Chapitre ttent^îieuricmc
vis-à-vis de l'autorité spirituelle des airs de mépris ou de résistance : quand cette même autorité croit devoir rendre des ordonnances, ils ne doivent pas en faire une affaire personnelle, ni en tirer vengeance. Le gouverneur assistait autrefois à l'office, dans le chœur, au milieu des clercs, l'archevêque a dû supprimer cet abus, contraire à la discipline ecclésiastique. Saint Ambroise n'a-t-il pas agi ainsi vis-à-vis de l'empereur Théodose ? La pourpre royale elle-même n'en faisait point un prêtre. Le gouverneur et le sénat ont regardé cette réforme comme un affront personnel ; ils préfèrent, au grand scandale du peuple, ne point assister aux offices publics où l'archevêque les invite que de se soumettre à cette mesure.
Du reste, le cardinal est résigné à supporter ce martyre tant qu'il plaira àDieu : il le servira fidèlement dans la paix ou dans la tribulation.
Le père Bescapé examine ensuite les différentes questions en litige et les points qui ont le plus grand besoin de réformes. Il y avait autrefois dans l'état de Milan, les jours de fêtes, des danses qui étaient très préjudiciables à la vertu du peuple, elles l'empêchaient d'assister aux offices et à la doctrine chrétienne. Après le concile de Trente et les conciles provinciaux, le cardinal avait obtenu sous ce rapport d'heureux résultats. L'opposition des gouverneurs est venue arrêter cette amélioration ; il supplie Sa Majesté de lui faire prêter un concours puissant par ses ministres pour poursuivre son œuvre: ce sera chose agréable à Dieu et utile aux peuples. Il dit la même chose des spectacles, des tournois, des mascarades qui se faisaient les jours de fête. Il signale le danger des tavernes, des Osterie où les
^>amt Charles a recours au roi trcspagne. 293
jours de fête se commettent des rixes et des désordres de tout genre. La profanation des églises est aussi très grande : on y vient pour se promener, pour se voir, pour y causer, avec pompe, avec des cochers, avec des chevaux, etc. Il se lamente de ce que le gouverneur a presque détruit les confréries dont il fait l'éloge : jusqu'ici personne n'avait remarqué les prétendus abus et les défauts qu'ont voulu y voir les gouverneurs. Il faudrait aussi songer au luxe qui va toujours croissant, aux logements garnis fréquentés par les étrangers de mauvaise vie.
Le cardinal, dit le religieux, énumère à Sa Majesté tous ces scandales et tous ces abus, il la supplie d'y remédier et de porter sur ces points divers sa sollicitude, son attention la plus soutenue, d'abord parce qu'il s'agit de désordres et d'abus dirigés contre l'honneur de Dieu, au grand détriment des âmes, et ensuite parce que, connaissant comme il le connaît le peuple de Milan, il sait que pour y remédier il suffit de le vouloir. Il fait appel à la piété bien connue du monarque, contre laquelle agissent certainement les ministres royaux. Sous le prétexte de conserver les droits de Sa Majesté, ils négligent véritablement ce qui intéresse le plus son service, c'est-à-dire, les moyens de rendre les peuples bons, en faisant disparaître les occasions de pécher. Si Sa Majesté, dit-il en terminant, voulait envoyer une personne pieuse et de confiance s'informer de l'état des choses, elle saurait combien la réalité est différente des rapports qu'on lui a faits.
Les mémoires et les discours de Bescapé firent une profonde impression sur le roi et sur son confesseur. Le père Diego de Chaves écrivit au cardinal à la