, naguère dans l'opulence, se trouvaient réduits momentanément au dénûment le plus complet. Non-seulement on vit bientôt le fond de la caisse, mais la réserve des années précédentes fut entamée. H fallut aviser à augmenter la source d'un revenu dont Tinsuffisance était manifeste. Alors M. Bixio proposa de fixer un taux à la souscription anniielle, qui jusque là avait été arbitraire. Elle fut portée à douze francs.

La réforme eut assez de succès pour que, dès la première année, tous les secours distribués, le sage trésorier de l'association, M. Agathon Prévost, pût placer une somme assez ronde à la Caisse d'épargne, dont il est l'agent général. Cela fit naître la réflexion, et bientôt le désir de posséder des rentes. Jusqu'alors on avait vécu au jour le jour. L'incertitude des ressources avait souvent retenu le Comité, lorsqu'il s'était agi de décider un bienfait qui devait se prolonger plusieurs années de suite. Avoir éprouvé l'inconvénient de ce système était une leçon pour y renoncer. M. Bixio pensa que, si un certain nombre de sociétaires consentaient à remplacer par un versement de 240 francs

une fois payés leurs versements annuels de douze francs, la cotisation ainsi capitalisée et inscrite en rentes sur le grand-livre fournirait par son seul revenu une source assuiée de secours, tandis que le capital, soigneusement réservé, deviendrait une garantie de plus à la perpétuité de l'œuvre. On réalisait d'ailleurs une économie notable, en tant qu'une partie des frais de perception allait se trouver supprimée.

En i 854 ce nouveau mode de souscription fut introduit dans les statuts, seulement comme chose facultative ; car la souscription annuelle à 12 francs fut maintenue. Ceux qui préférèrent la payer gardèrent le titre ancien de souscripteurs. On décida que ceux qui verseraient le capital de 240 francs auraient leurs noms inscrits à perpétuité sur les annuaires de l'Association, avec le titre de fondateurs. Fondateur se disait autrefois de l'auteur d'un bienfait conféré à un établissement de main-morte, lorsque ce bienfait était destiné à rendre des fruits perpétuels. C'est dans cette acception, autorisée par l'histoire du Collège, que le mot fut rétabli. Les parents et amis des barbistes défunts, la .mort de ceux-ci remontât-elle au commencement du siècle, furent admis à faire porter leurs noms sur la liste des fondateurs, en s'acquittant pour eux de la condition prescrite. Enfin on ouvrit une liste de donateurs pour ceux qui, de leur vivant ou par disposition testamentaire, voudraient ajouter aux versements prescrits par les statuts.

Le nombre des fondateurs, qui fut tout d'abord de deux cent quarante, s'est augmenté d'année en année, sans presque nuire à celui des souscripteurs. Vingtcinq vaillants officiers avaient joyeusement réglé leurs

comptes avec l'Association amicale avant de partir pour le siège de Sébastopol. Cinq d'entre eux, qui ne sont pas revenus, ont ouvert la liste des fondateurs défunts \ Celle des fondations commémoratives a fait aussi de rapides progrès, par la piété des fils, des neveux des camarades ou des veuves. Les donations sont arrivées également, mais non pas toutes par le chemin découvert que leur a tracé le nouveau statut. Certaines âmes ne comprennent pas d'autre bienfaisance que celle qui se cache. De là des offrandes anonymes. En 1 855, le trésorier reçut une somme de 5780 francs, avec cette simple suscription: « Part de l'Association barbiste dans une bonne affaire, w

Souscriptions, fondations, donations, telles sont les sources du revenu dont dispose depuis dix ans l'Association amicale. Elle est assez riche pour distribuer tous les ans de douze à quinze mille francs de secours. Son comité directeur, rajeuni par de nouvelles recrues, veille avec un soin jaloux à ce que l'œuvre, à la faveur de l'extension qu'elle prend sans cesse, ne dévie pas de ses errements primitifs. Deux jeunes hommes entendus autant que dévoués, MM. Eugène Besson, professeur à Sainte-Barbe, et Antonin Bellaigue, avocat à !a Cour de cassation, sont les examinateurs scrupuleux des titres qui doivent motiver les secours. Toutes les demandes sont l'objet d'enquêtes sérieuses; les bienfaits de l'Association sont le résultat de véritables jugements. On a déjà dit qu'ils doivent rester le secret de ceux qui les dispensent : la loi le veut ainsi, et l'on

