CHAPITRE IX
Quatrième translation. — Lianj cm sont vénérées des reliqqey de Ç. Qénézet. — Conclasion.
Ainsi reconnus et devenus authentiques, les restes vénérables de S, Bénézet n’avaient plus qu’à reprendre dans le lieu saint la place qu’ils n’auraient jamais du perdre. Le premier jpur de l’année 18P4 fut fixé pour leur translation, qui vint dignement clôturer les exercices de la mission
prèchée par les PP. Capucins dans la ville d’Avignon.
Le samedi SI décembre, veille de la solennité, vers cinq heures du soir, toutes les cloches des églises et des couvents élevèrent leurs voix au signal donné parcelles de la métropole et du beffroi de l’hôtel-de-ville. Le lendemain, leurs joyeux carillons se mariaient dès l’aurore aux détonations guerrières de l’artillerie, et invitaient la population tout entière à saluer dans l’allégresse ce jour vraiment béni de Dieu ; aussi, de bonne heure, tout le monde fut-il sur pied ; de tous côtés on se mit à orner à l'envi de riches tentures, de couronnes de lauriers, de guirlandes de buis entrelacées de fleurs artificielles, les rues que la procession devait suivre et celles en particulier qui avoisinent le grand séminaire. A midi et demi, la vaste cour d’honneur de cet établissement commençait déjà à recevoir dans son enceinte les pre-
miers magistrats et l’élite de la cité. Peu après, M* r l’archevêque, assisté d’un nombreux clergé, la traversait pour se rendre à la chapelle où il devait procéder lui-même à la levée des reliques qui reposaient, entourées de flambeaux et de fleurs, sur un élégant autel dressé au milieu de la nef. Sa Grandeur, après quelques instants de prières devant les saints ossements, en remit le précieux dépôt à deux diacres qui, s’avançant lentement, les portèrent avec un religieux respect jusqu’au baldaquin triomphal. Alors le chœur entonna l’hymne Iste Confessor, et les tambours se mirent à battre aux champs.
A ce signal, la procession, quisetaitorganisée dans toute l’étendue de la rue Calade, commença à s’ébranler. Deux brigades de gendarmerie ouvraient la marche, suivies des sapeurs et des tambours de la compagnie des pompiers; puis venaient les quatre paroisses inlrà muros avec
riisTOiRÊ
lié
léürS diverses cônffêriès et congrégations ; derrière elles, cinqt cëtits chanteurs, accompagnés t>àr là tnusiqué du 75* régiment d’infàntelie de ligne, exécutaient en chœür, sous l’habile direction dé lM. l'abbé Bbnaud, vicaire de Cavaillon, des cantkjùès composés poür là circonstance, lis étaient suivis des trois confréries de pénitents noirs, blancs et gris, et dtl noviciat des Frères des écoles chrétiennes.
Une députation de cent élèves du collège des Pères jésuites et une autre de ceux du Petit Séminaire précédaient deux brancards portés par des lévites en aube blanche ; sur le premier était posé le chapeau cardinalice avec le cordon du B. Pierre de Luxembourg ; sur le second étaient étalées, sous une gaze légère, sa dalmatique diaconale et ses sandales.
La communauté des PP. Franciscains BécoHeté, les élèves du grand séminaire ét les bénéficiers
DE SAINt BÉNÉZET.
dé la métropole, en cappa magna violéttè, Suivaient cés reliques. Derrière eux marchaient lèà sapeurs et les tambours du 7b e avec la musiqüë de la villé ; puis venaient les marguilliers dfe toutes les paroisses et les Pères Capucins missionnaires.
