Chapitre trent^quatnème
A cette lettre de son agent, le saint répondit aussitôt :
« Quant à votre sentiment et à celui du cardinal Morone sur la possibilité pour l'Eglise de Milan ellemême d adopter le rite romain, je le déclare de nouveau : sur ce point il faudrait attendre un décret pontifical. Si Grégoire XI II commandait, je suis toujours prêt: avec tout le respect dont je suis capable je me soumettrais au saint siège et, de bon cœur, je recevrais cet oracle comme prononcé par l'Esprit-Saint. Prenez garde cependant, en interprétant ma bonne volonté, toujours prompte à obéir, de vous imaginer que mon opinion sur les rites ambrosiens soit la même que celle que j'ai sur les rites et les cérémonies particulières, d'au-delà des Alpes ou des ordres religieux. En effet, si on mettait en question l'existence de nos rites, je penserais qu'il s'agit d'une des plus graves affaires de l'Église universelle. En tout cas, c'est ma conviction, on ne devra jamais rien statuer sur leur abandon, sans que la cause ait été étudiée avec beaucoup de soin par le souverain pontife. Il faudrait d'abord considérer attentivement tous les mystères, toute la sainteté, tous les sentiments qu'ils renferment et les fondements sur lesquels ils reposent. Tout cela me persuade que chacune de ces choses devrait être mise sous les yeux du pontife par des savants, envoyés ici pour les étudier, avant de rien décider en une affaire d'une telle importance. En outre, un homme d'une grande science et d'une grande piété, qu'on ne peut taxer de partialité, puisqu'il suit le rit romain, m'a donné ce conseil : Votre devoir d'archevêque serait alors de partir pour Rome, afin de défendre cet héritage si illustre de vos cérémonies. Rappelez à votre
Le rite amtiro.sicn.
esprit leur vénérable antiquité ; les mystères symboliques vraiment divins qui y abondent ; les mérites, le souvenir, la renommée de notre très saint père Ambroise, docteur de l'Eglise ; la souveraine estime que tous les âges ont conçue pour ces cérémonies: les écrivains sacrés se servent de nos mystères pour les opposer aux hérétiques, comme un bouclier inexpugnable. Certes, les autres rites, bien que depuis des siècles arrivés jusqu'à nous, ne présentent point une dignité égale... Je suis ému aussipar les prodigesdont les historiens nous ont laissé le récit et que Dieu a fait éclater pour manifester la sainteté de ces rites. Ajoutez que jamais rien de semblable n'a été tenté par les souverains pontifes, même dans les temps où notre Eglise a eu de grands démêlés avec l'Église romaine. Pourquoi cette question est-elle agitée, à notre époque, où la ville de Milan, par l'aide de Dieu, surpasse les autres villes, ou du moins ne leur cède en rien, par son obéissance et sa vénération (x) ?»
Nous ne craignons pas de l'affirmer, cette admirable lettre sauva le rite ambrosien. Si le pape et les cardinaux ne parlèrent plus d'imposer la liturgie romaine à l'Église de Milan, il faut l'attribuer à ce mélange d'énergie et de douceur, de science et de soumission avec lequel l'archevêque défendit ses droits et fit valoir ses privilèges. Il fallut que cette lettre du cardinal Borromée exerçât une grande influence sur l'esprit de Grégoire XIII; car les plaintes contre le cardinal devenaient chaque jour plus puissantes et plus multipliées. Le lecteur a encore présent à l'esprit les manœuvres du marquis d'Ayamont; les esprits malveillants, jaloux,
i. V. Oltrocchi, p. 881, note a.