1 . Larrouy d'Orion, lieutenant-colonel au 97" ; Blanquart de Bailleul, capitaine au 86^; Leblanc, lieutenant au 80"; Charles de Bonnafos, lieutenant au 74*j Chérest, aspirant de marine.

n'y a jamais manqué, quoique bien souvent on aurait voulu pouvoir publier les efforts de constance et de vertu au prix desquels des personnes obligées, considérant comme un prêt le don qu'elles avaient reçu, sont parvenues plus tard à le restituer.

Il ne faut pas omettre de dire qu'en même temps que l'Association centupla ses forces par les moyens qu'on vient d'indiquer, elle ouvrit son sein à la cidevant Communauté. Cet appel, sollicité par le directeur de Saint Barbe, qui est en même temps viceprésident à vie du comité de bienfaisance, fut une démonstration pour établir que la vieille Sainte-Barbe et la nouvelle s'étaient définitivement réconciliées. M. Labrouste avait vu venir à lui à diverses reprises des barbistes d'avant la Révolution, qui lui avaient confié avec joie l'éducation de leurs petits-fils. Les mêmes noms, qui avaient fait la gloire de la maison sous l'abbé Baduel, retentissaient de nouveau dans les concours; enfin les ombrages étaient si complètement effacés que les petits- neveux de Nicolas-Éloi Lemaire lui-même portaient l'uniforme barbiste. Mais les vieilles connaissances qu'on avait renouées les années précédentes étaient rompues journellement par la mort. Il n'en restait plus qu'une en 185,3. C'est alors que fut suggérée l'idée de consacrer l'union des deux époques, en s'agrégeant ce vénérable débris de l'ancien monde.

M. Vial de Machurin, l'antique barbiste dont il s'agit, accepta de la meilleure grâce la camaraderie qui lui fut offerte. 11 présida le banquet du 4 décembre, et y apporta sa chanson. C'est un aimable vieillard, un vrai fils du dix-buitiènie siècle, et de ceux qui n'ont

pas renié leur père. Ayant tâté des verges de l'abbé jNicolle, il eut soin de rassurer la compagnie sur ses sentiments à l'endroit de l'ancien régime, et il déclara qu'on ne trouverait pas en lui le laudator temporis acti. Il vit encore. Avec ses quatre-vingt-onze ans il distancerait à plus d'un égard bien des hommes qui n'en ont pas soixante.

Les donations et fondations dont on vient de parler s'appliquent uniquement aux besoins de la société de secours mutuels. Il ne faut pas les confondre avec d'autres donations et fondations qui sont faites en faveur du Collège. L'usage de ces dernières ne fait, pour ainsi dire, que de commencer. En 1853, M. Garnier, professeur émérite, traducteur d'Hérodien, mourut à Mortain^ léguant à Sainte-Barbe une somme de 12000 francs. La maison s'est trouvée de même in-, scrite pour une part de 20 000 francs sur le testament d'Eugène Scribe. Lorsque le bon sens public commençait à discerner le désastreux effet du morcellement des études, M. Armand Donon, banquier, l'un des membres du Conseil d'administration du Collège, fit une fondation magnifique en vue de réveiller dans la jeunesse le goût des humanités. Il plaça une somme de 60 000 francs, dont la rente est proposée à perpétuité comme récompense à l'élève de Sainte-Barbe qui aura remporté au concours général le prix d'honneur de rhétorique ^ Le Conseil barbiste reste libre d'allouer au lauréat tout ou partie des arrérages accumulés.

Un financier, venant avec autant de modestie que

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