‹ Histoire de saint Bénézet et des frères de l'Œuvre du pont d'Avignon composée sur des documents authentiquesChapitre 13 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Organisation des Frère» Pontife» d’Avignon. — Ëel«t 44 «4Mf corporation et sa décadence. — Ses fondations hors d’Avignon. — Le pont de Bonpas.

Ç’fiST sur le modèle des corporations dont non?

venons de parler que S. Bénézet fonda l’Œuvre du Pont d’Avignon, Attirés par le renom de w Sainteté, plusieurs Frères Pontifes du voisinage vinrent s’unir à lui et apportèrent è son institut naissant l’expérience qu’ils avaient et de la vie monastique et de la construction des ponts.

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Mais ce n’est guères qu’à la mort du bienheureux berger que cette association fut réellement constituée en communauté religieuse (1). Alors Jean Benoit, qui avait été élu ppur remplacer le Saint dans le gouvernement de la maison, prit le titre de prieur. Tous les Frères firent entre ses mains profession perpétuelle de chasteté, de pauvreté et d’obéissance; ils s’engagèrent encore, par un vœu spécial, à servir eux-mêmes les voyageurs et à travailler à l’achèvement et aux réparations du pont. Ils conservèrentle costume laïque, afin d’étre plus à l’aise au milieu des occupations matérielles auxquelles ils se livraient sans relâche : les travaux de maçonnerie et le soin des pèlerins malades qu’ils retiraient dans leur hospice prenaient leur journée tout entière. Aussi ne vit-on jamais les études fleurir parmi eux. Le Frère Elie de Barjols, qui fit profession en 1222,

(1) Voyez Grégoire, déjà cité, elles Annales â?Avignon, ms. de M. de Cambis-Velleron.

est le seul qui ait été revêtu du sacerdoce et qui paraisse avoir cultivé les belles-lettres; avant d’entrer en religion, il était déjà prêtre et il passait dans toute la Provence pour un troubadour distingué. Ils vivaient des aumônes des fidèles; les revenus de leur Œuvre et les donations nombreuses qui leur furent faites à diverses époques étaient entièrement consacrés à l’entretien dupont et au soulagement des voyageurs indigents ou infirmes. Ils se tenaient dans une retraite absolue et ne sortaient de leur hospice que pour aller à la quête ou travailler aux bâtisses du pont.

Une vie si régulière, un dévouemenf si complet au service du prochain, et surtout le prompt achèvement du pont attirèrent bientôt tous les regards sur le nouvel institut, et, avant la fin même du xu* siècle, il brillait du plus vif éclat. « Les papes, dit Grégoire, les évêques de la Provence et du Languedoc, stimuloient la charité par

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dëè IhdulgéHèës àux bienfaiteurs dû pont ! les âbbés et lès ordres religieux les! àffiiioiënt à lëtifê suffrages ou prières, et des princés aécofdôiént àux Frères Pontifes des privilèges (1). »

Ainsi, dés 1191, le pape Clément III leur adressa une bulle de confirmation ; quatre ans auparavant, Rostaing de Marguerittes, évêque d’Avignon, leur avait permis d’avoir une chapelle publique et un cimetière particulier. Raymond de Saint-Gilles, Giraud l’ami de Raymond VI, comte de Toulouse, Raymond le jeune et autres seigneurs se signalèrent envers eux par leurs largesses et leur munificence. Guillaume IV, comte de Forcalquier, ayant ouï les miracle* que Dieu operaitdans la mintemaison du Pont «f Avignon, Ht voulant être participant des biens de cette maison, par lettres patentes données à Manosque, au

(1) Grégoire. Recherches hist. sur les congrégat. relig. des ff\ Pontifes.*"-Voÿetf la noté E atit pièces justificatives.

iftois de novembre 1202, lui accorda, pouf là rémission de ses pêckéé et pour Vaugmentation dé l'Œuvré que le B. Bénézet avait faite par Vadmonition de Dieu, lui accorda la Cession dé tous les droits qu’il pouvait avoir sut le passage dudit pont et sur le port du Rhône ; én outre, Il èxempta de taxe et d’impôt de toute nature dans iee états les blés et autres choses nécessaires à l'Œuvre dudit pont. Ën 1204, au mois dèjüillet, Raymond des Angles leur donna en toute propriété une lie du Rhône que l’on appelait l'ilé de Balanças.

