‹ Histoire de Saint Bernard et de son siècle, traduite de l'allemand, augmentée d'une introd., de notes historiques et critiquesChapitre 27 sur 31 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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inonie impliquait lidée superstitieuse et blaspliématoire, que ceux qui avaient obtenu le baptême extérieur pouvaient seuls atteindre à la béatitude. Pour soutenir son opinion, il citait ces paroles du Christ : •< Celui qui croit et qui sera baptisé, sera sauvé^» et il prétendait qu ime toi étrangère ne pouvait profitera personne. Mais il n'examinait pas silebaptênie, qu'on présentait aux hommes sous un signe extérieur, n'avait pas une sionification sainte, fondée sur l'essence intime des vérités chrétiennes , et s'il ne fallait pas attribuer à l'opinion, la confusion que l'on faisait de ce signe avec la sainteté extérieure qu'il servait à désigner. S'élevant contre les idées que ses contemporains attachaient aux lieux consaciés, il soutenait, avec raison, que Dieu pouvait être invoqué aussi bien au cabaret qu'à l'église et à l'autel, qu'il pouvait exaucer ceux (pii le méritaient; il soutenait que la véritable église ne se composait pas de pierres réunies, mais de la comnmnauté des fidèles. Partant, il prétendait que les églises n'étant pas nécessaires, il fallait les abattre toutes.

Mécontent du faste et de la complication du culte extérieur, qui faisait de ce culte un mécanisme inanimé, blâmant les chants sacrés qui occupent plus l'esprit que le cœur, il avait raison de dire que Dieu ne trouve de plaisir que dans les sentiments pieux des hommes, qu'il ne doit pas être invo({ue par des voix retentissantes, ni apaisé par des mélodies. Mais,

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de cette opinion , il tira cette conséquence forcée que les chants religieux avaient pour objet de tourner Dieu en dérision. Parce que des idées superstitieuses se rattachaient à la croix, il s'éleva, dans son ardeur inconsidérée , contre le monument qui est pour les chrétiens l'objet de la plus sainte piété : " La croix, ce monument des douleurs et du martyre '< de Jésus-Christ, ne devait pas être vénérée, disait- « il ; elle devait être couverte d'opprobre et dé- « truite, pour venger sa mort. »

Plein de mépris pour les cérémonies extérieures, sans modération et sans connaissances profondes en théologie, il rejeta complètement la célébration de la communion. Il prétendait qu'avant sa passion , Jésus-Christ n'avait proposé qu'une fois son corps comme étant le pain; qu'il ne l'avait donné qu'une fois à ses disciples ; qu'il n'y avait donc pas lieu de répéter cette cérémonie. « N'ajou- « tez pas foi , disait-il au peuple assemblé , aux pa- « rôles des prêtres ; quand ils feignent d'engendrer le « corps de Jésus-Christ, et de vous le donner pour le ■< salut de votre àme, ils vous égarent. Ils vous trom- « pent pour le culte, comme ils le font pour d'autres « choses. >' Cet homme sincère était rationnel, quand il s'élevait contre l'usage des messes pour le repos des âmes , et contre la distribution des aumônes pour les trépassés ; ces coutumes sont, en effet, contraires à la pratique du christianisme. Il disait qu'a-

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près sa mort chacun avait à souffrir selon ses mérites en cette vie, et qu'il n'y avait pas de purgatoire. Pendant vingt ans, Pierre de Bruis repandit de semblables doctrines dans les Pyrénées, dans la Provence, dans le Languedoc et la Gascogne, et acquit à sa cause de nombreux partisans. 11 est vrai qu'il ne montra pas, en toutescirconstances, un enthousiasme pin- et paisible, et qu'il n'agit pas avec assez de circonspection pour arriver à des résultats satisfaisants. Au lieu d'anéantir la superstition dans l'esprit, et de purifier le principe chez les hommes, il combattit les choses extérieures : il s'éleva contre 1 observation des préceptes de l'Eglise, contre le jeûne, contre l'abstinence pendant lecarême.Cependant il était dangereux que des hommes grossiers rompissent subitement, et sans motifs, la barrière opposéeà de certaines passions, et qu'ils persiflassent en présence des faibles , pour lesquels ils étaient encore sacrés, des usages consacrés par le temps. L'enseignement des doctrines dont nous venons de parler , poussa les partisans de Pierre de Bruis à abattre des églises et des autels , à réunir un vendredi saint bon nombre de crucifix auxquels ils mirent le feu, à faire cuire publiquement, contrairement aux ordonnances de l'Eglise , de la viande dont ils invitaient chacun à manger, à flageller les prêtres , et à forcer les moines à se marier. Que pouvait produire, dans un siècle aussi barbare, un semblable dévergondage de l'esprit? Il est facile

de le comprendre , quand nous voyons la réforme , époque bien plus éclairée, donner l'élan à tant de brutales passions , par la confusion qu'on fit alors de l'indépendance temporelle et de la liberté chrétienne.

