‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 138 sur 169 · Chapitre trente=quatnème · texte numérisé non relu

Chapitre trente=quatnème

ennemis de toute réforme, et il y en a toujours en trop grand nombre! s'unissaient pour appuyer et confirmer les griefs du gouverneur de Milan. Ils crurent trouver, dans cette affaire de la liturgie, une preuve irréfutable de l'amour des nouveautés qui, disaient-ils, travaillait l'archevêque de Milan, le portait toujours à imaginer des réformes, à urger d'une façon exagérée l'exécution des décrets et des lois de l'Eglise. Le saint avait agi avec une grande droiture d'intention, il avait prié, consulté les hommes d'expérience qui l'entouraient; mais plusieurs de ces derniers, qu'il avait jugés dignes de sa confiance, le trahissaient. Son agent eut l'occasion de s'entretenir de cette question avec saint Philippe Néri: « Le cardinal, lui dit Speciano, n'a rien entrepris, sans l'avis des hommes les plus éclairés de son conseil

— Mais l'on se montre à Rome, répondit Philippe, les lettres de ces hommes qui votent, comme lui et avec lui en congrégation et qui, à peine sortis du conseil, se hâtent d'écrire ici tout le contraire. Oh ! il est bien vrai, ajoutait le saint, ce qui manque surtout aux seigneurs, c'est d'avoir à leurs côtés des hommes qui leur disent franchement la vérité (I). »

Cette affaire prit des proportions considérables. « Jamais, écrivait une seconde fois Mgr Speciano, je n'ai éprouvé tant d'ennuis que pour cette affaire du rite. Aussi, je ne puis me dispenser de vous le dire, cette heure n'est pas le moment que vous devez choisir pour multiplier les autres réformes, surtout en des choses qui ne sont pas de grande importance. Je ne sais même pas s'il serait à propos, pour ce motif, d'envoyer

i. Lettre de Speciano du 20 juillet p IH,7.

BlB. Amb : Ms. G. S.

le rite amfcrosien.

ici votre quatrième concile provincial pour le faire examiner. Que Votre Seigneurie Illustrissime y réfléchisse, puis quelle prenne le parti que Dieu lui inspirera.

« Je vous ai écrit, il y a quelque temps, ce n'était pas sans raison, que vous feriez bien de quitter Milan et de consacrer quelques mois à une visite pastorale, afin qu'on ne parle plus ni de vous, ni de vos affaires. Je vous le répète, en ce moment, avec beaucoup plus de raison, je crois, il serait bien plus utile au service de Dieu d'agir ainsi. Cependant je m'en remets à votre appréciation : Dieu vous éclaire, j'en suis convaincu, et vous ne ferez rien autre chose que sa sainte volonté (I).»

Le pape faisait appeler souvent Mgr Speciano, il lui donnait communication des plaintes et des accusations quotidiennes dirigées contre l'archevêque. Grégoire XIII avait pour le cardinal Borromée autant d'estime que d'affection, il était convaincu de la pureté de ses intentions et il accueillait toujours avec bonheur la justification de ses actions. L'affaire de Monza toutefois le préoccupait, il revenait constamment sur ce sujet.

« Les plaintes sont continuelles, disait-il, et le clergé vient d'envoyer un mandataire qui se lamente très fort, en son nom.

— Mais, Saint Père, réplique Speciano, cet homme ne peut être qu'un certain Varesio: le cardinal lui a enlevé un bénéfice qu'il retenait indûment et sans dispense, c'est là son plus grand motif de plainte ; il est certain que le clergé a reçu le rite ambrosien avec joie.

— La chose étant ainsi, reprit le pape, il serait bon néanmoins que le cardinal consolât ces âmes qui, me

i. Lettre du 9 août. — Bib. Amb. Id.

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