‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 158 sur 169 · Chapitre trente^cinQuième · texte numérisé non relu

Chapitre trente^cinQuième

torrent toujours montant de l'hérésie. L'épiscopat, très dépendant vis-à-vis du pouvoir temporel dont il tenait tous ses privilèges et ses honneurs, aimait à s'affranchir de l'autorité du saint siège : le concile venait sur trop de points briser des habitudes qui lui étaient chères, pour qu'il se montrât empressé à se soumettre à ses prescriptions. Le nonce Castelli faisait vainement de grands efforts pour décider la cour à publier le concile de Trente. « La crainte de déplaire aux huguenots, disait-il au roi, ne doit pas arrêter Votre Majesté et vous faire ajourner cette publication ; ces hérétiques se soucient fort peu de ce concile et ils n'en tiendront pas plus compte que des autres. S'ils s'opposent à son acceptation, c'est uniquement parce qu'ils redoutent de voir les catholiques lui obéir et le clergé se réformer: ce devrait être précisément le motif le plus puissant pour pousser le roi à le promulguer. Vous en rendrez compte à Dieu, si vous ne le publiez pas. »

Leurs Majestés s'excusent sur l'état du royaume, « on ne le pourrait faire sans exciter des tumultes, disent-elles au nonce, et quand vous aurez séjourné vous-même un peu plus longtemps dans ce pays, vous serez convaincu de cette vérité. Que le pape use d'un peu de patience ! »

« On ne peut, dit Castelli, les faire départir de cette conclusion (I). » Deux mois plus tard, le nonce montre un peu plus d'espoir d'être écouté ; mais les évêques sont le plus grand obstacle. « Je ne suis pas sans espérance de pouvoir obtenir quelque chose au sujet de la promulgation du concile de Trente, au moins en ce qui

i. Lettre de Castelli au cardinal de Côme, du 14 juin 1581. — Archives secrètes DU St-Siege : Nonciature de France, tom. XV.

®. Cfmtles et la jrrance.

concerne la réforme. Mgr illustrissime de Bourbon marche bien dans cette voie ; mais les prélats sont ceux qui font tout le mal (I). »

Henri III promet, revient sur sa parole, puis met à cette promulgation des conditions inacceptables, comme celle de proclamer, en même temps, le maintien des édits portés pour la pacification : ces édits étaient précisément en opposition avec les dogmes promulgués par le concile. Catherine de Médicis protestait de ses sentiments catholiques et, avec sa duplicité habituelle, elle disait: Il est des circonstances qui ne permettent pas de faire ce qu'on désire le plus.

Le souverain pontife,voyant échouer tous les efforts du nonce, songea à l'influence du saint archevêque de Milan sur le roi de France, il lui fit exprimer le désir de le voir appuyer près du monarque les démarches de Mgr Castelli. Le cardinal Borromée avait perdu les espérances qu'avait fait naître l'entrevue de Monza. « Je veux bien, répond-il à Mgr Speciano, écrire quelquefois au roi de . France, s'il y a espoir d'en tirer quelque fruit ; mais je lui ai écrit de Venise et je n'ai jamais eu de. réponse. Je pense qu'il a honte et qu'il ne sait que répondre à ce qui faisait le sujet de ma lettre (2). »

Néanmoins, sur le désir du saint Père, il se décida à tenter un nouvel effort ; il prit la plume pour essayer de secouer l'apathie et de réveiller la foi de ce monarque tout entier à ses plaisirs. Il envoya sa lettre par l'intermédiaire de Mgr Castelli dont il fit un grand éloge. Il rappelle ensuite au roi la bienveillance

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