‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 99 sur 169 · Bib. des Barn., vol. II, del Governo · texte numérisé non relu

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246 Chapitre trentième.

il les amena avec lui, à Milan, pour les unir à la congrégation de prêtres qu'il avait établie près de l'église du Saint-Sépulcre. Grégoire XIII lui donna 14 brefs, ayant tous pour objet des pouvoirs et des facultés, qui devaient tourner au grand avantage des âmes dans son diocèse et sa province.

Cependant, à Milan, ses ennemis répandaient le bruit que le pape le voulait retenir à Rome et que, pour dissimuler sa disgrâce, il le nommerait son vicaire. Ce bruit avait pris une grande consistance : saint André d'Avellino qui était à Milan, avec ses religieux, s'en inquiéta et il écrivit au. cardinal : « Si Dieu permettait jamais votre départ de Milan, c'est assurément qu'il voudrait entièrement perdre cette ville. En effet, quoique le fruit dans les âmes ne réponde niàvos désirs, ni aux nôtres ; néanmoins que de maux vous avez fait disparaître et quel bien n'avez-vous par introduit ! Une espérance me soutient, c'est que cet événement n'a point eu lieu encore et qu'il n'aura certainement pas lieu. Toutefois, je vous en prie, faites-moi la joie de me donner quelque chose de plus certain sur ce sujet et rendez ainsi le courage à tous ceux auxquels ces faux bruits l'ont fait perdre. »

Saint Charles ne s'amusa pas à réfuter ces propos ; il envoya à son vicaire l'ordre de renouveler, en. son nom, tous les édits dont on avait contesté l'autorité, dans la crainte que le peuple, impressionné par toutes ces rumeurs, ne les crût supprimés ou abrogés et que cette conviction ne le portât à commettre de nouveaux péchés.

Les ambassadeurs milanais arrivèrent à Rome. La réputation de sainteté du cardinal Borromée était

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tellement répandue dans toute l'Italie que partout, sur leur passage, ces hommes n'avaient recueilli que des humiliations, dès qu'on apprenait le but de leur voyage. On les appelait ouvertement les persécuteurs de l'innocence. Une déception plus cruelle encore les attendait dans la Ville éternelle. Ils se rendent, en arrivant, à l'habitation de l'archevêque, sous le prétexte de lui présenter leurs hommages, espérant, par cette marque d'une feinte vénération, disposer tous les esprits en leur faveur. Mais ils trouvent les gens du cardinal occupés aux préparatifs du départ. Ils s'étonnent, ils interrogent et on leur dit que l'archevêque se dispose à retourner à Milan. Un coup de foudre ne les eût pas troublés plus profondément. Le but principal de leur mission était donc manqué : ils venaient pour obtenir l'éloignement du cardinal et il se disposait à retourner au milieu de son troupeau, avant même qu'ils aient pu voir le souverain pontife. Que diraient le gouverneur et leurs amis de Milan, en voyant arriver le cardinal dont ils leur avaient promis la démission! Ils résolurent d'appeler à leur aide les cardinaux Alciati et Galli.

L'archevêque leur avait dit : « Mon départ rendra votre légation beaucoup plus libre : étant absent je ne pourrai apporter aucun obstacle à votre mission. » Cependant pour ne pas se montrer trop inflexible, il consentit à présenter lui-même au souverain pontife les ambassadeurs, chargés de l'accuser auprès du pape, il poussa même la générosité jusqu'à faire l'éloge de chacun d'eux et à leur concilier ainsi les bonnes grâces de Grégoire XIII. Le pape, en effet, ayant appris que, pendant l'absence du prélat, on avait donné à Milan des jeux publics, alors que la question était pendante

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