‹ Histoire de Saint BernardChapitre 24 sur 55 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Considérations préliminaires. — Mouvement intellectuel du moyen-âge.

Les débats philosophiques , quand ils agitent profondément les esprits, ne sont jamais des querelles isolées ; ils attestent la vie intellectuelle d'une époque , et caractérisent sa tendance. C'est ainsi que le seul énoncé des questions soulevées du temps de saint Bernard dément l'opinion longtemps dominante qui a fait du moyen -âge une époque d'ignorance et de barbarie. Les nombreux et riches monuments que celte époque a laissés à la nôtre témoignent au contraire de sa vigueur intellectuelle; et le douzième siècle principalement se distingue par sa pensée subtile autant que par la sublimité de son idée.

L'idée philosophique et profondément chrétienne qui domine toute la science du moyen-âge, c'était celle de la foi, comme foyer de lumière. La foi; tel était le centre commun de toutes les branches des connaissances humaines; et de ce centre vivant et liarmoniquenient déployé , devaient jaillir comme d'une source intarissable les flots de la lumière et de la vérité.

Mais le développement de cette idée coïncidait avec la période la plus critique du développement des facultés de l'esprit humain. Les peuples chrétiens étaient arrivés à cet âge où l'imagination, épuisée par de prodigieux écarts, commence à s'effacer devant la raison positive; âge de nubilité intellectuelle qui , aussi bien que dans la sphère phy-

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siqiie, a ses écueils et ses dangers. L'iiomme qui entre dans un plein exercice de sa raison acquiert, avec le sentiment de sa dignité, la conscience de sa liberté; il juge, compare et prévoit; il se pose en lui-même, se glorifie de sa force, et s'impatiente du joug do la loi. De là les égarements, non plus d'une imagination fougueuse, mais de la raison ellemême qui soulève la volonté , et s'insurge contre l'autorité. Dans le dou/.ième siècle, cette double tendance, celle de l'idée chrétienne qui éclairait la science par la foi , et celle de la pensée rationnelle qui expliquait la foi par des arguments humains, se prononça nettement et se sépara en deux écoles distinctes : l'une est pcrsonniliée dans saint Bernard, l'autre représentée par le trop célèbre Abeilard.

Ces deux écoles, du reste, ont de tout temps et sous diverses formes, divisé le monde scientifique. Toujours, à côté des doctrines sacrées qui enseignaient les traditions du ciel et de la terre, se produisaient des doctrines subversives, des systèmes rationnels par lesquels l'esprit humain prétendait refaire la science à son gré, et la dépouiller de ses mystères. De là, l'antagonisme de la science, fondée sur les principes éternels de la révélation ; et de la science, basée sur les prémisses muables de la pensée humaine. En effet, selon que l'homme s'ouvre à l'action divine pour recevoir d'en haut la lumière, ou qu'il s'enferme en lui-même pour la faire jaillir de son activité propre, la science sera différente et dans sa tendance et duns ses résultats; et de ces deux modes de procéder découleront deux doctrines opposées auxquelles se rattachent, en définitive, tous les systèmes philosophiques.

Il ne sera point inutile au sujet qui nous occupe , de présenter sur ces deux écoles quelques considérations qui , d'ailleurs , lessortent des débats auxquels saint Bernard dut prendre une part si vive , et qui en même temps jetteront quelque clarté sur l'état intellectuel du siècle où il vécut.

La vraie philosophie, qui est à la fois science et sagesse, se trouve déposée en germe dans les livres sacrés; elle révèle les mystères de Dieu, de l'homme et du monde, ainsi que les rapports de l'homme avec le monde et avec Dieu; elle dit la chute primitive , la dispersion des races, le développement du mal à côté du bien, la liberté humaine devant

-choisir entre l'un et l'autre, et le plan divin pour la réhabilitation de l'homme et pour la réharmonisation de la terre et du ciel. Ce sont là les vérités-principes de toute science; elles se sont propagées de race en race , .pures et intactes dans l'une des lignées de Sem; altérées et plus ou moins dégradées chez les autres descendants de Noé. Moïse, initié aux secrets de Dieu et consacré par une vocation supérieure , fixa sur les tables de pierre ces divines révélations; un peuple , miraculeusement élu entre tous les peuples du monde, en reçut le dépôt; il le transmit à l'Eglise, et l'Eglise le promulgue à l'univers.

