‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 132 sur 169 · I. Georges Marini · texte numérisé non relu

I. Georges Marini

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Origine de la liturgie ambrosienne. — Quelle part saint Ambroise a prise à sa formation. — La réforme de la liturgie de l'Église. — Bref de saint Pie V. — Difficultés que rencontre son application. — Bref de Grégoire XIII à l'archevêque de Milan. — Les raisons du saint pour établir le rite Ambrosien à Monza. — Établissement de la liturgie ambrosienne et concours du peuple. — Les habitants de Trevi. — Naissance de l'opposition contre la liturgie ambrosienne dans la ville de Monza. — Pétitions contre l'archevêque. — L'affaire est portée à Rome. — On représente le saint comme l'ennemi de tout ce qui se pratique à Rome. — Proportions que prend cette affaire.

— Entretien de Grégoire XIII avec Mgr Speciano. — Le cardinal Morone prend parti contre le rite ambrosien. — Le saint proteste de sa soumission au Saint-Siège, tout en déclarant qu'il défendra vigoureusement la liturgie de son Église. — Manœuvres employées contre le saint à Rome. — Ses conseillers le trahissent. — Grégoire XIII exprime à Mgr Speciano le désir de voir la liturgie romaine-établie à Monza. — Soumission admirable du saint. — Sa lettre à l'archiprêtre de Monza. — Comment les Monzéens l'en récompensent. — Mgr Speciano avait prévu ces conséquences. — Le bref de Grégoire XIII au marquis d'Ayamont. — Noble et belle protestation du saint. — Le pape retire son bref. — Le miracle de la liturgie ambrosienne. — Le saint sauve de nouveau la liturgie ambrosienne.

— Comment il travaille à la réformer. — Ses nombreux recours à Rome dans toutes les questions liturgiques.

AR un édit du 8 septembre 1583, l'archevêque de Milan rendit obligatoire pour tout , le clergé de son diocèse le Bréviaire ambrosien, qu'il venait de faire corriger: « Une de nos premières sollicitudes, dit-il, dans ce décret, ce fut de défendre et de rétablir les anciennes institutions de

Cîmpitrc trente*quatrième.

l'Église qui nous fut confiée, ainsi que les anciens rites qui remontent à saint Ambroise lui-même. »

La liturgie ambrosienne occupe une trop large place dans l'histoire de l'Église de Milan, elle fut de la part du saint cardinal l'objet de trop longues études, sa conservation lui occasionna trop de luttes et de douloureuses préoccupations pour que nous ne nous arrêtions pas d'une manière particulière sur cet intéressant sujet.

Plus ancienne que l'évêque dont elle porte le nom, la liturgie ambrosienne n'est pas autre chose que la liturgie même de l'Église romaine, aux premiers siècles du christianisme (x). Tout en elle révèle cette vénérable origine. Le long et majestueux déploiement de ses cérémonies symboliques; ses chants graves, lents et solennels; l'oblation du pain et du vin par les fidèles, représentés par dix chrétiens de chaque sexe, encore appelés maintenant £ École de Saint- Ambroise ; la répétition fréquente du Kyrie eleyson, au commencement,

i. Presque tous les historiens qui ont parlé de la liturgie ambrosienne lui donnent une origine orientale. C'est une erreur. Il résulte, en effet, d'importantes recherches et d'études approfondies faites par le savant Oblat Don. A. Ceriani, préfet de la Bibliothèque Ambrosienne,que la liturgie milanaise, appelée ambrosienne, n'est pas autre chose que l'ancienne et vraie liturgie de l'Eglise romaine, aux premiers siècles. La comparaison faite entre les plus anciens manuscrits des deux Églises prouve jusqu'à l'évidence que la liturgie de l'Église romaine fut, avec le temps, corrigée, abrégée surtout par les papes et que celle de Milan se rapproche beaucoup plus du texte primitif. En tous cas, la comparaison de la liturgie orientale avec celle de Milan démontre,d'une façon plus évidente encore, que la liturgie ambrosienne ne peut être attribuée, même en partie, ni à saint Basile, ni à saint Chrysostome. Il n'y a qu'une seule antienne exactement semblable qui soit commune à la liturgie ambrosienne et à celle de saint Basile. Celle attribuée à saint Chrysostome n'offre pas de plus grandes similitudes. — L'autorité du préfet de la bibliothèque ambrosienne, les preuves qu'il a bien voulu mettre sous nos yeux, ne nous ont laissé aucun doute à cet égard et nous n'avons pas hésité à embrasser pleinement son opinion.

ïLe rite ambrosien.

au milieu et à la fin de la messe, tout cela et beaucoup d'autres particularités nous reportent par la pensée à ces premiers siècles où l'Eglise victorieuse, sortie des catacombes, étalait aux regards ravis des fidèles, sous les rayons du soleil de la liberté, les splendeurs de sa mystérieuse liturgie.

Si saint Ambroise ne saurait être regardé comme l'auteur personnel de cette imposante liturgie, qu'il a trouvée en usage dans son Église, on suppose qu'il en a néanmoins réglé quelques parties. Ses successeurs ont aussi travaillé à formuler certains rites, à fixer certaines cérémonies : il serait impossible aujourd'hui de spécifier les réformes ou les additions que saint Ambroise a lui-même introduites dans l'ancienne liturgie. On ne saurait non plus dire qu'il a composé un cérémoniaire spécial ; car, avant la fin du XIIe siècle, nous n'en trouvons aucun d'écrit dans cette église. Il est certain, d'ailleurs, que saint Charles lui-même a réglé et fixé plusieurs cérémonies qui font aujourd'hui partie du rite ambrosien. Saint Ambroise a enrichi cette liturgie d'hymnes incomparables, composées par lui; c'est la part incontestable et glorieuse qui lui appartient. Il n'est pas aussi certain que les préfaces et les prières qu'on lui attribue soient son œuvre. La musique et la poésie lui étaient également chères, il les considérait comme deux ailes qui portent vers Dieu les âmes désireuses de l'atteindre par le repentir, l'espérance et l'amour. Il a voulu en quelque sorte les attacher à la prière solennelle et publique, comme un moyen d'attirer et d'émouvoir plus facilement les cœurs. La liturgie et le chant ambrosien ont perpétué le souvenir des efforts faits par le saintdocteur pour atteindre ce noblebut.

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