‹ Histoire de Saint Bernard et de son siècle, traduite de l'allemand, augmentée d'une introd., de notes historiques et critiquesChapitre 26 sur 31 · LIVRE iir · texte numérisé non relu

LIVRE iir

nommait alors Gascogne (i), et où les eftorts de Pierre de Bruis et de Henri les firent d'abord favorablement accueillir. De ce nom de poplicains dérive sans doute celui de piphles , qui leur fut donné en Flandre. En Italie, on les désignait sous le nom de pataiiiis (2). A Milan, les ordonnances disciplinaires de Grégoire VII, et celles de son successeur, avaient soulevé la plus vive résistance de la part du clergé, qui, fier de la liberté de l'Eglise d'Ambroise, ne reconnaissaitpas l autorité absolue des papes. Le peuple, au contraire, que révoltait la vie immorale de ce même clergé, voulait le contraindre à se conformer à ces ordonnances disciplinaires. Des meneurs fanatiques s'étant mis à sa tête, des troubles et des soulèvements eurent lieu. Les zélateurs de la discipline rigoureuse de l'Eglise se séparèrent alors de la communauté, et ils déclarèrent de nulle valeur les sacrements administrés par un clergé corrompu. Pour les outrager , leurs adversaires les nommèrent paterini ou potarini^ et leur coalition, pataria ou pntalia , nom que Muratori fait dériver du mot milanais pâte (bosse). Les laïques ainsi soulevés contre le clergé, dont ils blâmaient hautement lu corruption , ayant déclaré de nulle valeur l'office fait par de mauvais ecclésiastiques, pouvaient, si les

(i) Novempopulania.

(2) Voyez, pour les noms île ces sectes, Eckheii, Scrmoiiesailv. calliai'os, in Hihl. Put. Lii;;(l.

papes ne faisaient droit à leurs réclamations , se séparer de l'Eglise qu'ils considéraient comme dégénérée ; et cette scission pouvait facilement les faire tomber dans un mysticisme pratique. D'autres sectes étant venues s'établir plus tard dans les environs de Milan, s'unirent à eux, sympathisèrent avec leurs opinions religieuses, et ce fut ainsi que le sobriquet servant à désigner les zélateurs de la hiérarchie , devint, par la suite, le nom d'une secte (i).

Plusieurs des sectes fixées en Occident , n'obtinrent, des sectes orientales, que la première impulsion ; ce fut la connaissance de la Bible qui donna à leur vie religieuse un développement tout particulier. Chez d'autres, une étude pieuse de la Bible produisit d'elle-même un mysticisme pratique. Mais il était facile de se tromper au sujet de ces sectes, d'apercevoir entre elles une analogie intérieure , et de leur attribuer le même manichéisme ou le même gnosticisme. En outre des doctrines particulières aux gnostiques, ces sectes se distinguaient par leurs tendances à exécuter à la lettre, et à remplir avec une probité scrupuleuse , les prescriptions de l'Evangile ( c'est pourquoi il leur était fait défense de prêter serment), à ramener l'Eglise à son état primitif, et purement spirituel , à sa simplicité apostolique. Elles s'élevaient contre les dogmes ajoutés aux plus anciennes doctrines de l'Eglise , contre l'idée du purgatoire ,

(i)Pagi ad. an. io58, n. 4.

contre le culte rendu aux saints, enfin contre l'organisation de l'Efiflise et les formes du culte. Dans leur zèle pour la vraie religion , elles combattaient les cérémonies mécaniques et les actes religieux extérieurs , auxquels on attribuait une vertu magique. «Les prêtres dégénérés de l'Église dominante, din saient-elles , ne peuvent administrer les sacrements « dune manière efficace ; car, dans l'espèce, il ne « s'agit pas de choses extérieures, mais de sentiments « intérieurs, qui leur manquent. Le véritable baptême « est celui du Saint-Esprit, baptême qui purifie et qui « sanctifie intérieurement l'homme. Le baptême par « l'eau est purement syml)olique; le baptême des «enfants est donc sans utilité, car les enfants ne « pouvant prendre la résolution de devenir meilleurs, « sont par conséquent incapables de recevoir le «■ Saint-Esprit. » Aucun effet de l'eucharistie ne se révélant dans la vie des hommes , ils considéraient ce sacrement comme ayant une signification toute spirituelle, l'union avec le Christ, véritable pain de l'âme. Alors ils se servaient déjà, pour prouver la signification symbolique de l'eucharistie, des arguments qui furent employés au temps de la réforme; ils invoquaient le sixième chapitre de l'EvangiledeJean, où l'idée, que la chair est mauvaise, se trouve si clairement exprimée. Quelques-uns d'entre eux rapportaient le pronom touto, placé dans les paroles sacramentales, au corps de Jésus-Christ; d'autres , au