Enfin apparaissait, sous un dais magnifique, tout resplendissant d’or et d’étoffes précieuses, la châsse qui renfermait le corps du Saint et celui du B. Pierre de Luxembourg. Aux quatre angles du brancard se détachaient les Statues des saint3 patrons des paroisses de la ville : S. Agricol, évêque d’Avignoh; S. Pierre, apôtre; S. Didier, évêque de Langres et martyr; S. Symphorleii, martyr d’Autun. Le baldaquin, revêtu de damas fouge en dedans et en dehors, était surmonté de panaches blancs et portait à ses quatre Coins des oriflammes aux armes de l’hôpital Saint-Bénézet j de la famille de Luxembourg-Ligny, de M<f l’ardievéque et de la ville;
La châsse que l’on avait déposée dans l’ancien cercueil, à forme pyramidale, du B. Pierre de Luxembourg, était portée tour-à-tour par les ecclésiastiques du Grand Séminaire, les membres des trois confréries de Pénitents, et les hommes des diverses paroisses; six chanoines,en cappa magna rouge et rochet brodé, soutenaient les cordons du baldaquin ; un détachement de grenadiers du 75' formait tout autour l’escorte, et quatre lévites en surplis faisaient fumer l’encens et les parfums. M* r l’archevêque, revêtu de ses ornements pontificaux, fermait la procession, assisté de son chapitre et de ses vicaires-généraux. Toutes les autorités de la ville, civiles, administratives, judiciaires et militaires, avaient pris part à cette fête, et marchaient entourées d’une double haie de sapeurs-pompiers et de soldats de la garnison, derrière Sa Grandeur.
A deux heures, le cortège sacré arriva sur la place du palais des Papes ; là, le P. Laurent, pro-
vincial des Capucins, debout au pied du calvaire qui domine toute la ville de ce côté, adressa à son immense auditoire quelques paroles chaleureuses sur l’objet de cette auguste cérémonie. Les cris mille fois répétés de : Vive S. Bénézet t Vive le B. Pierre de Luxembourg I Vive la Religion! répondirent à son éloquente improvisation.
Après la bénédiction pontificale donnée par M* r l’archevêque, la procession reprit sa marche triomphale et arriva, vers cinq heures, à la place du Corps-Saint. Cette place était magnifiquement pavoisée, et l’enthousiasme de ses religieux habitants était à son comble. Aussi ce ne fut qu’aprèsbien des efforts à travers une foule immense que la châsse put parvenir au reposoir. qui avait été dressé à l’extrémité de la place et devant lequel Mgr chanta l’antienne et l’oraison des deux Saints. Il était six heures lorsque la procession arriva à l’église Saint-Didier, terme de son itiné-
Histoire de S. Bénézet. 6
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raire. Cet le église fésplërtdiasGtît de lumières et de flambeaux ; des millier de lùstres et dé Candélabres allaient d’unë extrémité de la nef à l’àutre; de riches tentures 6 d damas rouge couvraient lés murailles, les pilastres et les tribunes, èt donnaient à Ce beau vaisseau une nouvelle et gracieuse forme. La bénédiction du T. S. Sacrement y fut donnée par Mgr et clôtura cette solennité, que la population avi gnon aise tout entière avait accueillie avec un élan admirable d’enthoüslasme et dè foi.
Mais l'église de Saint-Didier n’est pas la seule à posséder des reliques de S. Bénézet i plusieurs portions considérables de ses os et de sa chair (1) sont restées au Grand Séminaire d’Avignon ; dans la chapelle de la Confrérie de Saint-Nicolas,
(1) Le corps de Béhézet oonsérve encore au]our<Thui èa peau et ses chairs ; et, à l’inspection de sa tête, on peut recontiaitré sès traits.
DE SÀiltf SêftÉZET. Î2l
sot le port du Rhône, on Vénère un dé èés doigts ; une dé ses jambês est respectueüsêhiënt gaMée dans l’ttratdirë privé d’une pièüse fcmille de la Villfej l’église métropolitaine de Noti'é-ÎWmê dés Doms, le collège des Pères jésuites, lë HOVlciat des Frères des écoles chrétiennes, les religieuses Carmélites, les dames du Sacré-Coeur et les sœurs hospitalières de Saint-Joseph çonservent d’autres reliques du Bienheureux.
En 1849, M** Guibert, évêque de Viviers, se trouvant au Grand Séminaire d’Avignon, à l’occasion du concile de la province ecclésiastique, se fit céder une partie du fémur du Saint, qui se trouvait dans le trésor de cet établissement; il en ë fait dori à soh église cathédrale, après âVOir envoyé la moitié de là rotule à l’égHse paroissiale •de Burzet : une parOeHe de oette rotule U été détachée pour la chapelle du Villard, où elle est exposée dans un magnifique reliquaire à la vé* nération de 3 compatriotes du Saint Berger:
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Noos avons commencé cette histoire par une citation de Bourdaloue; nous ne pouvons mieux la terminer qu’en empruntant encore à l’immortel religieux quelques-uns des sublimes accents de 3a pieuse éloquence.
