Chapitre trcnte=ticujrième
Peut-on rendre le cardinal responsable de toutes ces oppositions ? Son intention est droite et tout entière dirigée vers Dieu. La passion ne l'émeut pas, aucune pensée humaine ne le dirige ; cela est certain et ressort de toute sa vie. N'a-t-il pas renoncé au monde, à tous les biens et aux avantages qu'il lui offrait? La tranquillité d'âme avec laquelle chacun le voit entreprendre toutes ses actions n'est-elle pas une preuve de plus de la pureté de ses intentions ?
S'il est vrai que tout homme peut se tromper, toutefois nul n'y est moins exposé que celui qui cherche, dans la prière et par les mortifications, à obtenir de Dieu la lumière dont il a besoin. Il est à croire, au contraire, que Dieu le conduit et l'éclairé dans ses actions, et cela est d'autant plus croyable qu'il n'a cessé de demander des conseils à Rome et aux hommes com- | pétents et instruits dont il a toujours eu soin de s'entourer. Il n'ignore pas que pour procurer à son troupeau le progrès dans le bien qu'il lui désire, il importe de maintenir d'affectueux rapports avec les chefs du pouvoir temporel. On voit, du reste, que, en toutes circonstances, ses actes ont été justifiés et approuvés les uns par la cour de Rome, les autres par Sa Majesté, quand elle les a connus, et même par les ministres royaux qui, plus d'une fois, ont été obligés de révoquer ce qu'ils avaient d'abord établi.
Dieu semble avoir voulu justifier les actes et les ordonnances de son serviteur, car tous ceux qui les ont attaqués ont été promptement punis. Le clergé et les religieux, en général, les observent, tous les bons en remercient Dieu ; au loin, on cherche à les imiter et à les reproduire. Quelques-uns, il est vrai, tiennent le
^ëatnt Cïmrïes a recours au roi u'Cspagnc. 291
cardinal pour un homme sévère et rigide, ils l'accusent de vouloir faire trop, d'embrasser trop de réformes. Il n'y a rien d'étonnant dans ces reproches ; ceux qui aiment la vie large haïssent les réformes et la vraie voie de Jésus-Christ, qui est étroite; ne sont-ils pas nombreux ? On a parlé des censures portées par le cardinal, des corrections publiques qu'il a imposées. Mais on ne dit rien des faits nombreux qu'il a dissimulés ou qu'il a supportés avec patience : on n'en saura jamais le nombre. On a fait tapage des corrections publiques, mais on se tait sur les moyens paternels dont il a usé en secret envers les coupables, avant d'en venir à ces extrêmes et nécessaires remèdes. On se tait également sur les ordres qu'il a reçus de Rome, et l'on sait bien qu'il n'a jamais rien entrepris sans l'avis du saint siège.
Il agissait, d'ailleurs, conformément aux besoins et à l'esprit de son peuple. S'il avait pu toujours agir avec douceur et bonté, cela eût été bien plus conforme à ses désirs ; quand il le pouvait, sans inconvénient et sans compromettre sa conscience, il laissait les choses aller, pour ne pas irriter ni donner occasion de pécher ; mais il est nécessaire de prendre la verge quand le devoir, l'honneur de Dieu et le salut des âmes l'exigent.
L'archevêque a pensé que Sa Majesté devait être directement et exactement informée de toutes ces choses, afin qu'elle puisse donner, en connaissance de cause, des ordres appropriés aux besoins réels de ces peuples. Refuser à l'archevêque le droit de prendre tous les moyens de diminuer les péchés, parmi le peuple, n'est pas agir dans les intérêts du roi. Il ne convient pas non plus, à des ministres laïcs, de prendre