Ainsi s'est conservée et se conserve encore la doctrine des choses divines et humaines, la science des mystères, la vraie philosophie.

K C'est cette science, dit un philosophe chrétien ^ont Dousnous honorons d'être le disciple, c'est cette science de Dieu et de son Verbe par lequel toutes choses ont été faites, cette science du rapport nécessaire de Dieu avec l'homme et du rapport libre de l'homme avec Dieu , que professaient les premiers philosophes chrétiens, dont les uns, nés dans le paganisme, étaient platoniciens; dont les autres, nés dans le sein de l'Eglise, mais instruits dans les lettres et les arts de la Grèce, ramenaient toutes leurs connaissances au centre de l'unité, et puisaient dans la parole divine les principes et la sanction de leur enseignement. C'est ainsi que saint Justin, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Athanase, et tant d'autres cherchèrent à conduire les esprits à la source de la vraie science , de cette science qui a pour objet les vérités et les lois éternelles, et pour résultat, nonseulement les délices de l'admiration et de la contemplation , mais encore le goût et la pratique du bien '. »

L'enseignement de ces philosophes n'était pas argumentatif; mais au contraire il exposait la doctrine d'une manière simple , positive et dogmatique , fondant la science non pas sur la pensée de l'homme , mais sur la parole de Dieu, Ainsi naquit la Philosophie catholique, auréole lumineuse de la théologie. Appuyée sur le roc de l'Eglise, elle appliquait les données dogmatiques à la science , et n'admettait les

* M. Bautain , Phil. du christ,, Tol. II, lettre XXVI.

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invcstii^alions ralionncllcs qu'autant qu'elles partaient des principes de la loi.

Or, la rigueur de ces principes pèse à la raison orgueilleuse; et le besoin d'activité propre , la présomption de son savoir-faire, a enl'anté , à côté de la science selon Dieu, une science selon rhommc. La première procède de l'amour delà Sagesse divine, d'où lui est venu le beau nom de philosophie ; la seconde est un fruit de la sagesse humaine qui convoite la vérité et usurpe son nom. Pour elle, la Philosophie n'est pas l'amour de la vérité; mais la recherche de la vérité, selon les règles de la dialectique ; c'est-à-dire, comme s'exprime saint Bernard, elle est l'art de toujours la' chercher , sans jamais la trouver. C'est cette science toute païenne, dont Aristote est proclamé le père, qui, à chaque période du développement rationnel, s'érige en rivale de la science véritable, et prétend, au moyen du syllogisme, explorer les plus sublimes voies de la vérité. «La sophistique, continue l'auteur déjà cité, s'empara souvent des faits de l'Evangile pour les soumettre à sa critique ; elle s'en prit aux. textes sacrés , aux vérités de la foi , pour les juger ; et ne pouvant les comprendre, les prenant, comme ditl'apùlre, pour des folies, elle les tourna en dérision ou en blasphèmes. Des ministres de la parole, saisis d'indignation, descendirent dans l'arène, s'elTorçant de repousser des arguments de raison par des arguments de raison; on soumit la parole divine à la dialectique; on la brisa, on la morcela pour la faire entrer dans la forme du syllogisme; on prétendit établir, ou au moins consolider la foi au moyen de cet instrument réputé infaillible. C'est alors que commença la méthode scolastique , dont on attribue l'introduction en Orient à Jean Damascène, et plus tard en Occident à Abeilard et à Pierre Lombard , le fameux mailrc des Sentences *. »

Tant que la dialectique s'exerça dans la voie légitime et dépendante de la foi , elle ne porta point d'ombrage à l'enseignement de l'Eglise; elle lui prêta, au contraire, un secours puissant. Mais, devenue l'auxiliaire de l'insurrection delà raison contre la foi , elle dégénéra en rationalisme , en argumentations sophistiques et puériles qui compromirent la

' Phil. du christ., loc. cit.

sainteté de l'enseignement ,, même en voulant le soutenir. Ainsi le rationalisme entra ouvertement en lutte avec la théologie positive, au douzième siècle; mais longtemps d'avance il avait préludé à son affranchissement. Les écoles fondées par Gharlemagne étaient déjà l'expression de cette tendance. Ce que Gharlemagne entreprit en Occident, le célèbre calife Aroun-Al-Raschid l'avait fait en Orient, De tous cotés surgirent des institutions destinées à seconder le travail de l'esprit humain. Cependant Aristote avait fixé l'attention des Arabes. Cette nation , douée de facultés fortes et actives , s'était engouée des ouvrages mal traduits de cet auteur ; et , par l'intermédiaire des Juifs d'Espagne, l'Occident participa aux fruits de leurs travaux ^. Dès cette époque, la philosophie qui parmi les docteurs chrétiens avait toujours été subordonnée à la foi, commence à dévier, et tend à s'exercer dans une sphère distincte ^.

