‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 11 sur 169 · Chapitre tringt*eMituème · texte numérisé non relu

Chapitre tringt*eMituème

qui m'est arrivé hier. Vous apprendrez cela avec peine ; mais ce fait vous prouvera la miséricorde dont Dieu a usé envers moi, en me protégeant d'une façon extraordinaire. Il en a usé ainsi non point à cause de mon mérite, mais sans doute à cause du lieu même où nous étions, ou de mon caractère épiscopal, ou peut-être pour me laisser un plus long temps, comme j'en ai besoin, pour faire pénitence, ou enfin pour des motifs que nous ne devons point rechercher avec curiosité. Il y a donc dans cet événement plus de raisons de se réjouir que de s'affliger.

« Je rends grâce à Dieu, car j'espère que cela ne sera pas sans avantage pour sa gloire etpourson honneur. »

Le saint pontife lui répondit : « Depuis le temps d'Abel, on a toujours vu les justes poursuivis par les méchants: loin de leur nuire, ils leur sont utiles, ils ne font de tort qu'à eux-mêmes. J'ai remercié Dieu de m'avoir conservé un homme de votre mérite et d'avoir réduit à néant la haine des démons. »

La nouvelle de cet attentat se répandit aussitôt dans l'Europe entière et, de tous côtés, vinrent des lettres de félicitations : d'Allemagne, d' Espagne, de Portugal, de Sicile, de Rome surtout, lui arrivèrent les témoignages les moins douteux de la vénération qu'il avait su inspirer à ceux qui le connaissaient. On peut encore voir à Milan plusdedeux cents lettres, parmi lesquelles nous en noterons une de saint François deBorgia,qui lui furent adressées en cette circonstance. Son beau-frère, César Gonzaga, se hâta de lui écrire: «J'ai appris le fait étrange arrivé à Votre Seigneurie illustrissime, et j'en ai éprouvé une stupéfaction telle que vous pouvez l'imaginer ; mais la scélératesse d'autrui a eu pour

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résultat de mieux faire ressortir la bonté et la noblesse de votre cœur. Si je connaissais l'auteur d'un acte aussi horrible, je ne manquerais pas de venger Votre Seigneurie, comme l'exige mon devoir de parenté. Mais en attendant qu'on le découvre, que Votre Seigneurie veuille bien me donner des ordres et elle sera obéie en tout (ï). »

Charles, loin de répondre aux désirs et à l'offre chevaleresque de son parent, faisait tout au monde pour qu'on ne poursuivît pas le coupable. «Jusqu'à ce moment, écrivait-il au nonce d'Espagne, on n'a pu le découvrir. Les captures faites jusqu'ici par les magistrats n'ont amené aucun résultat. Pour moi, j'aimerais beaucoup mieux les voir plus diligents, plus zélés pour écarter les entraves et les obstacles apportés à la liberté et à la juridiction de mon Église et de mon devoir pastoral (2). »

Ormanetto rendit compte à l'archevêque de son entrevue avec le pape, à la suite de cet événement. « Nous avons longuement parlé de ce fait, lui dit-il : avant tout, Sa Sainteté m'a commandé d'écrire à Votre Seigneurie illustrissime de prendre les précautions convenables pour mettre votre vie à l'abri de tels dangers. Il ne faut pas mépriser l'avertissement que Dieu Notre-Seigneur a daigné vous donner, ni présumer plus qu'il ne convient de sa bonté divine. » Le Saint-Père demanda une relation très détaillée du fait, afin de pouvoir en écrire en Espagne.

Le jour où se célébrait, à la Sixtine, la messe annuelle pour tous les cardinaux défunts, le pape s'étant rendu dans

1. Lettre du 4 novembre 1569. — BlB. DES Barn. vol. I, del Governo.

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