« Le Prophète, dit-il (1), nous l’apprend, et il est vrai que Dieu se plaît à glorifier tous ses saints qui sont ses amis : Nimis honorificati surit amici lui, Deus. Mais, entre lessaints, il faut convenir qu’il n’en est point que Dieu prenne plus soin de faire connaître que ceux qui ont été plus parfaits dans l’humilité ; et qu’autant qu’ils ont voulu vivre obscurs et sans nom, autant il s’attache à rendre leur nom célèbre et à les mettre dans le plus grand jour. — Pourquoi cela? demande S. Augustin. — C’est, répond ce saint docteur, qu’avec les humbles, sa grâce ne court aucun risque; c’est que sa gloire, dont il est sou-
(i) Panégyrique de S. François de Patrie.
verainement jaloux, n’est exposée de leur part à aucun péril, et que, s’il les exalte, ce n’est point tant eux qu’il exalte que ses dons qu’il exalte en eux, qu’il couronne en eux, qu’il magnifie et qu’il canonise en eux : Nec tant illos coronat dont» suis quant in illi» coronat dona sua ....
> Mais si Dieu, dans cette vie mortelle qui est le temps du travail, veutbien glorifier ses saints, que leur prépare-t-il après la mort qui est pour eux le temps de la récompense?.... Dans le sein même de la mort et dans les plus profondes ténèbres du tombeau, il donne un nouvel éclat à ses amis ; et le tombeau de notre Saint n’a-t-il pas été, selon l’expression du prophète, après le tombeau de Jésus-Christ, un des plus glorieux : Et erit sepulcrum ejus gloriosum ? Son corps, sans voix et sans vie, a prophétisé aussi bien que celui d'Elisée; ses ossements précieux et ses saintes répliqués , tout insensibles et tout inanimés qu’ils étaient, ont conservé la même vertu et le même
49$ HISTOJftJJ DE SAINT BRNÉZET.
<jop fjeg miracles, Qnt chassé les démons, ont gu^ri \p$ malades, ont éclairé les aveugles, ont fait çn tendre les gourds, ont fait parler les muets, pot ü|it marcher le? paralytiques.... Sa mémoire est toujours vivante; et tant qu’il y aura des hommes sur la terre, elle y vivra; ses fêtes y feront célébrées, son nom y sera invoqué, ses vertus y seront publiées. Mais qu’est-ce, après tout, pour les saints que cette gloire de la terre, tonte juste St toute éclatante qu’elle peut être; en comparaison de cette couronne immortelle qu’ils reçoivent dans le Giel ? Que leur importe d ! étre gmnds devant les hommes, pourvu qu’ils soient grands devant Dieu ; et que leur importe que leurs noms soient ici gravés dans le souvenir des .hommes, poprvu qu’ils soient écrits et connus dans le royaume de Dieu? Toqs ces honneurs n’étaient point nécessaires à notre Saint ; et s’il a plu f Dieu de l’exalter parmi nous, ce n’est que pour nous apprendre à estimer l’humilité. *
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pièces JüSTmcATrvïs.
Note A.