Mais, malheureusement, céttejêre de prospérité ne fut pas de longue durée: vers 1253, la mésintelligence s’établit, nous n’avons pu trouver pour quelle raison, entre les Frères Pontifes èt lés habitants de le ville ; les consuls prirent fait et cause pour la population avignonaise et ôblîgèrent les religieux à les reconnaître eux-mêmes

pour les recteurs de l’Œuvre du Pont. Ce fut là comme le signal de la décadence de l’ordre ; à partir de cette époque, le relâchement s’introduisit dans la discipline, et en peu de temps on vit éclater parmi les Frères Pontifes les désordres les plus graves. L’évêque Zoën essaya, en 1360, de les rappeler à leur ferveur primitive, et il leur donna lui-même pour prieur Raymond Hugonis, chanoine de Saint-Paul d’Avignon.

Cet homme, remarquable entre tous par son zèle et l’austérité de sa vie, ne put achever son œuvre réformatrice; la mort l’enleva peu de temps après sa nomination. Ses successeurs, que les évêques d’Avignon continuèrent à choisir, ne furent pour la plupart que des prieurs commandataires; loin de s’occuper de la réforme des Frères Pontifes, ils négligèrent même leurs intérêts matériels à un tel point, que ces religieux furent obligés de réclamer et de protester contre

eux auprès de l'évêque. Le 16 mars 1304, le Frère Pierre Rimbert présenta à Bertrand d’Aïmini, qui gouvernait alors l'Eglise d’Avignon, une requête dans laquelle, au nom de tous les Frères du Pont, il suppliait le prélat d’obliger le prieur à venir demeurer avec eux et à pourvoir à leur subsistance.

Nous n'avons rencontré nulle part la réponse

de Bertrand et l'histoire se tait sur les mesures

qu'il dut prendre à cette occasion ; tout ce que

nous savons, c’est que, six ans après, quelques-

uns d’entre les Frères allèrent prendre la direc- /

tion de l’hôpital du pont Saint-Esprit, et qu’en 1331, la communauté d’Avignon s’étant éteinte d’elle-méme, le pape Jean XXII donna aux consuls de la ville (1) la gestion des affaires du pont et

(1) C'est à cette époque sans doute que le conseil de ville décida que les consuls sortant de charge seraient les administrateurs-nés de l’hôpital du pont Saint-Bénézet, et que le premier consul sortant prendrait le titre de premier recteur.

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dè l’hospice, et unit là chapelle au chapitre de

Sairit-Agricol qu’il venait de fonder,

Aux jours de leur prospérité, les Frères Poil' tires n’avaient pas circonscrit leur tèle à la êètilé ville d’Avignon. Une bulle du pape Clément III nous apprend qu’ils avaient construit sur là Du* rance le pont de Malemort et celui de Lourmarin. Ils avaient aussi bâti le pont de Mirabeau, et ils possédèrent longtemps dans ce village l’hospice et la chapelle dite de la Madeleine. Ils étaient encore établis au pont de Bonpas ; mais ce monument avait été fondé bien avant l’institution de leur ordre, car il existe Une lettre de Frédéric Êarberousse, de l’année 1171, qui déclare accorder ce pont à Geoffroy, évéqüe d’Avignon.

Voici, au reste, l'histoire de Bonpas telle que nous la trouvons dans les anciens annalistes de nos contrées :

« Ërt 731, soüs févêque Jeah II, Iâ Ville d’Àvigndtt fut assiégée par les Sarrazins. Lorsque ces Infidèles, dit Nouguier, Voulurent entrer dû costé dé Provence dans les térreâ d’Avignon, la flôblesse de la ville et le peuple tâchèrent dé s’opposer à leur passage proche la Durance ; mais le grand nombre des Sarrazins prévalut à la gêné* 1 rosité de nos citoyens qui furent vaincus, et beaucoup d’eUx tués dans cette infortunée rén* Contre, qui donna à ce lieu le nom de Mawpots. Bais la Ville, délivrée de la tyrannie de ces barbares, en mémoire de la glorieuse mort de ses habitants, fit dresser une chapelle au même lieu ou reposaient les os de ces illustres champions dé la foi, avec celte marque éternelle de leur*magna-'’ nimité : Sepultura nobilium Avenionensium qui mubueruttt in belto contra Sccracetios (1). *

(i) Notouier, Hisfc éhroàolog. de l’Eglise, évdsqwg et nrtbeveeques d’Avignon.