Après avoir ainsi, pendant vingt ans , répandu ses doctrines dans le sud delà France, Pierre de Bruis fut saisi , par une troupe de forcenés , près de Saint- Gilles, en Languedoc, et conduit au bûcher. Cependant ses principes s'étaient tellement propagés parmi le peuple , et ils avaient été si diversement interprétés , que Pierre de Cluny , homme du reste si doux et si patient, crut devoir les combattre dans des lettres adressées aux évêques d'Arles, de Gap, et d'Embrun , qu'il engagea à réprimer l'hérésie dans tous les lieux où elle s'était montrée. « Par vos sermons, « vous devriez chasser les hérétiques de leur repaire, « leur écrivait-il, et, s'il était nécessaire, vous de- « vriez les chasser avec le secours des armes séculiè- « res ; toutefois, la charité chrétienne ordonne qu'on « cherche plutôt à les convertir qu'à les exterminer.»

Certains principes enseignés par la secte dont nous nous occupons étaient si concluents , qu'ils persuadaient même les membres dévoués de l'Eglise catholique. Bien des personnes finissaient par douter que les offrandes des vivants pussent profiter aux morts, ce fut pour cela que Pierre le vénérable s'efforça particulièrement à généraliser cette opinion. A ce sujet, il s éleva avec énergie contre les catholi-

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ques (jui, coniplant sur les messes dites, après leur mort, pour le rej)os de leuràme, et sur la distribution d'aumônes , négligeaient de reformer leurs mœurs. '■ Les hérétiques qui nient refficacité des bonnes œu- « vres faites par les vivants en faveur des morts, et ■< contre lesquels je me suis élevé jusqu'à présent, di- « sait-il, ressemblent à ces ultra-orthodoxes qui , se « faisant une trop haute idée de cette efficacité des « bonnes œuvres, comptent trop sur les pieuses priè- " res des vivants pour les morts. Ceux-ci refroidissent, " dans leur zèle , la prière et les bonnes œuvres " elles-mêmes, et convertissent en poison ce qui, « pour eux , devait être un moyen de salut. La vie '< éternelle ne peut être obtenue que par la grâce di- « vine , elle ne peut être obtenue que par ceux qui « ont été entretenus dans une foi active; celui-là seul, « qui quitte le monde ainsi préparé, peut espérer que « les bonnes œuvres des fidèles suppléeront à ce qui « lui manque, et modéreront les peines du purgatoire.» Cependant, la réfutation de Pierre le Vénérable ne produisit pas grand effet sur les /;rV/-o/^/^i/e«.y.Ils avaient pour chef, lorsque parut cette réfutation, un homme d'une activité et tl'une énergie ardentes, qui, pour n'avoir point suivi , connue disciple, les principes de Pierre de Bruis , était cependant animé du même esprit. Ce chef, qui s'était montré dans les environs de Lausanne, était un ancien clunisle, nommé Henri. Ses j)arents l'avaient sans doute confié, dès sa jeunesse.

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au cloître où il avait été élevé. 11 avait lu avec zèle et dévotion les Evangiles, et s'était imbu des vérités qu'ils renferment. L'image des apôtres parcourant, dans leur pauvreté, le inonde pour proclamer la vérité; l'affection, indépendante de tous liens extérieurs, des premiers chrétiens les uns pour les autres, avaient rempli son âme d'un saint enthousiasme. Il éprouvait donc une indignation très-vive en contemplant les maux de son siècle, en voyant la corruption de l'Eglise qui s'éloignait tant de l'idée apostolique. Dans son ardeur juvénile , et se préoccupant encore moins que Pierre de Bruis de la question de temps et de lieu, il ne sut distinguer l'idéal de la réalité, et il partagea les erreurs de celui-ci. Convaincu qu'il n'était pas lié par les institutions humaines, et las d'ailleurs de la vie du cloître, il l'abandonna pour enseigner au peuple, privé principalement d'une religion manifeste , la doctrine pure de l'Evangile. Il voulait corriger , par la Bible, les maux dominants, etil exhortait les hommes au repentir et à la pénitence. Toujours en costume de pénitent, couvert de vêtements misérables et grossiers, ayant une longue barbe, marchant pieds nus, même en hiver, il portait un bâton, auquel une croix était attachée pour exhorter les hommes à suivre la croix du Seigneur. S'il arrivait dans une ville , il se logeait chez l'un des habitants et se contentait delà nourriture la plus frugale. Il devait obtenir une grande autorité sur le peuple,

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