‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 145 sur 169 · Chapitre trcntocinquicmc · texte numérisé non relu

Chapitre trcntocinquicmc

nom, dès qu'il mettrait le pied sur le territoiredu diocèse de Milan. Il apprit à Varèse que le roi de France serait à Monza, le 10 août 1574, il partit aussitôt et s'arrêta à Saronno. Il y passa la nuit pour consulter, étudier et régler le cérémonial qu'il devrait suivre en se présentant devant le monarque.

Le lendemain on annonce que le roi marche en toute hâte vers Monza ; mais il n'avança pas lui-même son départ dans la crainte de rencontrer sur sa route le cortège royal et d'être obligé de monter dans la voiture du roi. La suite d'Henri était nombreuse et, dans ce cas, le serviteur, chargé de porter devant le cardinal la croix archiépiscopale, n'aurait pu trouver une place convenable. Quand le cardinal arriva à Monza, le roi avait déjà pris possession des appartements qui lui étaient destinés. Il envoya aussitôt son familier François Porro saluer le monarque, l'informer qu'il se disposait à célébrer la messe, mais qu'il attendrait ses ordres. Le roi surpris, s'adressant à Porro, dit : « Estce que le cardinal lui-même va célébrer la messse ?

— Oui, répondit le gentilhomme, c'est son habitude de chaque jour.

— -Je veux y assister, reprit le monarque. »

A la suite de cette réponse, le cardinal se rendit au palais d'Henri. A son entrée, tous les musiciens, qui jouaient de la lyre en présence du roi, se turent et ils s'agenouillèrent devant l'archevêque pour recevoir sa bénédiction. Le roi se tenait tout près, la tête couverte; quand il aperçut le cardinal venant au-devant de lui et se découvrant la tête, lui-même se découvrit, puis il invita le cardinal à reprendre sa coiffure, ce qu'il fit lui-même. Et tous les deux, la tête couverte, ils

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commencèrent à s'entretenir, puis ils se rendirent à la basilique de Saint-Jean Baptiste. Sur le seuil, le cardinal offrit l'eau bénite au roi, s'aspergea lui-même, ensuite le clergé et les courtisans, puis il salua et, accompagné du clergé, il s'avança vers l'autel. Le saint sacrifice achevé, en quittant l'autel, le cardinal s'inclina devant le monarque, se dépouilla lentement des vêtements sacrés, ce qui le dispensait d'accompagner le roi à son départ, et lui permettait de satisfaire à ses devoirs envers Dieu. Henri quitta la basilique et Charles, après avoir terminé ses prières, se rendit à la maison de l'archiprêtre. Quelque temps après, le cardinal envoya Porro et Moneta offrir au roi des présents en son nom. A ce moment, les habitants de la paroisse réjouissaient Henri du son des lyres et d'autres instruments; on leur imposa silence et le roi reçut avec honneur les envoyés de l'archevêque (*).

Le pape avait vu, avec plaisir, la démarche du saint archevêque auprès du roi de France ; il y avait lieu d'en espérer de bons résultats pour l'Église de ce royaume si divisée et si malheureuse. Il donna ordre à son secrétaire d'Etat de demander au cardinal Borromée une relation sur cette importante entrevue. La réponse de S. Charles a été publiée par le chanoine Aristide Sala, dans ses Documenti (2). Elle ne porte pas de date ; elle offre un récit d'une simplicité charmante et d'un grand intérêt, nous la traduisons :

1. Déposition d'Octavien de Ferreri, au procès de canonisation. V. Oltrocchi, p. 214, note b. — Le saint fit également quelques pieux présents aux principaux personnages de l'entourage du roi. Il offrit un tableau représentant la Vierge au duc de Nevers et une image du Saint Rédempteur au Grand Prieur, etc.

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