contraire, prétendaient que les paroles sacramentales étaient symboliques , et ils s'appuyaient de passages de la Bible où ce pronom est effectivement employé dans un sens symbolique. Au dire des contemporains, les réunions secrètes de ces sectes étaient touchantes, et elles élevaient l'àme. Pour être reçu dans leur communauté , il fallait se rendre de nuit dans son sein. Les portes étaient alors fermées, et des lumières étaient suspendues à toutes les murailles. Les frères formaient un cercle au milieu duquel s'avançait le récipiendaire, puis le président (i), tenant en main un évangile , lui adressait un petit discours pour l'exhorter à n'avoir foi qu'en Dieu, et à ne fonder que sur lui ses espérances de salut éternel ; ensuite il plaçait l'Evangile sur sa tête, disait un Pater, et prononçait, les premières paroles de l'Evangile de saint Jean. Cette cérémonie terminée, le récipiendaire donnait au président et aux assistants l'accolade fraternelle , une prière était dite en commun , et il était désormais considéré comme frère.

Pendant longtemps ces sectes s'étaient maintenues et multipliées sans que l'on songeât à les déclarer hérétiques, car elles ne se mettaient pas en lutte ouverte avecl'Eglise.Pouréloigner toutsoupçon, ses membres assistaient en public au service divin; s'enquerraiton de leurs croyances, ils récitaient^le Symbole des

(i) Major ou ordinatus.

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apôtres. C'était en secret qu'ils cherchaient à repanch'e leurs tloctrines, à faire des prosélytes, car ils ne s'élevaient d'ahord que contre les pratiques du christianisme; d'uneviepieuse, d'une activité paisible et bienfaisante, ils avaient gagné l'estime et l'affection des hommes , avant qu'on soupçonnât leur hérésie. Ce fut par ce motif, sans doute, qu'Armand Pungilupe, de Ferrare, membre de ces sectes, fut (au treizième siècle) honoré, à Milan, après sa mort, comme un saint, et que le bruit se répandit que des miracles s'étaient opérés sur sa tombe. Et cependant, quand on proposa sa canonisation, les papes s'aperçurent qu'il n'avait été qu'un hérétique (i).

Un ecclésiastique allemand, le prévôt Everwin de Steinfeld, invita saint Bernard à écrire contre ces hérétiques, et à les combattre (2). < Vous avez assez « écrit, lui manda-t-il à ce sujet , contre le phari- « saïsme des chrétiens; vous vous êtes élevé, d'un « bout de la terre à l'autre , contre la tiédeur et la « corruption des faux chrétiens. Il est temps que vous « parliez contre les nouveaux hérétiques qui appa- " raissentdans presque toutes les églises, comme s'ils « sortaient de l'enfer, et comme si la colère du ciel « était proche.» La découverte d'un bon nombred'hérétiques dans les environs de Cologne , découverte

(i) Muralori, \ntiquital. itnl. t.V. p. 98. (■).) Opp. Bernard, p. 1/190.

dont le prévôt lui rendait compte , avait provoqué cette lettre.

Deux espèces distinctes d'hérétiques s'étaient fait remarquer parmi ceux-ci; l'une révélait, d'une manière précise , une origine étrangère. Ses membres prétendaient posséder la véritable Eglise, parce que,seuls, ils suivaient les ti\ices du Christ, parce que, seuls, ils s'adonnaient à une vie apostolique , et ne recherchaient point une vie temporelle. Ils n'avaient ni maisons, ni champs, ni propriétés, Jésus-Christ n'en ayant pas possédé, et n'ayant pas permis que ses disciples en possédassent. «Mais vous, disaient-ils aux catholiques, vous « vous efforcez d'obtenir les biens du monde. Ceux « d'entre vous qui passent pour être les plus parfaits, « tels les moines et les clercs réguliers, possèdent « des biens en communauté, si ce n'est en propre; « nous, au contraire, nous sommes les pauvres de « Jésus-Christ ; errant , de ville en ville , comme les « brebis au milieu des loups , nous menons une vie «dévote et austère; adonnés au jeûne et à l'absti- « nence, nous consacrons le jour et la nuit au travail « et à la prière, et nous ne cherchons à gagner que n ce qui est rigoureusement nécessaire à notre exis- « tence. Nous supportons toutes ces misères , parce « que nous ne sommes pas de ce monde; mais vous, « vous aimez le monde , et vous vivez en paix avec « lui." Les catholiques n'avaient, suivant eux, dans les sacrements , que des institutions purement hu-