Nom, patrie et famille de S. Bénézet,
1° Son nom. Le mot Bénézet n’est autre qu’un diminutif du mot Benoit; notre Saint, au dire des Bollandistes, fut ainsi appelé par sa mère et par ceux qui vécurent avec lui, à cause de son jeune âge èt de sapelite taille. La dévotion des peuples ne l’a plus connu dans la suite que sous ce nom, afin de le distinguer du grand S. Benoit et des autres saints du même nom. « Il est très-constant, ditNouguier, dans son Histoire chronologique de tEglise, évesques et archevesques d’Avignon , qu’on ne trouve autre nom ne nostre Sainct que celui de Benoist, et que le peuple l’appelle le Bénézet, ou pour son jeune âge ou pour faire la
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différence du grand sainct Benoist ; et quelquefois y a adjoint du Pont ^ pour autant qu’il l’avoit basti. » Le docte P. Théophile Raynaud, dans son Joanne» Benedictus pastor et pontifem , dit à ce sujet : « On peut donner deux raisons convenables pour justifier ce surnom de Bénézet donné à notre Saint. La première est relative à l’âge qu’il avait lorsqu'il vint à Avignon. Effectivement, quand il parut dans cette ville et qu’il y accomplit de si grandes choses, il n’avait que douze ans : il était à peine sorti de l’enfance, et tous l’appelaient le Bénézet ou le petit Benoit.... Et il arriva que ce Saint, dont la jeunesse avait été employée par le Ciel à de si. grandes œuvres,... conserva jusqu’à la fin de sa vie, au milieu d'un peuple attaché à ses habitudes d’une manière si tenace, lè surnom que lui avait Valu son enfance... On peut, en second lieu, donner pour raison sa petite taille ; car l’on voit souvent qu’un homme petit dè taille reçoive, à cause de cela, un surnom
diminutif.,.. Ç’egt ainsi que, d’après Yinpçnt Mainardi, on appela, à cause de sa petite tajlje, Antonin le saint archevêque de Florence, quoi? qu ; il eut reçu au baptême le nom d’Antoine. »
Ces auteurs du Dictionnaire de Trévoax ne sont pas de cet avis ; et dans l’article de leur ouvrage qu’ils consacrent à S. Bénézet, ils contredisent BaiNet qui avait aussi émis la même opinion dans son Dictionnaire. Voici comment ils font dériver le mot Bénézet du mot Benoit : « Ce noin, disent-ils, s’est formé de Benedictu»: on a fait d’abord Benedet : (les Italiens et nos provinces voisines d’Italie disent Benedetto); puis on s ehangé D en Z, ce qui est fort ordinaire, surtout dans les provinces d’où était S. Bénézet, où il epi plus connu et d’où nous vient ce nom. C’est ainsi que de Bautfelius on a fait en Languedoc Bean~ «lie, en Auvergne Bauzire , en Rouergue Baur zely, de£en«UtBenizi, etde Qumidius , Quenin.»
En latin notre Saint est ordinairement appelé Sanctus Benedictus de Ponte : c’est sous ce nom qu’on le rencontre dans les Bollandistes, dans les divers livres liturgiques et dans certains martyrologes. Quelquefois aussi il a été nommé Benedictulus, Benedictus pastor, Benedictus vninor , etc. Quelques auteurs l’ayant désigné Benedictus Pontifex. (le faiseur de ponts), on s’avisa, au siècle dernier, de le transformer en Confesseur Pontife et d’en faire un évêque d’Avignon.
2® Sa patrie. La patrie de S. Bénézet est, selon la tradition la plus généralement répandue et suivant aussi toutes* les probabilités, le hameau du Villard, que plusieurs vieux hagiographes appellent Alvilar , Haulvilar, etc. Le Villard dépend de la commune et de la paroisse deBurzet, arrondissement de Largentière, département de l’Ardèche ; il compte une trentaine d’habitants au plus. 11 y a dans ce hameau une petite cha-
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pelle dédiée à notre Saint ; il y a encore dans le voisinage des fontaines et des croix qui portent son nom.
3° Sa famille. Une famille d’honnétes cultivateurs du Villard, appelée Robert , se glorifie de descendre de S. Bénézet ; mais, d’après la tradition orale seulement, ainsi que nous l’écrit M. l’abbé Pigeyre, curé de Burzet, c’est cette famille qui est en possession de la chapelle du Saint au Villard.
Nous avons entendu aussi parler d’un avocat au sénat de Chambéry, M. Anselme, qui se dit appartenir à la famille de S. Bénézet ; la présence de quelques-uns des parents dé notre Saint dans le duché de Savoie a fait croirè à certains biographes que S. Bénézet était né à Almillat, village du diocèse de Saint-Jean-de-Maurienne. Le P. Théophile Raynaud, (S. Joan. Benedictus punct. IJ,