chapitre; X.V
Guillaume de Saint-Thierry raconte ce qui se passa lors de son séjour à Clairvaux. — Traité de saint Bernard sur la grâce et le libre arbitre, — Le saint est appelé au concile de Troyes.
« J'étais malade dans notre maison de Reims , raconte le B. Guillaume de Saint-Thierry ; et la maladie commençait à in'épuiser entièrement, lorsque Bernard m'envoya son frère Gérard , d'heureuse mémoire , et me manda par lui à Clairvaux où il m'assurait que je guérirais ou mourrais bientôt. Je reçus comme de Dieu la faveur qu'il m'accordait de mourir chez lui, ou de vivre quelque temps en sa compagnie, et je ne sais laquelle des deux choses j'eusse préférée. J'y allai promptement, et toutefois avec beaucoup de peines et d'efforts. Lorsque je fus arrivé, je ressentis l'elfet des promesses du saint abbé, et j'avoue que ce fut en la manière que je le désirais; car je fus guéri de ma grande et douloureuse maladie; mais les forces ne me revinrent que lentement. Mon
* Loc. cit.
DE SAINT BERNARD. I2l
Dieu , que je tirais d'avantages de cette faiblesse ! car Bernard se trouvant lui-même malade pendant tout le temps que j'étais à Clairvaux, ses infirmités lui laissèrent le loisir de me secourir dans mes besoins ; en sorte que , souffrants l'un et l'autre , nous demeurions ensemble tout le long du jour , nous entretenant de la médecine spirituelle et des remèdes contre les langueurs de l'âme.
« Il m'expliquait alors plusieurs choses du Cantique des cantiques ; mais il ne m'en découvrait que le sens moral et pratique, sans me parler des mystères plus profonds qui sont renfermés dans ce livre sacré , parce que je le désirais ainsi et l'en avais supplié. Et de peur que ce que j'entendais ne s'échappât de ma mémoire , je l'écrivais tous les jours autant que Dieu me l'imprimait dans l'esprit et que je m'en pouvais souvenir. Il me communiquait avec une bonté nonpareille et une entière liberté les lumières qu'il avait reçues de la grâce et celles qu'il avait acquises par l'expérience ; et il s'efforçait de me faire comprendre beaucoup de choses que j'ignorais et qu'on ne peut connaître que par la pratique du divin amour *.
« Or, le dimanche de la Septuagésime étant proche, je me trouvais le soir du samedi précédent assez bien pour pouvoir me lever tout seul de mon lit et marcher daas la maison. Je me disposais le même jour à m'en retourner dans notre abbaye. Mais le saint, ayant appris ma résolution, m'empêcha de l'exécuter et me défendit expressément d'y penser jusqu'à la (^uinquagésime. Je me soumis avec d'autant moins de peine à cet ordre que ma volonté me le rendait
* Le sublime livre du Cantique ne saurait être goûté que par ceux qui oni quelque expérience du mystère d'amour. Saint Bernard donne la clef de ce mystère dans les paroles suivantes : « Il faut moins considérer les expressions » du Cantique des cantiques que les affections. L'amour y parle partout; et » si quelqu'un veut avoir l'intelligence de ce que nous disons , il faut qu'il » aime. En vain celui qui n'aime point s'approchera pour écouter ou pour lire ; » parce que cet entretien , tout de feu , ne sera jamais compris d'un cœur de 1) glace... Ce doux colloque, dit-il ailleurs, exige des oreilles chastes, et lors- » que vous pensez aux deux amants dont il est question , ne vous représentez » pas un homme et une femme , mais le Verbe et l'âme , ou bien Jésus-Christ » et l'Eglise , ce qui revient au même , sinon que l'Eglise ne marque pas une » âme seule, mais l'union ou plutôt l'unité de plusieurs âmes, o ( In Cent, cànt. , serm. LXXIX et LXI). Nous reviendrons plus tard sur les magniflques commentaires que saint Bernard donna sur ce livre sacré.
agréablo cl que ma laiblesso semblait le rendre nécessaire. ] Or, quand je voulus, après la Sepluagésime, ni'abstcnir de viande, en ayant mani^é jusqu'alors selon que Bernard me l'avait commandé, il me le défendit encore et ne voulut jamais me le permeUre.lMiceci,je necrus pas devoir acquiescer à son sentiment, et je ne voulus écouter ni son ordre ni ses prières. Nous nous séparâmes donc le samedi soir, lui s'en allant au chœur sans dii'o mot, et moi dans mon lit.
