‹ Histoire de Saint BernardChapitre 21 sur 55 · CHAPITRE IILXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE IILXIII

Retour à Claîrvaux — Esprit de prophétie de saint Bernard.. — Il s'élève contre l'abus des appellations. — Il pousse Lothalre à une nouvelle expédition contre les schisniatiques. Il est rappelé en Italie.

Le voyage de saint Bernard à travers le nord de l'Italie , la Suisse et la France , ressemblait à une pompe royale. Les hommages qu'on rend aux tètes couronnées ne sauraient même être comparés à ces respects spontanés , à ces témoignages d'admiraton et de reconnaissance que recueillit, sur son passage , le saint moine dont le front brillait, non pas des insignes d'une dignité empruntée; mais de l'auréole de la royauté véritable et de la lumière immortelle.

L'homme de Dieu n'avait pu cacher son itinéraire aux populations impatientes de le voir. Son passage était en quelque sorte pressenti à l'avance , comme ces astres dont on subit l'influence avant qu'ils n'apparaissent à l'horizon. Il n'avait pu, malgré ses extrêmes précautions, échapper aux honneurs qui l'attendaient partout ; et l'humilité dont il s'enveloppait ne servit qu'à faire ressortir davantage l'éclat de sa sainteté.

Aux portes de Plaisance , il trouva l'évêque et le clergé qui le reçurent et l'amenèrent processionnellement dans leur ville. Un pareil accueil lattendailà Florence. En Suisse, les pâtres descendaient de leurs montagnes pour se joindre à son cortège; et les bergers des Alpes, quittant leurs troupeaux, venaient se jeter à ses pieds, ou poussaient des cris aigus du haut des rochers, pour lui demander sa bénédiction *.

* (Ani). Cist., p. 287 , n 7, 8). Est-ce à notre saint qu'il faut attribuer les «loras du grand ci dcputitSaitit-Bcrnaid que portent les deux hautes monta-

Il arriva enfin à Besançon, d'où il fut conduit solennellement jusqu'à Langres; et là , non loin de la ville , il trouva ses religieux qui étaient venus au-devant de lui, à la nouvelle de son approche. « Tous , dit un chroniqueur , se jetè- » rent à genoux et l'embrassèrent, chacun lui parlant à son » tour ; et , pleins d'allégresse , ils l'accompagnèrent à » Clairvaux. »

Aussitôt que le saint eut franchi le seuil de son monastère, il alla rendre ses actions de grâces à l'église, et assembla ses enfants au chapitre , où il leur fit une exhortation courte, à cause de son extrême fatigue, mais tendre et touchante. Sa consolation était de retrouver toutes choses dans l'ordre parfait qu'il avait établi avant sa longue absence. « Cette maison » de Dieu, rapporte la chronique déjà citée, n'avait pu être » ébranlée en aucune de ses parties; rien n'avait pu altérer » la sainteté des humbles moines. Ils étaient tous animés » d'un même esprit, consommés dans l'union fraternelle; » et ils vivaient en paix , gravissant ensemble les degrés de » l'échelle de Jacob, et se hâtant d'arriver à la béatitude du » ciel, où réside l'objet des éternels délices \ »

« Quant au saint abbé, continue le môme narrateur , il se » souvenait de celui qui a dit : Je voijais le diable lombcr du » ciel comme un t'c/air (Luc, iO);et il était d'autant plus » humble et plus soumis à la divine majesté, qu'il la recon- » naissait plus favorable à ses vœux ; et il ne se glorifiait » pas lui-même de ce que les démons lui étaient assujettis, » mais il se réjouissait clans le Seigneur de voir les noms de » ses frères inscrits dans le ciel , en ce qu'il les voyait unis » et liés sur la terre par les liens d'une charité inviolable et » sacrée. '^ »

Cependant son retour à Clairvaux fut le signal d'un règnes du Valais? Notre dévotion nous le ferait croire ; mais l'impartialité historique nous olilige à penser autrement; car, dès l'année 966 , dit la légende , un serviteur de Uieu , du même nom , le B. Bernard de Menthon, archidiacre tl'Aoste en Piémont , renversa nne idole de Jupiter qui était placée sur l'une de ces montagnes , et fit bâtir, en cet endroit même , un monastère destiné à héberger les voyageurs. De là l'origine des célèbres hospices qui , depuis tant de siècles , ne sont pas une des moindres merveilles de la charité chrétienne. (Voyez l'abrégé de la vie du B. Bernard de Menthon, dans Godescard , vol. V, sous la date du 15 juin). — ^ Vita S. Bem. , lib. II. auctore Ernaldo, cap. 5 , n. 28, p. II18. — 2idem^ n. 29.

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