Le mouvement que Gharlemagne avait donné aux éludes, l'excitation qu'il avait présentée à la raison en lui livrant une infinité de questions curieuses, produisirent des disputes plus propres à obscurcir et à entraver les voies de la science qu'à seconder leurs progrès. La scolastique, quoique soumise encore à l'autorité de l'Eglise, visait à l'omnipotence par les déductions subtiles qu'elle tirait des textes de l'Ecriture et des Pères. Ainsi une femme prétendit avoir trouvé dans l'Apocalypse la date précise de la fin du monde; elle en fournit des preuves, et eut des partisans. Un moine de Corbie, appuyé sur le livre de saint Augustin , enseigna que tous les hommes n'étaient animés que d'une seule et

* La question de savoir si les ouvrages d' Aristote , transmis d'Orient en Occident, vinrent par Constantinople ou par l'Espagne , a été traitée à fond et parfaitement résolue en faveur de cette dernière voie, par M. Jourdain. (Rech. crit. sur l'origine des traductions latines d' Aristote, et les commentaires grecs et arabes. Paris, 1819). — ^ Les juifs jouèrent ungrandrnle dansla transmission de la science des Arabes aux Occidentaux. Ils avaient au douzième siècle , en Espagne ainsi qu'en France, de célèbres écoles où brillaient Aben Esra , Jonas Ben, Maimonides, David Kiraki, Salomon Jarcki et d'autres. C'est par ces écrivains rationa'istes, interprètes hardis d'Aristote, que le judaïsme reçut sa forme moderne; et les mêmes disputations qui avaient constitué l'œuvre semi-religieuse et semi-rationaliste du Thalmud , menacèrent d'envahir les livres des interprétations théologiques. Plus d'un écolâtre , animé de l'esprit de Maimonides, composa des recueils de questions et de solutions dignes de faire suite au Thalmud judaïque.

même àmc. Deux théologiens , Ratrammn cl Paschase, souliiii'ent de longues diseussions sur le mode de la présence réelle. D'autres écrivains se disputent sur la manière dont la sainte Vierge enfanta le divin Messie. Toutes espèces de questions, graves ou puériles, devinrent insensiblement les objets de l'invesligalion scolastique ^ Déjà, au milieu du onzième siècle, l'aulorilé d'Arislote avait pris une telle prépondérance que l'on commençait à le citer à l'égal des pèies de l'Eglise; et ni les papes ni les conciles ne purent lutter victorieusement contre son envahissement da ns les écoles chrétiennes. Ces écoles dégénérèrent en arènes publiques où la vérité n'était que le jeu auquel s'exerçait la raison armée du syllogisme.

Vers la fin du même siècle , et au commencement du douzième, le rationalisme, nettement formulé, jeta le gant aux théologiens de l'école dogmatique, et les désigna sous le nom de docteurs surannés , tandis que ceux-ci traitèrent de novateurs [doctores novï) les partisans d'Aristote ^.

Un des anciens théologiens que l'on regardait comme un sophiste , parce qu'il attaquait par sa base la philosophie rationnelle (Jean le Sophiste), soutint victorieusement que les abstractions de la raison ne pouvaient remplacer les réalités des idées, et que la science ne devait point se fonder sur des mots qui n'exprimaient que les notions de l'esprit. A cette thèse se rattache une vive et célèbre querelle qui consomma le schisme des docteurs en deux camps opposés. Jean Roscelia , chanoine de Compiègne, soutint que les idées n'étaient que des mots {jlalus vocïs) au moyen desquels nous désignons les notions de la raison; il reçut,