» Incontinent après que je fus couché, la violence de mon mal me reprit avec une force extraordinaire; et je souttVis si cruellement toute la- nuit, que la douleur surmonta tout ce que je pouvais avoir de résignation et de patience; en sorte que, désespéraut de ma vie, je ne pensais pas que j'irais jusqu'au lendemain pour voir , au moins encore une fois, le grand serviteur de Dieu. Après avoir passé la nuit entière dans ces angoisses, j'envoyai de grand matin pour le supplier de venir auprès de moi. Il vint aussitôt, mais avec le visage sévère d'un homme qui fait une réprimande, et non pas avec cette compassion douce et charitable qu'il avait coutume de me témoigner. Il me dit toutefois en souriant: «Eh bien , que mangerez-vous aujourd'hui? » Et moi qui savais, avant qu'il me parlât, que ma désobéissance du jour précédent était la véritable cause du redoublement de mon mal , je lui répondis : « Je mangerai tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner. « Reposez-vous donc , dit-il, vous ne mourrez pas encore. » Et il s'en alla. Que dirai-je déplus? A l'heure même toute mon infirmité me quitta '. 11 ne me resta qu'une lassitude qui m'empêcha de me lever ce jour-là ; car les maux que j'avais endurés étaient extrêmes , et je ne me rappelle pas d'en avoir jamais éprouvé de semblables. Le lendemain cependant j'étais parfaitement remis , et mes forces étant revenues aussi , je m'en retournai peu de jours après, dans mon monastère, avec la bénédiction et les bonnes grâces de mon hôte ^. »
Saint Bernard profila des courts instants de relâche que ses souffrances avaient nécessités, pour écrire un traité sur la grâce et le libre arbitre. Voici quelle eu fut l'occasion. Il s'entretenait un jour avec ses frères sur les merveilleux cf-
* Et quid dicam? Confestim et oinnîs dolor abiit. — - GullI. , lib. I , cnj». 12, p, 1100, n. 59 et 60.
fets de la grâce, et ajoutait, avec l'accent de la reconnaissance , que la grâce l'avait prévenu dans le bien, que c'était elle qui donnait au bien sou commencement, son progrès et sa perfection. A ces paroles, l'un des auditeurs lui dit : «Si c'est la grâce qui fait tout, quelle sera notre récompense, où sont nos mérites, où est notre espérance *?
Saint Bernard répondit avec saint Paul : « Dieu nous a sauvés par sa miséricorde, et non par les œuvres de justice que nous avons faites : « Non ex operibus jusûtîœ qiue fecimus nos , sed seciindinn siiam misericordiam salvos nos fecït (ïit., m, 5). Eh quoi! continua-t-il, pensiez-vous être l'auteur de vos mérites et vous sauver par votre justice propre , vous qui ne pouvez pas seulement prononcer le nom de Jésus sans la grâce du Saint-Esprit ? Avez-vous oublié la parole de celui qui a dit : Vous ne pouvez rien faire sans moi (Jean , xv, 5) ; et ailleurs : Gela ne dépend ni de celui qui veut , ni de celui qui court , mais de Dieu qui fait miséricorde ^. Mais , me répondrez-vous , que devient alors le libre arbitre? Ma réponse sera courte : // fait son salut. »
Cependant le saint docteur jugea convenable de traiter avec plus de maturité une question si délicate ; et il écrivit le remarquable ouvrage dont nous allons rendre un compte succinct ^.
