Chapitre trente^ctnqufème
dénoncé comme perturbateur de la paix publique et l'on publia à son de trompe dans la ville qu'il avait agi ainsi sans le consentement du Roi (*).
Le cardinal ne se laissa point décourager par ce blâme de la cour, il continua à remplir fidèlement son devoir d'évêque. Marchant sur les traces du cardinal Borromée, il réunit en concile les évêques de sa province et il en remit les décrets entre les mains du nonce Castelli, pour être examinés par la cour de Rome. Le cardinal de Corne se réjouit grandement de cet exemple, il espère qu'il sera suivi et il en prend occasion d'encourager le nonce ; « les évêques viendront ainsi vous visiter, lui dit-il, et vous aurez occasion de leur enseigner beaucoup de choses pour le bon gouvernement de leurs Églises(2).» En 1583, le cardinal Borromée félicite l'archevêque de Rouen de l'élévation de son neveu au cardinalat : « Je suis persuadé, lui dit-il, que ni vos conseils, ni votre exemple ne lui manqueront ; vous saurez l'exciter efficacement au progrès dans la vertu et, quand l'âge le permettra, vous en ferez non seulement un excellent archevêque pour Rouen, mais aussi un cardinal parfait pour le bien de la religion catholique. »
La reine de France, Louise de Vaudemont, avait un frère, âgé de 15 ans, qui étudiait au collège des Jésuites de Pont-à- Mousson. Désireuse de le voir occuper une place élevée dans l'Etat, sachant ses heureuses dispositions pour la piété, elle sollicita pour lui le chapeau
1. Lettres du nonce Salviati au cardinal de Côme, aux dates du 16, 26 et 31 juillet 1576. — Archives secrètes du St-Sièoe : Nonciature de France, tom. IX.
2. Lettre du 10 juillet 1581. — Archives secrètes du St-Siège : Nonciature de France, tom. XVI.
%. Cfmrles et la jFtance.
cardinalice. Le saint père consentit à la satisfaire et, le 21 février 1578, le jeune prince fut revêtu de la pourpre, en compagnie du fils du duc de Lorraine et de l'archevêque de Reims, connu sous le nom de cardinal de Thionville. En 1579, le légat du saint père, Flaminio Fontana, fut chargé de lui porter la barette cardinalice ; mais le roi et la reine ne voulurent pas appeler à la Cour le jeune cardinal, dans la crainte d'interrompre ses études, ce fut au collège même de Pont-à- Mousson que cet insigne de sa dignité lui fut remis (I). Au mois de janvier de l'année suivante, la reine demanda pour lui l'évêché de Toul, en déclarant quT avait l'âge de recevoir la prêtrise (2).
La réputation du cardinal Borromée avait depuis longtemps traversé les Alpes. En France, comme dans presque tous les royaumes de l'Europe, on connaissait ses actions héroïques, on admirait ses vertus et l'on appréciait la valeur de ses conseils. Le jeune cardinal de. Vaudemont, élève des Jésuites et encore sous leur direction, avait aussi entendu parler de sa sainteté et, avant de se rendre auprès du saint père, il voulut le consulter. Le 4 février 1580, il lui écrit qu'il est jeune, qu'il n'a nulle expérience des choses de Rome,qu'il serait heureux de recevoir ses conseils,afm de n'y rien faire qui soit indigne de la dignité cardinalice. Il supplie le saint cardinal de lui répondre secrètement et de lui adresser sa lettre, par l'intermédiaire des pères Jésuites, qui lui remettront la sienne.
En recevant cette lettre,le premier soin de saint Charles fut de l'envoyer à Rome, à son agent, Mgr Speciano.