‹ Histoire de Saint Bernard et de son siècle, traduite de l'allemand, augmentée d'une introd., de notes historiques et critiquesChapitre 2 sur 31 · INTRODUCTIO.V · texte numérisé non relu

INTRODUCTIO.V

Aujouid'hui, toutes les barrières ont été abaissées, il a été donné cours à tous les appétits, et cependant l'indigence du cœur est plus profonde qu'elle ne le fut jamais. On n'a satisfait à aucun des besoins de la société moderne, et, dans nos temps de tempêtes, les passions désespérées ne trouvent nulle part un refuge; que disons-nous? elles ne le trouvent que dans leur désespoir! La raison de ce désordre ne serail-elle pasquele rationalisme qui vit au milieu de nous, s'appuyant sui- des croyances vagues et bypotliétiques, et qui ne peuvent, dès lors, nous donner aucune cerliludesur les choses divines, est impuissant à fonder une religion pratique? Il manque essentiellement des ressorts nécessaires à la moralité, et sous ses bannières, comme le prouvent les lois de 3Iinos, de Lycurgue et de tous les sages de la Grèce, on ne parvient que par des movens de contrainte au but que l'Eglise se propose par la charité. Car il est certain que la seule croyance philosophique est insuffisante pour assurer à la vertu la victoire dans le combat qu'elle a à soutenir contre les séductions de la vohqjté, de l'avarice et de l'ambition. Si les choses étaient telles, on n'aurait pas teiui compte des enseignements du

INTRODUCTION. Xj

passé. S'éolaiiant au (laiul)eau de l'erreur, on aurait continué à rejeter le bon grain avec l'ivraie, mode de piocéder qui nous ramènerait indubitablement, si on n'y prenait garde, aux laboiieuses secousses sociales du moyen âge, à la négation des xéiités les plus pures, des principes les plus saints, à la négation de la famille , et de l'hérédité. C'est donc le cas de dire les luttes terribles du moyen Age, l'intervention bieiifaisanle de TÉglise, de ses hommes d'élite, dans Ihorrible chaos de cette épocpie. C'est le cas de ])arler surtout de la papauté qui, malgré certains écarts , plus du fait des hommes que du fait de l'institution , a toujours indiqué la véritable routeàsuivre, en proclamant quel'autorité molale, et non pas la force matérielle, devait être la clef de voûte de l'édifice social.

Saint Bernard ayant été l'un de ceux qui tracèrent la route à la papauté, avant été un lemparl inexpugnable pour la maison de Dieu, ayant travaillé avec une ardeur intrépide à réunii" sous l'obéissance de celle-là et à lamener dans le sein de l'unité catholique, les rois et les |)rinces, les personnes du monde, les religieux et le clergé (i), et étant, poui' le siècle où il

(i) liniorciil II. R(-,(i-ir donne à I.von, le iS d. s calcii-

Xlj INTRODUCTION.

vécut, solidaire d'un grand nombre des actes du saint-siége,qu'on nous permette, pour rendre justice à l'institution, de citer, en passant, l'opinion de MM. Ancillon et Coquerel, écrivains protestants, qui ne saurait être suspecte dans la matière :

a Dans le moyen âge, dit M. Ancillon, où « il n'y avait point d'ordre social, la papauté « sauva peut-être l'Europe d'une entière barf barie. Elle créa des rapports entre les na- « tions les plus éloignées; elle fut un centre « commun , un point de ralliement pour les «Etats isolés; ce fut un tribunal suprême, « élevé au milieu de l'anarcbie universelle, et « dont les anêts furent quelquefois aussi res- « pectables que respectés : elle prévint et ar- M rêta le despotisme des empereurs, remplaça «f le défaut d'équilibre, et diminua les incon- « vénients du régime féodal (i).»

« Le pouvoir papal , en disposant des cou- « ronnes , empêchait le despotisme de devenir

des de mars ii 3 i , qui accorde à saint Bernard et à l'ordre de Cîteaux de très-grands privilèges , pour les services multipliés rendus au saint-sicge.

(i) Ancillon, Tableau des révolutions du système politique de rEurojje, tome I, Introduction, p. i'i3 et 167.

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« atroce ; aussi , dans ce temps de ténèbres , « ne voyons-nous aucun exemple de tyrannie « comparable à celle de Domitien à Rome. Un a Tibère était impossible ; Rome l'eût écrasé. « Les grands despotismes arrivent quand les a rois se persuadent qu'il n'y a rien au-dessus a d'eux: c'est alors que l'ivresse d'un pouvoir tt illimité enfante les plus atroces forfaits (i). » Mais revenons à notre sujet. Il serait certes téméraire de prétendre, sur la manifestation de légers symptômes, que le mal produit par une fausse philosophie soit arrivé au paroxysme; que la cause morbifique qui a agi sur notre société ayant exercé ses plus grands ravages, les hommes préparent une ère nouvelle. Non! une grande époque messiaque ne viendra pas rappeler encore les vertus pures, les aspirations divines des premiers temps de l'Église ou de la société chrétienne. Mais, puisque souvent l'esprit d'un siècle se révèle dans les études auxquelles il se livre, qu'on nous permette de croire que le dix-neuvième siècle tend à répudier les principes délétères qui ont bercé son enfance. Terrassant l'erreur, le mensonge et l'égoïsme, il commence à aspirer à la charité, l'amour de

(i) Coquerel, Essai sur l'histoire du christianisme, p. 75.

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