D'abord il pose , avec saint Augustin , que toute bonne action suppose la coopération de la volonté humaine avec la grâce divine ; et qu'ainsi l'œuvre du salut ne peut s'accomplir qu'avec le concours de ces deux choses : la grâce et la liberté ; la grâce qui donne , et la liberté qui reçoit , qui admet , qui acquiesce , qui consent ; en sorte que fahe son salut , c'est consentir à la grâce ; « conscnlïre enim salvari est. » Il n'y a donc que la volonté , ou le consentement libre et non forcé de la volonté qui puisse rendre l'homme heureux ou malheureux , selon qu'il s'applique au bien ou au
* TIbi ergo, aïs, sunt mérita nostra, aut ubî est spes nostra? Vid. BoII. ad XX Ang., tome IV, cap. 1, p. 603. —^ Rom. IX, 16. — 3 Traclaliisde Grat. cl lib. arhitrio. Il n'entre pas dans notre plan d'analyser d'une manière complète tous les ouvrages de saint Bernard ; ce serait un travail qui grossirait trop cette histoire , et qui , d'ailleurs , pourra se faire plus utilement dans un livre à part ; mais si nous insistons sur le Traite de la grâce , c'est qu'il résume la doctrine catholique sur plusieurs points étrangement interprétés par les chrétiens dissidents.
mal. C'est pourquoi ce consentement est appelé avec beaucoup (le sens le libre nrbilre , tant à cause de la liberté (pie l'homme ne peut perdre {ob voluiitnl'is inaïu'iss'dnlcm libcriatcm ) qu'à cause du jugement inséparable de la raison qui l'accompagne toujours, (^e consentement est libre de soimême à cause de la volonté ; et il est juge de lui-même h cause de la raison. «Comment, cnctlet, poursuit saint » Bernard , pourrait-on avec justice imputer le bien ou le » mal à celui qui n'est pas libre , puisque la nécessité sert » d'excuse légitime à l'un et à l'autre? Or, il est certain que » là où il y a nécessité , il n'y a point de liberté ; que s'il » n'y a point de liberté , il n'y a point non plus de mérite , n ni par conséquent de jugement. Toute action qui n'est » point faite avec la liberté d'un consentement volontaire ,
» est destituée de mérite De là vient que les actions des
» fous , des enfants et de ceux qui dorment , ne sont répu- » tées ni bonnes , ni mauvaises ; parce que n'ayant pas » l'usage de leur raison , ils n'ont pas non plus de lumière » pour l'exercice de leur volonté , ni par conséquent de leur » liberté K »
Après avoir nettement défini la liberté et les différents états dans lesquels elle peut se trouver , saint Bernard l'envisage dans ses rapports avec la grâce. 11 établit que la volonté ne peut se manifester que par le simple acte du vouloir ; mais que pour donner son vouloir à tel objet ou à tel autre , elle a besoin de la grâce. « Car je ne dis pas , » ajoute-t-il , que par la liberté nous ayons le vouloir du » bien ou le vouloir du mal ; je dis seulement que nous » avons le simple vouloir; car le vouloir du bien est un don, » et le vouloir du mal est un défaut ; mais le simple acte du » vouloir est précisément ce par quoi nous sommes capables » de bien et de mal. Ainsi , par nous-mêmes , nous voulons ; » mais par la grâce nous voulons le bien ^, »
(( C'est la glace seule , dit-il plus loin , qui excite le libre )) arbitre en lui inspirant la bonne pensée ; qui le perfec- » tionne en changeant sou alfection ; qui le fortifie pour que » le bien commencé puisse s'accomplir; qui le soutient, de » peur qu'il ne défaille. Or , dans toutes ces opérations , la » grâce agit de telle sorte (pie , dans le commencement » * N. 5, — 2 Ex ipso nobis est velle; ex ipsa bonum velle, n. 17.