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tènie, était le baptènu' du Saint-Esprit et du feu, 'car Jean-Baptiste avait dit, en faisant allusion au Christ: « Celui-ci vous baptisera dans le Saint-Esprit et » dans le feu; moi^ je ne vous baptise que dans l'eau. » Dans leurs réunions quotidiennes, les sectaires célébraient la sainte Cène à l'exemple de Jésus- Christ et des apôtres, car ils consacraient le pain et le vin, par l'oraison dominicale, et ils s'en nourrissaient comme étant le corps et les membres du Seigneur. Everwin établit une distinction entre cette classe de sectaires et celle qui n'admettait pas les doctrines des manichéens, et qui conservait un mysticisme l)ibliquepur. Les membres de cette dernière classe prétendaient que la dignité apostolique avait disparu de l'Eglise par le mélange des choses temporelles ; que la sainteté manquant à Pierre , occupant le siège de Pierre, il était déshérité du pouvoir spirituel octroyé à celui-ci ; que les autres membres du clergé ne pouvaient donc se maintenir par lui, et qu'ils ne pouvaient, comme les pharisiens, que tracer des règles qu'on éta it libre de suivre ou de ne point suivre. S appuyant de cette sentence de Jésus-Christ: «Z'Aowwe ne doit point « séparer ce que Dieu a uni,» ils nommaient prostitution, les mariages contractés entre personnes non célibataires , prétendaient que l'organisation primitive, à hujueile il fallait revenir, démontrait ce qu'ils avançaient, et que le divorce n'avait été autorisé par Moïse, que par suite de l'immoralité des hommes. Ils

prétendaient aussi, que le jeiine et Ja pénitence n'étaient nécessaires ni aux justes ni aux pécheurs, parce que, d'après la décision du prophète, il suffisait au pécheur de gémir sur ses péchés, pour en obtenir la rémission. Ces hérétiques ayant été découverts, furent conduits devant une assemblée nombreuse d'ecclésiastiques et de laïques que présidait l'archevêque ; ils défendirent opiniâtrement leurs doctrines, en les étayant d'arguments tirés de la Bible. Ils demandèrent à se faire accompagner de leurs docteurs les plus sages, et promirent de se faire catholiques, si ceux-ci étaient convaincus d'erreur; au cas contraire, ils préféraient, disaient-ils, la mort au reniement de leur doctrine. On chercha vainement, pendant trois jours, à les faire changer d'opinion; puis, contrairement aux intentions du clergé, le peuple s'empara d'eux par la violence, et les conduisit au bûcher. Ils moururent non-seulement avec résignation, mais avec un calme qui parut si extraordinaire, que le prévôt Everwin demanda à saint Bernard comment ces membres de Satan pouvaient parvenir, dans leur hérésie, à une fermeté que l'on trouvait à peine chez des chrétiens très-pieux et très-orthodoxes.

L'esprit de vérité, ou le Saint Esprit, donnait à ces hommes , qui se prétendaient les apôtres de la vérité , l'assurance qu'ils n'étaient pas seuls ; qu'ils appartenaient à une communauté invisible , dont les membres étaient dispersés dans tous les pays. Ils

soutenaient que , depuis les martyrs jusqu'à leur époque, leurs sectes s'étaient cachées en Grèce et clans d'autres pays ; ils se nommaient frères apostoliques, et disaient avoir leur propre pape(i). Il faut entendre cette déclaration dans un sens symbolique, et la rapporter au Christ, le chef invisible ; ou bien il faut la rapporter au Saint-Esprit, qui faisait une communauté de ces sectes , quoiqu'elles fussent dispersées (2). Quelques membres qui, après avoir été surchargés de pénitences publiques , avaient fait défection, non sans doute par conviction sincère, avouaient que beaucoup d entre eux étaient dispersés dans tous les pays; qu'ils comptaient parmi eux des ecclésiastiques et des moines. Ces déclarations déterminèrent saint Bernard à s'élever fréquemment contre eux dans

(1) Ce dire est établi par le témoignage d'une autre secte qui vivait au milieu du onzième siècle. Les membres de l'une de ces sectes, découverts alors dans le ressort de l'église de Milan, disaient : •< Pou- '< lificem habemus, non iilum romanuni , sed alium (|ui (|uotiJie per '< oi'l)em terraruni fratres iiosiros visilat dispersos. Quando Deus il- '< lum nobis iniuistrat , luni peccatorum nostrorum venia sunima cum " devotione nobis donatur; pra»ler nostrum pontificeni non alium " noviinus nec ministeriuni , sine tonstu'a caet. » — Landulpb. Sen. Hisl. Mediolan. l. 11. c. 27.