Sous l’évéque Jean H, l’an 731, la ville d’ÀvîgtiOtf toml»

Molin, dans la IV* partie de la Vie des Pères du désert <£ Occident, Bouche, dans son Histoire de Provence, et autres, rapportent qu’il s’établit plus tard, au même lieu, une bande de voleurs détroussant et assassinant impunément les malheureux voyageurs qui s’engageaient en cet endroit; que leur brigandage ne cessa qu’à l’arrivée d’pn saint homme appelé Liber tus, venu de fort loin pour y établir un ermitage et secourir les passants. D’après ces auteurs, le vénérable Libertus bâtit, à côté de sa demeure, une église en

an pouvoir des Sarrazins, grâce à la trahison de Moronte, gouverneur de Provence. Ces barbâtes faisaient gémir depuis quelques mois les malheureux Avignonais sous leur joug tyrannique, lorsque Charles Martel, qui venait d’écraser Abdérame dans les plaines de Tours, mit le siège sous les murs d’Avignon. 11 s’en rendit maître au premier assaut ; à sa vue, les Sarrazins prirent la fuite ; Charles les atteignit bientôt avec son armée, et il eu fit un tel carnage que, selon la tradition, les flots de sang barbare montaient jusqu'au poitrail des chevaux. Plus tard, la ville s’étant agrandie, une rue fut bâtie sur ce champ de bataille ; elle fut appelée Rue Rouge , en souvenir de ce combat : elle est plus connue aujourd’hui sous le nom de Rue dee Orfèvres .

l'honneur de la Vierge Marie. Ses vertus et ses miracles désarmèrent les voleurs et attirèrent bientôt autour de lui de nombreux disciples, qui construisirent, en cet endroit dangereux, un pont sur la rivière de la Durance. Grâce à eux, ce lieu prit bientôt le nom de Bonpas , qu'il porte encore aujourd’hui.

Peu après la mort de S. Bénézet, ces généreux moines s’affilièrent à son institut, comme on le voit dans la bulle que le pape Clément III adressa, en 1189, à leur prieur Raymond. En 1270, Alphonse, comte de Toulouse et frère du roi saint Louis, prit leur œuvre sous sa protection et leur accorda des droits, des franchises et des privilèges en grand nombre. En 1277, ils se séparèrent de leurs frères d’Avignon, et envoyèrent A Rome leur prieur, Pierre de Regessio, pour de*' mander au souverain pontife de vouloir bien les unir aux Templiers. Mais Giraud, évêque de Ca-

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vaillon, fit opposition à leur démarche, et Niqo* las III refusa d’accéder à leur prière. Ce ne fut dd’ep 1^84 qu’ils purent se réunir à uq ordre de chevalerie j celui de Saint-Jean de Jérusalem fqt désigné par le pape pour les recevoir, et, sur la fin de cette même apnée, Pierre d’Agalqn, la commandeur d’Avignon, vint prendre possession de Bonpas et de ses dépendances au nom de son ordre qui les conserva paisiblement jusqu’à ce que, par sa bulle du l* r décembre 1390, Jean Mil les céda aux Pères Chartreux.

Quant à la colonie que les Frères Pontifes d’A” vignon avaient envoyée, en 1310, à l'hospice du pont Saint-Esprit, elle se maintint pendant plu-' sieurs années dans la régularité et la ferveur. En 1448, Nicolas Y obligea ses religieux à porter uue robe de laine blanche avec un morceau d’étoffe représentant deux arches du pont surmontées d’une croix rouge sur la poitrine; il leur permit

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aussi de recevoir les ordres sacrés ; et on les appela depuis lors les prêtres blancs, à cause de la couleur de leur costume. Ils finirent peu à peu par abandonner les règles de leur institut, si bien qu’en 1519, Léon X se vit contraint de les sécu lariser et de former de leur communauté un chapitre collégial qu’il plaça sous la juridiction de l’évêque d’Uzès (1).

(1) Voyez le P. Héliot dans son Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires, etc, Paris, Coignard, 1721,

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