Chapitre trente*Deurième
Il ne convient pas d'importuner Sa Majesté, dit le mémoire, de toutes les affaires de la juridiction ecclésiastique auxquelles, du reste, le cardinal n'ajoute d'autre importance que celle de voir régler, une bonne fois, ce qui est du ressort de l'autorité ecclésiastique et ce qui relève des magistrats civils. Pour lui, il a tout référé au saint siège.en toute sincérité,et il ne s'est nullement occupé d'appuyer ou de faire appuyer ses intérêts. Il n'est préoccupé que de son devoir, il n'a d'autre soin que d'obéir; par avance,il accepte les décisionsde Rome, dussent-elles réduire de beaucoup les droits de son Eglise, au profit du pouvoir séculier. Loin de vouloir augmenter ses droits ou empiéter sur ceux du pouvoir civil, comme on l'a peut-être insinué à Sa Majesté, il se tient tranquille. Ce qu'il a fait dans le passé, il y a été déterminé uniquement par sa conscience: défendre les droits de son Eglise, éloigner tout ce qui peut être pour le peuple une occasion de pécher, détruire tous les abus qui peuvent nuire au bien des âmes, tel a été l'unique mobile de la conduite du cardinal : il a agi toujours avec cette modération qui convient aux serviteurs de Dieu (').
Sa Majesté doit envoyer à Milan un nouveau gouverneur, il est donc à propos qu'elle soit instruite des besoins de cet Etat : elle sera éclairée dans le choix de la personne à laquelle elle confiera cette mission. La nature du peuple milanais le porte au bien et à la pratique de la religion. Sa Majesté si zélée pour la gloire
i. Cette grave question de la juridiction ecclésiastique ne fut définitivement tranchée qu'en juin 1615 par un concordat intervenu entre le roi d'Espagne et le cardinal Frédéric Borromée, et approuvé par le souverain Pontife. On peut en voir le texte dans les Documenti etc., tom. II, p. 97-
§>aint Ctmtles a recours au roi Espagne. 287
de Dieu, ne pourra trouver qu'on la sert bien si les bonnes dispositions de ses peuples, loin d'être entretenues, sont contrariées par ceux qui sont revêtus de son autorité.
On propose à Sa Majesté certains points sur lesquels on demandera qu'elle prenne des mesures; d'autres pour lesquels on réclamera son aide et ses faveurs. Enfin on lui présentera quelques observations générales sur la manière de procéder de ses ministres, pour ne pas la fatiguer par des détails, à moins qu'elle ne désire en avoir de plus particulières. De cette façon, Sa Majesté pourra mieux connaître la nature des empêchements que rencontre le cardinal dans l'accomplissement de son devoir; elle pourra y remédier de la manière qu'elle jugera la meilleure.
Le père Bescapé entre ensuite dans quelques considérations sur les faits principaux. Il fait d'abord ressortir ce que la manière d'agir des gouverneurs a eu de répréhensible. Ils se sont conduits comme des hommes qui disputent : non contents de discuter les objets en litige, ils conçoivent de la haine contre leur adversaire, ils cherchent à lui causer toutes sortes de désagréments.
Sous le prétexte de juridiction, on a fait beaucoup de choses qui n'avaient aucun rapport avec la juridiction : cela provenait évidemment de la passion. Si le cardinal en eût été seul la victime, il eût méprisé ces menées ; mais il en résultait pour son peuple un vrai dommage spirituel et il n'a pu se taire. Les choses se sont aggravées. Dans le dessein d'affliger le cœur du prélat, on a désorganisé les confréries, les compagnies de discipline; si le cardinal, dans le but de détruire