Chapitre trentième
devant son tribunal, avait résolu de ne pas recevoir ces ambassadeurs : il ne fallut rien moins que les prières de Charles pour le faire revenir sur sa première décision.
Grégoire les reçut donc, mais déjà il avait donné à saint Charles la solution de toute cette affaire. Avant de quitter Rome, le cardinal avait adressé cette question au saint père: « Si, à mon arrivée à Milan, de nouveaux troubles s'élèvent, que faudra-t-il faire? Attendre une réponse de Rome ou agir quand même ?
— Si l'on tente quelque chose contre les droits de votre Eglise, ou contre ses coutumes, défendez, autant qu'il sera en vous, les droits de l'évêque, sans consulter le saint siège, et ne cédez pas la plus petite chose, même de simple coutume (*). »
Ainsi réconforté par cette parole souveraine, le saint archevêque reprit le chemin de son diocèse. Si les Romains l'avaient accueilli avec des transports de joie, ils le virent partir avec regret. Une foule, composée de personnes de toutes les classes de la société, grands et petits, l'accompagna au delà des portes mêmes de la ville : on voulait le voir une dernière fois : la tristesse peinte sur tous les visages, les larmes qui coulaient de tous les yeux étaient le plus bel éloge qu'on pût faire de sa bonté et le témoignage le moins douteux de l'estime qu'on avait de sa sainteté.
Il quitta Rome, le 29 janvier 1580, et le lendemain il coucha à Caprarola, dans la villa du cardinal Farnèse. Le trente janvier, il visitait la villa du cardinal Gambara et le soir, il lui écrivait la lettre suivante :