Chapitre trcnte^quatrième
entendu ses raisons, le pape aurait de nouveau réuni les évêques. Après une longue délibération, il fut décidé qu'on placerait sur l'autel de la basilique de Saint- Pierre un manuscrit de chacun des deuxrites, remettant la dernière sentence au jugement de Dieu. Cette solution était à cette époque employée très fréquemment dans les affaires les plus graves. Les manuscrits furent scellés ; les portes de la basilique fermées et scellées également. Les évêques se livrèrent à un jeûne rigoureux; le troisième jour, accompagnés du clergé et du peuple, ils se rendirent à la basilique dont les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes en leur présence. L'étonnement fut grand et général, mais il s'accrut encore lorsque, en s'approchant de l'autel, on entendit comme un fort murmure se faire autour des manuscrits et on les vit tout à coup s'ouvrir d'eux mêmes. Ce prodige éclatant semblait manifester d'une façon non douteuse la volonté divine : l'Eglise de Milan resta en possession de son antique liturgie.
Si cette vénérable Eglise est encore, à juste titre, fière de sa majestueuse et imposante liturgie, elle le doit à son grand évêque. Elle conserve avec jalousie ce précieux dépôt : aujourd'hui encore il n'est pas permis, dans la cathédrale de Milan, de célébrer la messe selon le rite romain. Un seul lieu échappe à cette règle générale, c'est la crypte même où repose le corps de l'intrépide et heureux défenseur de la liturgie ambrosienne: sur l'autel, dressé devant la tombe incomparable du saint archevêque de Milan, tous les prêtres, quel que soit leur rite particulier, peuvent célébrer les saints mystères. Les Milanais, en effet, ne regardent pas saint Charles comme une gloire qui leur soit
lie rite ambrosien.
propre et particulière, ils le vénèrent et l'aiment comme un saint dont l'Eglise universelle peut se glorifier : le monde entier l'honore et le salue comme le réformateur du clergé et ils ont su faire plier leur règle, inviolable pour tout autre motif, devant le désir légitime de tout le clergé catholique.
Non seulement, saint Charles conserva à l'église de Milan sa liturgie, mais il l'a ramenée à sa pureté primitive, il l'a débarrassée de quelques superfétations dont le temps et l'incurie des hommes l'avaient surchargée. Il procéda à cette correction, prescrite par le concile de Trente et la bulle de saint Pie V, avec cette lente prudence et cette vigueur inébranlable qui formaient comme le fond de sa nature. Il s'entoura d'hommes spéciaux, leur confia le soin de préparer les réformes et les corrections nécessaires; mais il voulut lui-même se rendre compte de tout et revoir leurs travaux. Plusieurs questions délicates et embarrassantes se présentèrent ; il n'y avait pas que le texte de la prière publique à réviser, il fallait aussi régler le cérémonial d'une manière précise et uniforme, soit pour l'administration des sacrements, soit pour la célébration des saints mystères; le chant même faisait partie de cet examen.
Le célèbre Pierre Galesini, correcteur du Martyrologe romain, Jean Paul Clerici qui fut supérieur général des Oblats, Charles Bescapé que nous connaissons déjà furent plus spécialement chargés de ce travail. Le saint avait établi, avec l'approbation de Grégoire XI II, une congrégation sur le modèle de celle qu'il avait luimême conseillée à Pie IV pour la réforme des livres liturgiques de l'Eglise romaine. Il voulut que plusieurs membres du chapitre en fissent partie, ainsi que le