(•2) Les anciens uianicliéens étaient divisés en deux ordres, les auditeurs et les élus. A l'imitation de Mnnès, qui, s'élant dit le Paraclel, Avait choisi douze apôtres, ils donnaient le nom de maître à douze d'entre etrx,el ils leconuaiss-nienl un Ireiziènie maître pour chef suprême. Les enlliousiastes des onzième el douzième siècles n'auraient-ils pas adopté celle division ancienne, el n'auraienl-ils pas entendu appliquer celte (pialilé de pape à ce treizième personnage ? (Th. Vial.)

'2y6 SAINT BERNAIîT). LIVRE III.

sessermons(i). -Les femmes, dit-il à ce propos, aban- « donnent leurs maris, les maris abandonnent leurs n femmes, pour se joindre à ces liérétiques ; des ec- « clésiastiques , ayant délaissé leurs églises , des bar- « bons et des imberbes, existent en masse parmi les «tisserands. C'est une race commune, composée « de paysans sans instruction (2) ; leurs doctrines, « sans profondeur, séduisent cependant au premier « abord les femmes de la campagne et les ignorants.» Quelle que fût la baine de saint Bernard pour les hérétiques , il improuvait fortement les exécutions. Il prétendait qu'il fallait les vaincre, non par les armes, mais par le raisonnement ; qu'il fallait chercber à leur donner la foi par l'instruction ; que si ce but ne pouvait être atteint, c'était à l'autorité temporelle à les mettre bors d'état de nuire. Outre ces sectes, nourries en grande partie de doctrines puisées en Orient et répandues parmi les nations de l'Occident, il se trouvait encore plusieurs bommes, sortis de l'état ecclésiastique, qui s'élevaient contre la constitution de l'Eglise. Ils désiraient un christianisme plus pur. Une libre

(i)l'ag. 1495-

(2) Toutefois, de l'aveu même de saint Bernard, il y avait parmi eu\ des moines et des ecc.lésiaslit|ues, el eerUiinesde leurs doctrines démontient qu'ils comptaient dans leurs rangs des hommes ayant une inslruclion supérieure. Tous étaient Familiarisés avecla Bible. Du reste, les pliari'.iens el les pau^ns, dont l'éducation avait été soignée, adressaient la luèuie reproche aux disciples de Jésus-Chiisl.

étuclecle la Bible,les inspirationsducœur,plutôt qu'une communication extérieure, les guidaient sans doute. 11 est dans la nature des choses humaines que , quand d'une part se manifeste un pur enthousiasme, d autre part apparaît un fanatisme brutal. Si 1 on vit donc apparaître des hommes animés d'une ferveur pure, l'on vit aussi un nommé Tanchelin, démagogue fanatique, se produire à Anvers. Selon les renseignements fournis par des écrivains qui concordent, mais qui étaient ses ennemis, ce fanatique avait quelques points de similitude avec Jean de Leyden. 11 avait commencé par attirer à lui le peuple en injuriant le clergé, et avait prêché en plein champ devant des réunions nombreuses; il marchait gravement, et en grande pompe, entouré de trois mille honmies armés , et il avait fini par donner des banquets à ses partisans. Norbert étant venu à Anvers , avait tâché, par ses sermons , de s'opposer à ce fanatique , et était parvenu à déterminer les hommes à reprendre les hosties que, depuis dix ans, ils avaient cachées dans des caisses (i). Un nommé Eudes avait joué en Bretagne le rôle que Tanchelin jouait en Belgique. Mais les hommes plus parfaits , qui , dans la lutte qu'ils soutenaient avec le monde, proclamaient hau-

(i) Robert a Monte, ad ami. 1 124. Vit. Norbert, in actis S. S. jiinii, 1. 1; et particulièreinent epist. Tiajectensis ec(lesia3 ad Friederiouin episc. Coloniens., in Vetera iiioniimeiita coiilra scbismaticos caet. Studio Sebasliaui Tengna^el , lugoUtad., 161 j. p. {68.