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» elle prévient la volonté ; et qu'ensuite elle l'accompagne » toujours. L'un et l'autre concourent à la perfection de »^ l'œuvre qui a été commencée par la grâce , de manière » qu'elles opèrent simultanément, et non l'une après l'autre; » la grâce ne fait pas une partie , et la liberté une autre ; » mais chacune, par un seul et même acte, fait l'œuvre » tout entière ^ »
Saint Bernard continue , autant que ces hautes questions le comportent , à déterminer les rapports et les points de contact de la liberté et de la grâce ; puis , partant de ces prémisses , il en déduit toute la doctrine de la justification. « 0 homme , dit-il , tu ne pouvais te créer , quand tu » n'existais pas ; pécheur, tu ne pouvais te justifier; mort , » tu ne pouvais te ressusciter. 11 n'y a que celui qui ignore » la justice de Dieu en voulant établir la sienne propre , qui » puisse douter de ces vérités. Et qui est-ce qui ignore la » justice de Dieu? C'est celui qui s'attribue d'autres mérites » que les mérites ftrovenant de la grâce ^. »
« Après cela , on demande ce qui constitue nos mérites ? » Je réponds que le concours de notre volonté avec la grâce » qui nous justifie , nous est imputé à mérite. La régénéra- » tion , la réparation {reformntio) de notre intérieur ne » pouvant se faire qu'avec l'acquiescement de notre liberté , » cet acquiescement , ce consentement constitue nos seuls » mérites ^. Ainsi nos mérites , ce sont les jeûnes , les veil- » les , la continence , les œuvres de miséricorde et toutes » les autres pratiques de vertu par lesquelles notre homme » intérieur se renouvelle de jour en jour, à mesure que nos » intentions courbées vers la terre se redressent vers le ciel; » à mesure que nos alïections languissantes se purifient dans » l'amour des choses spirituelles , et que notre mémoire , » souillée par le souvenir des péchés passés , s'épure dans » la sainte joie que lui donnent les bonnes actions. Ces trois » choses contribuent principalement au renouvellement de
* Ita tainen quod a sola gratin cœptum est , pariter ab utroque pcrficitur; ut rnixtim, non singillatim ; simul , non ■vicissim, per singulos profectus opereutur..., n. 47. — ^ Quis est qui ignorât Dei justitiam ? (jui seipsum justificat. Quis est qui seipsum justificat? Qui mérita sibi aliunde quàm a gratia pr^sumit. — ^ Sola, (luœ noliiscum quodammodo fit propter consensum toluntarium nostrum , in mérita nobis reputabitur reformatio.
IHG iiisTOiui:
» l'Iiummc intérieur : la droiture de l'intention, la pureté » des atleetions , le souvenir des bonnes œuvres. Mais » comme c'est l'Esprit-Saint qui opère en nous ces disposi- » lions , elles sont dos dons de Dieu ; et , d'une autre part , » (.omme elles exiii;ent le consentement et le concours de
^> notre volonté , elles nous sont imputées à mérite ' En
» un mot, pour nous résumer avec saint Paul, ce sont ceux » qu'il justifie , et non pas ceux qu'il a trouvés justes , que » Dieu gîoi-ilie dans le ciel. (Uoni., vin , 30.) ^)
Telle est la substance de l'ouvrage de saint Bernard , ouvrage que les Bollandistes appellent le livre d'or '^. Les questions les plus subtiles et les plus compliquées de la théologie y sont expliquées avec onction et clarté ; la grâce et ses diverses opérations, sa force, ses ell'ets, son influence sur l'homme ; la volonté humaine . sa liberté , son impuissance et son état de faiblesse depuis le péché d'origine ; l'accord de la liberté avec la grâce ; les dons de Dieu et les mérites des hommes , la justilicatioa par Jésus-Christ , tous ces différents points, développés selon les principes immuables de l'Eglise , présentent sous la plume de saint Bernard, la vérité toujours ancienne sous une forme nouvelle : nove , non nova ^.
Cependant Bernard, encore malade , avait à peine repris ses fonctions abbatiales , auxquelles son amour le portait incessamment , qu'il fut convoqué à un concile qui dut s'ouvrir à Troyes au commencement de l'année 1128. Les aifaires litigieuses de l'évéque de Paris et dillerentes autres nécessités de l'Eglise de France avaient déterminé le pape lïonorius à réunir les prélats français , sous la présidence de son légat, le cardinal Mathieu, évéque d'Albano.
