‹ Histoire de Saint Bernard et de son siècle, traduite de l'allemand, augmentée d'une introd., de notes historiques et critiquesChapitre 7 sur 31 · XVIIJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIIJ INTRODUCTION

simonie, cette plaie de l'Église que Grégoire VII avait combattue avec la feimeté des grands caractères (i), qu'Innocent 111 devait poursuivre avec une force de volonté supérieure, avait brisé tous les ressorts de l'institution chrétienne. La simonie, qui apparaît toute vivace au milieu de nous, dans l'égoïsme et la rapacité de notre société moderne, avait effacé les dernières traces de la vie si parfaite des premiers cliiétiens. L'ambition, les richesses accumulées depuis des siècles par les anciens ordres religieux, avaient enlevé à ceux-ci leur physionomie première, les avaient fait dévier de la route tracée aux premiers membres de l'Eglise. Saint Bernard poursuivit la réforme de ces abus, soit en stimulant le zèle des chefs de la chrétienté, soit

(i) « De 1049 à ï^7ï) ^in^ synodes lancèrent des anathèmes contre ce crime; il fut proscrit, condamné, anathématisé par les papes. HiUIebrand en était le plus mortel ennemi ; PierreDamien ne savait quels termes einployer pour exprimer toute l'horreur qu'il lui inspirait. Les conciles avaient prononcé la déposition contre ceux qui s'en rendaient coupables. On les appelait des loups ravissants tournant autour du troupeau de Jésus-Christ qu'ils cherchaient à dévorer. » J. Voigt, Hist. du pape Grégoire VII, t. I, p. 260.

INTIIODUCTION. XIX

en s'élevant avec véhémence coi^ive les Jours léi^ers et oisifs (ij des clunistes, qui s'étaient le plus écartés de la règle. Cette poursuite fut, si je ne me trompe, la première lutte sérieuse qu'il eut à soutenir contreCluny, cet ordre qui, plein des pompes et des splendeurs terrestres, répandues avec profusion sur lui parles papes, les empereurs et les rois, voyait avec une certaine jalousie la prospérité naissante de Citeaux et des moines blancs. Elle provoqua l'admirable réponse pidjliée sous le titre d'apologie , cet écrit qui lenferme une critique si mordante et si incisive des relâchements du monastère bouiguignon, et qu'il adressa à Guillaume de Saint-Thierry. Après s'y être élevé contre l'intempérance des moines, s'y être plaintque l'ordre ne ressemble plus à la Jérusalem céleste , il raille le luxe des vêtements, et s'écrie, avec une amère dérision : « On recherche pour se vêtir, non pas ce (ju'il y a de plus utile , mais ce qu'on trouve de plus fin; non ce qui est propre à préserver du froid, mais ce qui excite l'orgueil; non pas enfin , selon la règle béné- «lictine, ce qu'on peut acheter au meilleur

(i) Dies fabiilaiido oliosos.

INTROnUOTlOK.

marché, mais ce qu'on peut montier avec plus de grâce, que dis-je? avec plus de vanité! » Plus d'une conversion fut due à cet écrit; son succès aurait été grand , s'il n'eût eu pour résultat que de provoquer , comme on le prétend, celle de l'illustre Suger , dont l'abbaye était plutôt une succursale du Louvre qu'une maison de prières (i).

Saint Bernard devait avoir plus d'un historien, parce que sa vie, si pleine, si abondante, fournit un cadre immense. Au commencement du dix-huitième siècle , M. Villefore avait entrepris de débrouiller les faits de cette existence, jetés, jusque-là, épars et incohérents dans trois livres, par Guillaume de Saint Thierry, Bernard, abbé deBonneaux(2) et Geoffroy, auteurs contemporains, et de les rattacher à l'histoire générale. Sa manière de faire, plus logique, plus attrayante que ne l'est celle de ses devanciers, laisse cependant, ce nous semble, quelque chose à désirer. Les longues luttes de saint

(i) Hist. de Cit., vol. III, ch. ix.

(2) Et non pas Ainault de Chartres, abbé de Bonneval , comme font cruTrithèine, Sixte de Sienne, les théologiens de Cologne, qui ont fait imprimer la bibliothèque des Pères, et le cardinal Bellarmin.

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