‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 121 sur 169 · V. Olïrocchi, p. 564, note b · texte numérisé non relu

V. Olïrocchi, p. 564, note b

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bien plutôt comme ministre de Charles Borromée. C'est lui qui est le défenseur de notre domaine. En faisant renaître le sentiment religieux dans le cœur de nos peuples, nous n'aurons plus besoin de soldats pour les maintenir dans la fidélité. »

La bonne opinion du monarque, la joie de savoir son autorité si légitimement et si absolument reconnue ne troublèrent en rien la sérénité de l'âme de Charles, pas plus que ne l'avait fait la tempête. Toujours égal à lui-même, humble et fort, prudent et plein de zèle, il profita de cette plus grande liberté laissée à son initiative et à sa foi, pour continuer l'œuvre qu'il avait commencée, la sanctification des âmes qui lui étaient confiées. Il est temps maintenant que nous le suivions dans les diocèses voisins du sien où il va exercer ce zèle et appliquer les réformes qui lui ont mérité, dans la lignée des saints, une place à part.

Saint Charles eut le premier la pensée de ces visites. — Comment il s'efïbrce de diminuer les frais qu'elles occasionnaient aux évêques diocésains. — La visite du diocèse de Crémone. — Nicolas Sfrondate. — Saint Charles lui écrit une lettre pleine d'une simplicité et d'une franchise remarquables. — La visite dans le diocèse de Bergame. — Son entrée à Bergame. — Une translation de corps saints. — La visite à Milan et les adieux du visiteur. — Visite du diocèse de Brescia. — Difficultés qu'elle présente, — Son entrée à Arzinovi. — Asola. — Première communion de saint Louis de Gonzague. — ■ Visite à Salo. — Le clergé de la vallée Camonica. — Repentir des habitants de Piano. — Pèlerinage au sanctuaire de Tirano. — Sa parole émeut la population hérétique de ce village. — Les sauvages de Gardone. — Il détruit à Liano une superstition populaire. — La visite de la ville de Brescia. — Soumission des chefs de brigands du pays. — A Martinengo il confesse plusieurs brigands. — Témoignages des évêques de Brescia sur le bien opéré par saint Charles dans ce diocèse.

1 ES visites apostoliques faites, par un délégué et au nom du saint père, dans les différents diocèses de la chrétienté, paraissaient à'saint Charles l'un des moyens les plus efficaces pour établir partout et faire prospérer les réformes inaugurées et décrétées par le concile de Trente. Il avait suggéré cette idée à Grégoire XIII. Le pape l'avait trouvée si excellente et si pratique, qu'il avait aussitôt voulu la mettre à exécution. Les visites apostoliques commencèrent par le diocèse même de Milan. Pendant que Mgr Jérôme Ragazzonio, évêque de Famagosta, visitait cette église, le cardinal Borromée se

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rendait à Crémone pour remplir dans ce diocèse la même mission.

L'évêque de cette dernière ville, Mgr Nicolas Sfrondate, absent de son diocèse pour de graves motifs, ne put recevoir lui-même le cardinal; mais les fidèles, répondant aux désirs de leur évêque, rendirent de grands honneurs au visiteur apostolique. Ce qui plut au saint dans cette circonstance, ce fut le nombre considérable de personnes qui, à cette occasion, s'approchèrent des sacrements : le premier jour il distribua de sa main la communion à huit mille hommes.

Ces visites pouvaient devenir très onéreuses pour l'évêque diocésain, obligé de pourvoir à toutes les dépenses du visiteur apostolique. Le train d'un cardinal surtout exigeait d'assez grands frais : on voyageait à cheval avec une suite nombreuse, formée des prêtres nécessaires pour accomplir les cérémonies prescrites, pour écrire les ordonnances, et de serviteurs laïcs chargés du soin des chevaux et de pourvoir à tous les besoins du voyage. Saint Charles entreprit ces visites avec le plus de modestie possible et il n'hésita point à payer de ses propres deniers une partie des frais. « Je consens, écrivait-il à Mgr Caniglia, à recevoir la nourriture pour six cavaliers et trois piétons, mais j'ai prescrit qu'on observe les lois d'une stricte économie. Je suppléerai de mon argent à la subsistance de ceux qui m'assisteront en plus grand nombre, dans la ville et dans les places fortes, même là où les chevaux devront être nourris à mes frais (*). »

Le bien fait dans cette visite, qui dura trois mois, ne saurait se dire en peu de mots. Partout le saint

i. Lettre du 16 juin 1575. V. Oltrocchi, p. 257, note a.

