Lettre à Mgr Speciano. — V. Oltrocchi, p. 537, note a
324 Chapitre trente^rotgième,
tête pour le regarder. Le sénat de Venise avait envoyé les ordres les plus sévères : devant les menaces, ces hommes se rendirent en assez grand nombre au sermon du cardinal. Ce que l'autorité du pouvoir avait commencé, la vertu et l'onction du saint l'achevèrent. A cette parole, respirant un si grand amour des âmes, empreinte d'une force si divine, ces natures sauvages se sentirent ébranlées, leurs cœurs s'émurent : des larmes abondantes ne permirent pas de douter de la sincérité et de la puissance de cette émotion, ils allèrent trouver le cardinal, le supplièrent d'oublier leur endurcissement passé et le conjurèrent de prendre tous les moyens les plus propres à assurer leur persévérance pour l'avenir. Saint Charles, bénissant Dieu de ce changement, laissa au milieu d'eux l'évêque de Màriano pour les confirmer dans leurs bonnes résolutions. Il lui adjoignit quelques pères de la Compagnie de Jésus : les prédications, le zèle de ces religieux achevèrent l'œuvre de l'archevêque et bientôt cette population si sauvage et si grossière, grâce à la puissance de la religion catholique, devint Tune des plus douces et des plus civilisées de ces pays (I).
Dans les montagnes du Trentin, une petite paroisse, l'une des plus pauvres du diocèse de Brescia, se trouvait comme isolée et perdue sur un territoire étranger. Jamais aucun évêque ne l'avait visitée; on y arrivait par des chemins abruptes, presque impraticables, ce qui expliquait l'oubli dans lequel on l'avait laissée.
i. L'année suivante, le cardinal leur envoya les mêmes pères Jésuites, pour le temps du carême, il leur exprima dans une touchante lettre, la joie qu'il éprouvait de les voir correspondre à son paternel amour. V. Olïrocchi, p. 538, note b.
Les trisitcs apostoliques.
Saint Charles ne voulut pas qu'elle fût plus longtemps privée des bénédictions épiscopales et des consolations de sa présence.
En revenant de cette paroisse, il s'arrêta à Liano. Le peuple vénérait depuis longtemps une urne de marbre, contenant des ossements, et de laquelle s'échappait continuellement une eau miraculeuse, disait-on, qui guérissait tous les malades. L'archevêque soupçonnant quelque fraude, s'informa d'abord s'il existait quelque titre ancien constatant l'existence de ce miracle. Sur la réponse négative qui lui fut faite, il fit ouvrir cette tombe, fit enlever l'eau, sécher les ossements, puis il ordonna de les remettre à leur place, de fermer de nouveau la tombe merveilleuse et il en confia la garde à trois prêtres de confiance. Mais l'eau, qui s'en échappait, ne coula plus, comme elle avait coutume de faire, la nuit qui précède la fête de saint Pierre es liens. Le cardinal ordonna alors d'ensevelir cette urne sous terre, à une grande profondeur, et ainsi il mit fin à cette superstition populaire.
Le 5 septembre, il interrompait sa visite apostolique pour se rendre à Milan célébrer avec son peuple, selon son habitude, la fête de la Nativité de la sainte Vierge; il ne reprit son œuvre que dans les premiers jours d'octobre. Il acheva de visiter la campagne, puis il commença la visite de la ville même de Brescia. Le travail fut long et difficile. Le 22 novembre, il écrivait de cette ville à Mgr Speciano : « Avec l'aide de Dieu, j'ai enfin achevé cette œuvre entière; mais je devrai encore rester ici une douzaine de jours, afin de rédiger mes ordonnances et de mettre la dernière main à plusieurs questions. » Il énumère d'une façon sommaire