‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 134 sur 169 · Chapitre trente-quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre trente-quatrième

promettre une soumission absolue pour l'avenir, à la condition toutefois que les habitants de Monza persévéreraient à suivre les rites ambrosiens.

Pendant ce temps, des manœuvres secrètes se préparaient à Monza contre les nouveaux rites. Certains agitateurs populaires déclamaient dans les réunions publiques contre ce qu'ils taxaient de nouveauté, ils allaient même jusqu'à décrier ouvertement l'archevêque. Bientôt les fidèles, comme par convention, deviennent moins nombreux dans l'église : les jours les plus solennels, une solitude immense se fait dans la maison de Dieu, ont en vient au point de refuser les offrandes ordinaires le jour de la fête de saint Jean- Baptiste, titulaire de la basilique. Quelques-uns des plus puissants ennemis du cardinal ne manquèrent pas d'aggraver le mal et d'apporter de nouveaux aliments de discorde. On alla de porte en porte quêter les suffrages des habitants pour pétitionner contre l'archevêque à la cour de Rome. L'art de recueillir des voix contre le cardinal dans la province de Milan était très avancé, il ne le cédait en rien au mode établi aujourd'hui de formuler des pétitions contre l'Eglise et ses institutions. Les promesses et les menaces furent employées avec succès : les habitants de Monza, les uns par faiblesse, les autres par ignorance, plusieurs par sottise souscrivirent en grand nombre une supplique adressée au saint père contre leur archevêque. Le coup partait sans doute de Milan. En tous cas, le marquis d'Ayamont avait encouragé le mouvement. Il y voyait un moyen de multiplier les complications et de susciter de grands embarras à l'archevêque. Les habitants de Monza se sentant fortement appuyés,

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envoyèrent à Rome pour défendre leur cause un chanoine nommé Casteni, à peine initié aux saints ordres, et que l'archevêque avait été contraint de condamner plusieurs fois à la prison. Il était parti sans lettres démissoriales, sous le prétexte d'entrer dans un ordre religieux, afin de pouvoir plus aisément atteindre au terme de son voyage. Arrivé à Rome, il alla trouver les cardinaux qu'il savait être moins bien disposés pour le saint ou que des intérêts particuliers attachaient à Monza; il sut si bien manœuvrer qu'il arriva à leur persuader que le cardinal Borromée était opposé absolument aux rites romains. Les habitants de Monza, au contraire, qui avaient toujours été attachés à cette liturgie, disait-il, la voulaient conserver à tout prix.

Présentée sous cet aspect, la question revêtait un tout autre caractère : le cardinal trouva en face de lui toute la cour romaine, prête à déclarer la guerre aux rites ambrosiens, pour maintenir et défendre la liturgie du saint siège. En peu de temps, la question prit une telle importance, que l'agent du cardinal Borromée lui écrivait, le 21 juin 1578 : « L'affaire de l'office ambrosien me donne plus d'ennui que tout le reste ('). Cette question, ici, est généralement mal comprise et surtout par ceux qui sont le plus dévoués à Votre Seigneurie Illustrissime. Mgr le Dataire dit que le rit ambrosien n'est permis que par tolérance et, qu'en conséquence, on ne devait par l'imposer à ceux qui ne l'avaient pas et, s'il n'y avait pas eu le bref du pape, on n'aurait pu le faire. Les autres disent que Votre Seigneurie Illustrissime n'aime pas les usages de Rome,

1. Il s'agissait cependant, à ce moment, des discussions avec le gouverneur et les décurions de Milan.

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