Il est temps que je retourne vers celui qui m'a envoyé
2. Que votre cœur ne se trouble pas et qu'il n'ait aucune crainte.
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Le cardinal s'étant retiré clans sa chambre, on put remarquer la trace de la balle dans le rochet et le trou du dé dans le même rochet et la soutane. Dans la chair, à l'endroit où il avait senti comme une secousse, il y avait une tache rougeâtre, sans aucune douleur, ni aucun mal.
« Le duc, gouverneur de cet Etat, ayant rencontré un gentilhomme que le cardinal envoyait pour rendre compte à Son Excellence de cet accident, alla aussitôt visiter l'archevêque et se réjouir avec lui de ce que la grâce de Dieu l'avait préservé d'un si grand danger. Son Excellence montra en ressentir la douleur qui convenait, elle donna ordre de faire de rigoureuses recherches et autres diligences accoutumées en des cas si graves, pour trouver l'auteur d'une si horrible scélératesse, ne quittant pas la demeure du cardinal avant que d'avoir commencé lui-même toutes les perquisitions pour l'éclaircissement de ce fait (T). »
Le cardinal fut sans doute touché de la démarche du duc d' Albuquerque et de son intérêt pour sa personne ; mais déjà il avait pardonné dans son cœur à l'assassin. Plus préoccupé de l'honneur de Dieu et du salut des âmes, mis en péril par l'ordonnance du gouverneur, il dit : « Toute cette sollicitude serait beaucoup mieux employée pour défendre les droits épiscopaux et la liberté de l'Église que pour protéger la personne de l'évêque. »
Il s'opposa à ce que le capitaine de justice fît une enquête et interrogeât ses domestiques ; il ordonna à
i. Ce récit, contemporain de l'événement, est extrait des Archives
DE L'ARCHEVÊCHÉ DE MILAN, vol. 1 1 8, SCCt. IX.
Les humiliés. 25
son vicaire pour les affaires criminelles de la commencer, afin de laisser ainsi intacts les droits de la juridiction ecclésiastique.
Au bruit de cet attentat, la ville de Milan tout entière se rendit au palais archiépiscopal ; on avait cru d'abord à la mort de l'archevêque, l'émotion et la douleur étaient extrêmes ; quand le peuple sut qu'il n'avait même pas été blessé, il laissa éclater sa joie, il remercia Dieu tout haut de ce qu'il appelait avec raison un miracle.
Le lendemain le sénat, les magistrats, toute la noblesse, ayant le gouverneur à leur tête, venaient féliciter le cardinal d'avoir échappé à ce danger.
Le duc voulut envoyer une garde nombreuse autour du palais pour éviter un nouvel attentat. Le cardinal s'y opposa, disant: «Ce que Dieu garde est bien gardé!» Albuquerque, malgré les discussions sur la juridiction ecclésiastique, tenait à prouver, que si leurs sentiments étaient divers, leurs cœurs n'en étaient pas moins unis; il le visitait chaque jour, il s'asseyait même à sa table et il exigea qu'au moins à l'heure de la prière du soir, on fermât les portes du palais et que l'on mît des gardes. Après trois jours d'une telle surveillance, le cardinal obtint qu'on fît disparaître tous les gardiens.
Saint Charles convoqua son clergé, il fit une procession solennelle d'actions de grâce et il se retira à la chartreuse de Carignan pour y méditer, devant Dieu et dans le silence, sur les meilleurs moyens de gouverner son Église.
Il avait écrit au souverain pontife pour lui annoncer l'accident dont il avait failli être victime. « Mgr Ormanetto, lui disait-il, racontera à Votre Sainteté ce