* Quia verô cum nostrse voluntatis assensu , nostra sunt mcrita..., a. 51. — 2 Libellas sanè totus aureus. Viil. Mabill. , Ann., lib. LXXV, n. 60. — •'Il semble que le saint Concile de Trente ait eu sous Içs yeus l'ouvrage de 31. l'abbé de Clairvaux , quand il exposa la doctrine de la justification ; car il le reproduit presque textuellement, et c'est ce qu'il y a d'ailmirable dans l'Eglise catholique : la continuité du mémo esprit dans la perpétuité du corps enseignant est le témoignage le plus puissant de la vérité. « Nous exposons, dit le concile " de Trente, la saine et vraie doctrine de la justification , telle qu'elle est éma- » née du soleil do justice , Jésus-Cluist, l'auteur et le consommateur do notre » foi, telle (jue les apôtres nous l'ont laissée et ((ue l'Eglise catholique l'a tou- » jours tenue et gardée, par l'inspiration de l'Esprit-Saint. » (Voy. Cono. Trid., session VI).
LE SAINT BEUNARD. 127
Le cardinal voulut que saint Bernard assistât au concile, et lui écrivit pour le presser de s'y rendre. Mais Bernard s'était proposé de ne plus sortir de sa solitude, et de ne plus s'occuper, sans urgence, des alTaires qui lui semblaient en dehors de sa vocation. Ses continuelles infirmités lui donnaient d'ailleurs le droit de se récuser ; et, dans cette disposition, il écrivit au légat apostolique et lui fit connaître son état et ses sentiments. Voici quelques passages de cette lettre que nous ne pouvons nous dispenser de rapporter. « J'ai été prêt, dit-il, à vous obéir; mais mon corps n'a pas » suivi mon esprit ; et ma chair , brûlée par les ardeurs 1) d'une fièvre violente, épuisée de sueurs, n'a pu se rendre » aux exigences de l'esprit qui est prompt. Que mes amis » jugent si cette excuse est légitime, eux qui se servent des » liens de l'obéissance que j'ai vouée à mes supérieurs, pour » m'arracher si souvent de mon cloître et me rejeter dans ï le monde.... C'est, disent-ils , une affaire importante qui » nous oblige à vous appeler. Mais pourquoi donc jeter les » yeux sur moi? Ces aifaires sont ou faciles ou difficiles. Si » elles sont faciles , on les fera bien sans moi; difliciles, je » n'en viendrai pas à bout... à moins qu'on ne s'imagine » peut-être que je suis plus capable qu'un autre! En ce cas, )j comment se fait-il, ô mon Dieu, que je sois le seul pour s lequel vous vous soyez jamais trompé , en mettant sous le » boisseau une lampe qu'il fallait placer sur le chandelier ? » Ou, pour parler plus clairement, pourquoi ra'avez-vous » fait moine? Pourquoi avcz-vous caché dans le secret de » votre maison un homme qui était nécessaire au monde? » Mais je m'aperçois qu'en me plaignant de la sorte, je » prends un peu d'humeur. Je vous déclare donc. Révérend » père, que, malgré ma répugnance, je me soumettrai tran- » quillement aux ordres que vous me donnerez , laissant à ï votre discrétion le soin de m'épargner ^ »
Toutefois ni ses soullrances , ni son besoin de retraite , ni ses réclamations instantes ne purent le dispenser de se rendre au concile. Il en reçut l'invitation formelle, et dèslors l'obéissance l'emporta sur toutes les considérations. Il partit pour ïroyes, au milieu de l'hiver, et alla prendre sa place dans la vénérable assemblée. Ce fut sous son inspira-
* Epist. XXV.
lion que le coiicilo régla les dillércnds de l'Eglise de France, el promulgua plusieurs canons sur la réforme des mœurs cléricales. Ces rcglenienls, qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous, sont vantés par les historiens du temps, à cause de l'énergie el de la sagesse de leurs dispositions *.
Le concile était sur le point de terminer ses travaux lorsqu'un mémorable incident vint prolonger ses séances et donner à sa mission une importance nouvelle.