Lettre du 30 janvier. — Bib. Amb. : Ms G. S. I
250 Chapitre trentième.
cardinal Gambara qu'il lui doit des pensions annuelles et, « si j'en ai besoin, dit-il, je songerai à toutes vos dépenses inutiles et j'aurai moins peur d'être importun en en réclamant le payement. »
Le cardinal Borromée continua sa route jusqu'à Florence, où le duc de Toscane le reçut, le i février, avec « les témoignages d'une bienveillance dont il était presque accablé, écrivait-il, témoignages d'ailleurs auxquels la famille Médicis l'a depuis longtemps accoutumé. » Il passa dans cette ville la fête delà Purification, adressa la parole au peuple, dont il loua la piété, tout en faisant quelques réserves sur l'élégance des toilettes dont les femmes se paraient pour assister aux offices.
Il se rendit ensuite à Ferrare. Le carnaval était dans toute son effervescence. Le duc Alphonse d'Esté le reçut avec une pompe presque royale, et les Ferrarais, oubliant les danses, les spectacles et toutes les réjouissances publiques, coururent à l'église pour y voir et pour y entendre le saint. Pendant les deux jours qu'il séjourna dans cette ville, le duc supprima les fêtes du carnaval. Alphonse d'Esté se montra heureux et reconnaissant de cette visite. Le cardinal n'avait en vue que la gloire de Dieu et l'honneur de l'Eglise, il profita de ses bonnes dispositions pour amener ce prince à prendre des résolutions plus chrétiennes. Il l'engagea à prêter toujours son assistance et l'appui de son autorité à l'inquisiteur de la Foi, à rendre quelques décrets pour restreindre la puissance des juifs dont la foi et les intérêts matériels des catholiques avaient à souffrir. Quand il eut ainsi pourvu à quelques autres besoins de l'Église de Ferrare, il pensa à prendre la route de Venise.
(Uopage à iRome. 251
Grégoire XIII l'avait chargé d'une importante mission pour la république ; il ne lui avait assigné aucune époque déterminée pour la remplir. Charles avait d'abord songé à n'y aller qu'après les solennités de Pâques, tant il avait hâte de rentrer à Milan et de s'y trouver au commencement du Carême; mais ayant appris à Ferrare qu'il n'y avait qu'une seule journée de voyage, et voyant la possibilité d'être rentré à Milan pour l'époque qu'il désirait, il se décida à ne pas différer cette visite. Il s'embarqua sur le Pô, dans le vaisseau même du duc de Ferrare ; il arriva à Venise à l'improviste. Il se fit descendre chez le nonce, voulant éviter toute réception solennelle. Dès que le doge eut connaissance de son arrivée, il alla aussitôt le visiter. « Les grands de Venise, raconte-t-il, me prodiguèrent leurs bons offices et les marques de
leur amour Ils m'offrirent l'hospitalité au nom de
la cité, j'ai refusé, trouvant plus convenable de rester chez le nonce pontifical. Alors ces hommes très illustres m'envoyèrent chaque jour les vivres nécessaires ; ils y mirent une grande splendeur, dépassant par affection, à ce qu'on me dit, ce qu'ils ont coutume de faire vis-à-vis des cardinaux. ;>
Il resta six jours dans cette ville: il transmit les plus intéressants détails,- sur son séjour, dans différentes lettres, à Mgr Speciano, aux cardinaux Savelli, Gambara et de Côme. Il traita avec le doge la question principale pour laquelle le pape l'avait envoyé, celle du tribunal ecclésiastique de l'inquisition. L'université de Padoue était soumise à la république de Venise : un grand nombre d'Allemands et des étrangers, d'au delà des Alpes, venaient y suivre les cours. Leur nombre inspirait de profondes inquiétudes sur la conservation