teiueiit les vérités dont leurs cœurs étaient pénétrés , ces hommes , quelque admirables que fussent leurs intentions et leurs vues, ne convenaient pas comme réformateurs. En effet, pour remplir cette mission , il ne faut pas seulement une piété pure, une volonté ferme et ardente; il faut encore la sagesse qui sait distinguer , le ciel de la terre , l'idéal du réel (i). La vérité ne saurait se montrer tout à coup à l'œil habitué aux ténèbres, car elle l'éblouirait. La Providence , qui élève par degrés les hommes aux choses les plus sublimes , peut seule former les réformateurs que dirige son esprit de sagesse. Jésus-Christ, le réformateur du genre humain , ne commença point par combattre isolément les idées nationales, égoïstes et terrestres des Juifs, idées qui , cachées comme le papillon sous la chrysalide, en renfermaient de plus élevées, dont la Providence avait doté ce peuple pour qu'il les conservât et les propageât. 11 combattit le sentiment

(2) Luther connaissait, on ne peut mieux, cette distinction. Posant en i526 les premières règles du culte de la nouvelle Église, il écrivait : Nous ne posons pas ces règles pour ceux qui sont déjà chrétiens , car les choses sans lesquelles on ne saurait vivre ne leui- manquent pas : ils vivent pour l'amour de nous , qui ne sommes pas encore ebréliens; Ils ont leur culte dans l'esprit. Mais ce culte est nécessaire à ceux qui ont encore à devenir chrétiens , ou qu'il est besoin de fortifier. Le baptême , le verbe et les sacrements ne sont non plus nécessaires au chrétien qui les possède déjà , mais ils sont indispensables au pécheur. Halle, t. X. p. 269.

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qui donnait naissance à ces idées, montra l'idée elle-même à ses disciples, convaincu que dès qu'elle aurait pris racine dans les cœurs , elle se dégagerait, de plus en plus, de son enveloppe ; qu'elle transformerait le sentiment, comme, d'après l'allusion si belle et si vraie du spirituel Origène, Jésus-Christ s'était transformé pour ceux qui l'avaient suivi dans les liants lieux; comme, avec lui, et par lui. Moïse et les prophètes s'étaient transformés. Celui qui se présentera dès le début conmie un réformateur , et qui , n'écoutant que les impulsions de son cœur , voudra réaliser de si>ite les idées dominantes en lui , et fera de grandes choses, celui-là ne sera pas un réformateur heureux. Chez lui, ce qui se manifeste, c'est un feu qui se propage promptement, qui ravage plutôt qu il neprocure une chaleur continue, et qui s'éteint après un éclat impétueux. Cette extinction, il est vrai, n'est qu'apparente , car aucune lutte pour le bien , n'est vaine et sans effet. L'histoire du monde ne nous ditelle pas, en effet, qu'avant la production d'une grande lumière, de plus petites lumières se font voir, apparaissent dans les ténèbres, et la précèdent,parce qu'elles durent la précéder.** Avant un triomphe décisif et général du bien , le sol demande à être purifié par des victimes, par des tentatives infructueuses, parce (jue le temps du triomphe n'est pas encore venu. Fi'histoire ne nous enseigne-telle pas que celui qui combat pour le bien, mais pour le bien lui-même,

est sûr de la victoire? S'il succombe, si momentanément son œuvre faiblit, sa défaite contribue cependant au triomphe du bien.

Au commencement du douzième siècle, un prêtre (i) nommé Pierre de Bruis , se montra dans le sud delà France. L'étude du Nouveau Testament lui avait fait saisir l'essence de la pure adoration de Dieu, en esprit et en vérité, mais il n'avait pas assez attentivement observé la direction qu'il convenait de donner au genre humain dans l'enseignement de la Divinité. Il n'avait pas assez étudié l'esprit de la Bible, pour arriver à une appréciation exacte des moyens par lesquels Dieu forme les hommes au véritable sentiment de la religion intérieure. Ayant reconnu, avec raison, que le sentiment intérieur était seul véritable, il voulait, sans avoir égard à ce que la vie temporelle diffère de la vie éternelle , à ce que le Christ et les apôtres avaient lié la vie intérieure à la vie extérieure , que ce sentiment intérieur se maintînt par lui-même au milieu des hommes, et, dans le feu d'une noble indignation , il combattait toute organisation extérieure, comme nuisible au véritable culte divin. Le moyen et le but lui semblaient être confondus par le peuple, la religion lui semblait être appliquée aux choses extérieures, au préjudice de la véritable piété et de la véritable morale. Il parlait donc contre le baptême des enfants, parce que cette céré-

([) Presbvterin provincia, Ahel, l/ilrod. tliéol. , p. io()6.

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