‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 115 sur 169 · Chapitre trentc^eurîème · texte numérisé non relu

Chapitre trentc^eurîème

quelque désordre ou de supprimer des causes de péché, proposait quelques mesures, s'il demandait aide pour leur exécution, il ne l'a pas obtenu, ou, si on le lui accordait, on le lui retirait promptement. Pour déplaire au cardinal, en un mot, on ne reculait pas devant la responsabilité d'agir contre l'honneur même de Dieu. Sous le gouvernement du marquis d'Ayamont, on fît une telle opposition au cardinal qu'on mettait en doute le bien qu'il faisait et l'on poussa les décurions de la ville à adresser au pape des mémoires et des plaintes contre lui. Et tout cela parce qu'il avait voulu détruire des abus tels que ceux-ci : faire des églises un lieu de passage public et indécent ; continuer les réjouissances du carnaval, le premier dimanche de carême ; organiser des bals et des fêtes publiques, les jours de fête, à l'heure des offices ; supprimer les occasions de pécher en séparant dans l'église les hommes d'avec les femmes, selon l'antique usage disciplinaire. A cause de la suppression de ces abus, on a envoyé à Rome des ambassadeurs chargés de le dénoncer et de l'accuser comme un ennemi de la paix publique. Ces intrigues, sans doute, n'eurent aucun résultat : le pape approuva, sans aucune restriction, toutes ses ordonnances. Cependant, ces agitations produisaient beaucoup de mal dans les âmes. Les bonnes intentions de l'archevêque étaient mises en suspicion et l'obéissance, qu'on lui devait, s'affaiblit tellement, qu'on vit même des ecclésiastiques et des religieux faire opposition aux actes du prélat, s'ils leur déplaisaient, et en appeler à Rome. Un prédicateur, appuyé par le gouverneur, se permettait en chaire, des allusions très claires à ce sujet et, comme il en vint à parler d'une façon scandaleuse

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du pape, l'inquisiteur lui interdit la prédication : le gouverneur prit ouvertement sa défense et le fit soutenir à Rome.

L'année dernière, malgré l'édit du cardinal, on donna des jeux et des fêtes, le premier dimanche du carême. Cette année, le cardinal renouvela son édit, approuvé par Rome, le marquis maintint les jeux et les fêtes pour le même jour. N'ayant pu entraîner les Milanais et les personnes de qualité, il fit venir des étrangers et il assista, lui et ses enfants, à ces jeux, au grand scandale de tous. Deux soldats y avaient pris part, le gouverneur ayant su qu'ils étaient venus demander l'absolution, les fit mettre en prison. L'archevêque publia une sentence d'excommunication contre ceux qui avaient désobéi publiquement, le marquis fit emprisonner l'imprimeur de l'archevêque et ses ouvriers. Il les a fait tenir plusieurs jours dans une obscure prison. Du reste, il semble devenu de règle d'emprisonner tantôt l'un, tantôt l'autre, sans aucun motif, connu du moins des prisonniers, car on a soin de ne jamais le leur révéler.

Lorsque les chanoines de la Scala ont refusé d'obéir au cardinal, le grand chancelier Filiodone les soutint... On fit courir, parmi le peuple, toutes sortes de propos mensongers et calomniateurs ; on ne craint pas même de faire intervenir le nom et l'autorité de Sa Majesté; on dit qu'elle ne veut plus du cardinal pour archevêque de Milan et bien d'autres choses indignes, qui ne laissent pas que de soulever le peuple, d'agiter les esprits et d'empêcher tout le bien.

Ils donnent par ce mépris des censures, une mauvaise opinion aux hérétiques, qui nous entourent, et cela au grand danger de la foi.

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