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laissa de pieux souvenirs de son passage, détruisit des abus, supprima l'usage des spectacles et des fêtes publiques, réforma les monastères de religieuses : il n'hésita même pas à faire venir de Milan quelques religieuses de Saint-Paul pour les mettre à la tête des monastères dont la réforme exigeait plus d'énergie et de persévérance. Il rétablit dans la cathédrale la régularité de l'office canonial, il fut assez heureux pour mettre fin à quelques controverses qui existaient entre 1 evêque et le chapitre. Il donna de sages règlements à l'hôpital. Son zèle était infatigable, sa vigilance s'étendait à tout, rien n'échappait à son œil clairvoyant, et partout, avec autant de force que de suavité, il apportait le remède au mal. On s'étonnait d'une activité si prodigieuse et si intelligente; mais le peuple admirait encore plus sa vie privée. Son sommeil était court, sa sobriété merveilleuse, on le trouvait toujours disposé à sacrifier au salut des âmes et aux besoins des villes les premières nécessités de la vie. Il se faisait véritablement, au milieu des habitants de la campagne, comme au sein des cités les plus opulentes, selon le mot de l'apôtre, tout à tous et, à l'exemple du Sauveur, il passait partout en faisant le bien. L'on racontait même que sa présence avait suffi pour faire disparaître subitement la fièvre qui, depuis longtemps, retenait au lit et gravement malade un certain Barthélémy Sclavi. Ce récit excitait encore la vénération et l'empressement des populations qui ne se lassaient pas de le voir et de l'entendre.

L'évêque de Crémone, de retour dans son diocèse, fut émerveillé du changement qu'il y trouva : il avait vainement et longtemps travaillé pour faire disparaître

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plusieurs désordres et il ne les retrouvait plus. Les monastères s'étaient montrés rebelles à la réforme et maintenant il y voyait fleurir,dans toute son observance, la vie monastique. « Le cardinal Borromée, disait-il alors, n'a pas seulement été le visiteur de mon Église; mais il en est véritablement le tuteur et le père. »

Nicolas Sfrondate était un évêque recommandable par ses vertus et par sa science. Nommé à 25 ans évêque de Crémone, en 1560, il avait, au concile de Trente, donné une haute idée de son amour et de son zèle pour la discipline ecclésiastique. Ses vertus le rendirent digne d'occuper plus tard la chaire de saint Pierre, sous le nom de Grégoire XIV. Toutefois, malgré sa vertu et l'élévation de son intelligence, cet évêque avait accepté avec peine une ordonnance portée par saint Charles et qui lui était toute personnelle, Le cardinal avait trouvé en mauvais état les ornements qui servaient aux offices pontificaux et il ordonna de les renouveler. L'évêque, préoccupé, au delà de ce qui convenait, de l'impression que cette ordonnance pourrait produire sur certains esprits, s'en plaignit au cardinal. Celui-ci lui répondit par une lettre que nous reproduirons en son entier; elle nous révèle tout à la fois la modestie, la franchise, l'esprit de foi, la douce fermeté et l'admirable habileté du saint. Les sentiments qu'elle exprime nous feront comprendre la méthode qu'il emploie et les intentions qui le dirigent dans la visite des diocèses qui lui sont confiés.

« Votre Seigneurie, je me le persuade, n'aura pas été sans retirer du fait qui la concerne, les fruits que j'ai moi-même coutume de retirer de ces visites, que je fais par obéissance à Notre Seigneur. En visitant

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les diocèses des autres, j'ai l'occasion de mieux découvrir mes propres manquements et les besoins de mon Église. Ordinairement l'homme s'aperçoit et juge mieux des affaires d'autrui que des siennes propres, car son jugement est alors beaucoup moins influencé et obscurci par la passion ou par l'intérêt. Dieu, dans ces visites, m'a fait ouvrir l'esprit à beaucoup d'observations utiles et sur des mesures nécessaires à prendre dans ma propre Eglise, auxquelles je n'avais ni pensé d'abord, ni porté la main. Un autre de ces fruits, serait de mettre sous les pieds toutes les considérations humaines : nous nous affligeons, nous nous dépitons plus de ce qu'on nous sait coupables d'avoir manqué à quelque chose, que de ces manquements eux-mêmes. Il n'est pas bon cependant de nous persuader ou de vouloir persuader aux autres que nous ne puissions manquer en beaucoup de choses : pour nous spécialement, placés, par vocation, au gouvernement des âmes, les omissions seules sont beaucoup plus coupables que pour les autres hommes. D'où il me semble que nous devons plutôt désirer avoir des milliers d'yeux, autour de nous, qui examinent et découvrent nos besoins. Dans les choses où, pour la gloire et le service de Dieu, il est permis et l'on doit même avoir quelque égard pour l'opinion des hommes, je ne saurais comprendre comment l'honneur d'un bon pasteur consiste à vouloir se persuader à lui-même et aux autres qu'il n'a péché en rien. Ne doit-il pas plutôt placer cet honneur dans un zèle très ardent et une préoccupation perpétuelle d'aller en avant, de reconnaître chaque jour davantage ses défaillances pour les corriger, de pourvoir aux besoins qui, sans cesse, se présentent et se manifestent

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