* Il y a sans aucun doute quelque chose de noble et de majestueux dans la méthode scolastique largement entendue et appliquée par le génie chrétien à l'enseignement rigoureux de la vérité. Mais cette méthode est tombée dan» le ridicule quand , fière de son infaillibilité , et explorée par des esprits vulgaires , elle s'est avisée d'expliquer toutes sortes de problèmes futiles. Comme les Arabes et les Juifs , leurs maîtres , les philosophes scolasliques discutèrent gravement sur des minuties. Ainsi , ils voulurent savoir ce que Dieu aurait fait si Adam ne s'était pas laissé séduire par Eve; si les étoiles sont des animaux ; pourquoi les plantes ne pouvaient croître dans le feu ; pourquoi l'honmie n'avait point de cornes au front ; pourquoi le ne» est placé au-dessus do la bouche, etc., etc. La platitude de ces (|uestinns ne le cèile en rien à celles dont fourmille le Thalmud. (Voy. Thelhardi, Quajst. perdifficiles ). — * Voy. Duboulay, Hial. de VUniv. de Paris, tome III, page 129.

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ainsi que son école , le nom de nominalislc , par opposition avec l'école réaliste qui regardait les idées comme des choses réelles. L'une et l'autre école , bien qu'elles partissent d'un point de vue contraire , se défendaient par la syllogistique ; désormais le rationalisme dominait l'esprit du siècle.

Ce fut Abeilard qui, personnifiant cet esprit en lui-même, se mit à la tête du mouvement, et rendit populaires, eu quelque sorte, ces questions scientifiques. Passionné pour la gloire, et plein de confiance en son incontestable talent , il entreprit, avec une liberté inouïe jusqu'à son époque, d'établir la vérité des dogmes sur les données de la raison , et d'appliquer la dialectique aux plus sublimes mystères de la théologie. Il le tenta ; et sans reculer devant les conséquences d'une inéthode si hardie , il dogmatisa sur toutes les matières de la foi et de la morale. Abeilard demeura soumis à l'Eglise; mais ses disciples, moins pieux et plus audacieux que lui , poussèrent la nouvelle méthode jusqu'à ses dernières limites, et achevèrent la séparation totale de la théologie et de la philosophie chrétienne.

Une telle nouveauté , dont la vogue dut bientôt envahir toutes les écoles, ne pouvait s'exercer longtemps sans enfanter des erreurs et des funestes hérésies. L'exaltation de la raison individuelle ne connut plus de bornes ; la science ouvrit son sanctuaire à toutes espèces de doctrines , et l'on vit bientôt reparaître les erreurs anciennes mêlées aux subtilités nouvelles.

Parmi les fausses doctrines dont les germes avaient plus d'une fois produit des fruits empoisonnés, dès l'enfance de l'Eglise, celles des Manichéens surtout se réveillèrent au douzième siècle. 11 ne serait pas facile de présentrer l'analyse de cette formidable hérésie qui , sous une dénomination commune, réunissait toutes les diverses sectes des anciens gnostiques. Admettant deux pi-incipes coéternels *, l'auteur du bien et l'auteur du mal, les réformateurs du Manichéisme modifièrent graduellement leur système et cherchèrent à le mettre plus ou moins en harmonie avec la doctrine chrétienne. Il en résulia un mélange bizarre de sensualité et

* Prinaum illorum axioma est , duo rerutn esse piincipia ; Deuni maluni et Deum bonum. (Pierre le Sic, p. 756).

d'austérité , de niécréance et de superstition , d'éclectisme et de panthéisme, qui aboutirent à des tliéories absurdes et à des pratiques infâmes '.

Déjà au quatrième et au cinquième siècle , les empereurs romains avaient eu recours à des mesures rigoureuses pour exterminer ces sectes dont les assemblées occultes et les odieux principes inquiétaient le pouvoir et soulevaient tous les cœurs honnêtes. Ils ne parvinrent qu'à les contenir dans le silence ; et le monde en semblait délivré lorsque, vers l'an 660, une femme, zélée manichéenne, entreprit de raviver les erreurs dont elle était éprise. Son fils, nommé Paul, se produisit comme l'apôtre d'un christianisme purilié; et, commençant par rompre avec la hiérarchie catholique, il dogmatisa sans mission, et chercha dans les livres sacrés, à l'exclusion delà tradition, un nouveau symbole de la foi. Ses disciples, les Panliciens , dignes ancêtres des hérésiarques que nous allons voir apparaître; pères des Vaudois et des Albigeois, et précurseurs des hérétiques du seizième siècle, les Panliciens ne voulaient de religion que selon le texte écrit de l'Evangile, et soumettaient ce texte à la libre interprétation de leur esprit propre qui , à leurs yeux, était toujours éclairé des lumières de l'Esprit saint. Conséquents avec ces principes, ils nièrent successivement, comme nous le verrons plus tard , les dogmes et les mystères que leur raison ne pouvait comprendre ; et quand le sens littéral des Ecritures contredisait d'une manière trop positive leurs interprétations arbitraires , ils se sauvaient dans les vastes labyrinthes de la figure et de l'allégorie.

Dans le neuvième siècle , ces sectaires , aigris par les rigueurs dont ils avaient été l'objet , et enhardis par leur nombre, mêlèrent la politique à leurs croyances religieuses, et manifestèrent une opposition assez vive contre les pouvoirs sociaux. Leur conduite était logiquement d'accord avec leurs principes : affranchis de toute autorité dans l'ordre spirituel , ils ne tardèrent point à secouer aussi le joug de l'autorité temporelle; telle sera toujours la marche de l'esprit humain '^. L'Asie fut accablée pendant plus de trente

* s. Aug. De moiibus nianlch. — 2 jj[ Giiiiot, dans l'un de ses cours, a dit cette parole remarquable : « La réforme est, pour appeler les choses par • leur nom, une itisurreclion de l'esprit humain contre le pou\oir absolu dan»

ans des suites de ces soulèvements; et les nombreuses sectes du manichéisme , malgré d'horribles supplices, se perpétuèrent à travers les obstacles, et se répandirent insensiblement en Occident où , sur différents points, ils formèrent des associations dont le but avoué était la réforme de l'Eglise et de l'Etat. La dégénération d'une vaste portion du clergé et de l'ignorance des peuples, la dépravation des mœurs du siècle, furent les principales causes qui favorisèrent le succès de ces sectaires. Tant d'éléments de passions et de faux principes que le temps avait mûris, que les intérêts avaient multipliés , que les circonstances politiques avaient laissé trop longtemps fermenter, durent enfin éclater; et ce fut au temps de saint Bernard que ce nuage chargé de foudre vint obscurcir l'horizon de l'Eglise. Une infinité de sectes , diverses par leurs noms et leurs enseignements, s'étaient unies dans une haine commune contre le catholicisme; et les bornes étant franchies, il n'y eut point d'excès auxquels on ne poussa les mœurs, les prétentions et les doctrines. Le rationalisme seul était déjà une calamité pour l'Eglise; mais le concours de tant d'autres causes de désordres et d'erreurs semblait accabler la chrétienté et exiger une force plus qu'humaine pour en triompher.

Cependant, celui qui veille sur l'Eglise et qui lui a promis une éternelle assistance, ne la laissa pas manquer du secours qu'elle réclamait. Saint Bernard était là comme un fort inexpugnable contre les envahissements des adversaires de la vérité. Qu'on ne s'étonne donc pas, après ce sinistre tableau des dangers de l'Eglise; qu'on ne s'étonne donc pas de la fougue , de lacharnement même avec lequel nous le verrons combattre ! Il avait en face de lui des géants d'orgueil. Abeilard et Gilbert de la Porrée attaquaient, sous la bannière de la raison , l'antique méthode de l'enseignement Ihéologique. Pierre de Bruys et le moine Henri soulevaient les peuples contre le saint Siège ; Herbert et Tanchelme niaient l'elTicacité des sacrements et interdisaient le mariage; les cathares ou puritains rejetaient l'ancien Testament et les écrits des saints Pères; Arnaud de Brescia, plus véhément quêtons les autres, réclamait l'abolition de la

• l'ordre spirituel. » (Douzième leçon publiée en juillet 1828). Il était en effet difficile d'appeler ces choses d'un nom plus exact.

hiérarchie ccclcsiaslique ; Eon de l'Etoile se faisait passer lui-même pour Jésus-Christ ; une infinité d'antres sectes plus cxtiavaiJîantos les unes que les antres, prêchaient partout et hautement la déchéance du catholicisme : il ne fallut pas moins, pour arrêter ce débordement, que la puissance d'un saint Bernard.

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