‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 159 sur 169 · Lettre du 4 août : Id · texte numérisé non relu

Lettre du 4 août : Id

2. Lettre du 4 août 1581 : Bip,, des Barn., tom. II, del Governo.

Cfmpttre ttcnte^cmquîème.

qu'il a bien voulu lui témoigner, à Monza, « bienveillance, dit-il, qui ne s'est point démentie puisque vous m'avez fait savoir, à plusieurs reprises, que vous désiriez le secours de mes prières, à l'occasion des dissensions et des troubles suscités, dans votre royaume, par les ennemis de la sainte Église. Aussi je désirerais que Votre Majesté, par l'intermédiaire du nonce, me fît savoir, avec le même abandon, si elle désire que je fasse quelque autre chose pour son service, pour l'aider dans le bon et chrétien gouvernement de son peuple et dans le relèvement et la conservation de la piété catholique, ce à quoi elle est si particulièrement obligée. En effet, si tous les princes sont ministres de la justice de Dieu et députés par sa divine majesté pour procurer la paix, la tranquillité et le salut des peuples, Votre Majesté est beaucoup plus tenue à toutes ces choses que les autres souverains, car elle est roi, mais roi très chrétien. Par une succession longue et non interrompue, vous descendez et vous tirez votre origine de tous ces rois, qui furent si favorisés de Dieu, et qui ont donné des témoignages innombrables de leur signalée piété et religion.

« Je désire, sur ce point, au delà de toute expression, avoir une réponse de Votre Majesté. En attendant, je prierai Dieu de la faire prospérer en toutes ses entreprises, de la combler de l'abondance de ses grâces et je lui baise humblement les mains (I). »

Cette lettre resta sans réponse ; nous n'avons pu du moins trouver aucun document, qui nous autorise à supposer que le roi de France ait eu pour agréable le désir exprimé par le saint. Il garda le silence, sans doute,

i, Bib. desBarn., tom. II, del Govemo.

®. C&ades et ia jTrancc.

dans la crainte d'être obligé d'agir, s'il avait recours aux conseils de l'archevêque de Milan et il détestait tout ce qui l'eût fait sortir de son inactivité. Il appréciait, du reste, la vertu du cardinal Borromée et du nonce Castelli : « Je ne prendrais jamais d'évêques en France, disait-il, mais j'irais les chercher en Italie, si tous les évêques d'Italie ressemblaient à Charles Borromée ou à Jean-Baptiste Castelli. »

Le cardinal Borromée n'en continua pas moins à s'intéresser aux affaires de notre pays. Au mois d'août 1583, une occasion nouvelle se présenta d'agir indirectement sur l'esprit d'Henri III. Le duc Anne de Joyeuse s'était rendu en pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, pour obtenir la guérison de sa femme, Marguerite de Vaudemont, sœur de la reine ; à son retour il s'était arrêté à Milan ; saint Charles le vit et il rendit compte à Mgr Castelli de son entretien avec le favori du roi.

« Le duc de Joyeuse est passé ici : quoique je l'aie vu bien peu de temps, néanmoins je l'ai entretenu de plusieurs questions qui intéressent la foi catholique dans ce pays. J'ai cherché à le choyer encore ici, pendant quelques jours, afin de lui faire visiter les pieux sanctuaires de Milan et de l'enflammer davantage à remplir les bons offices que j'attends de lui : l'indisposition, dont il souffre depuis quelques jours, qui le retenait au lit même pendant que je l'entretenais, et l'obligation que le roi, me dit-il, lui faisait de retourner promptement, ne me permirent pas de le retenir plus longtemps. Je lui recommandai spécialement de presser la publication du concile de Trente dans ce royaume ; mais, sur ce point, je vis qu'il était fort peu renseigné.

Cbapitre ttcnt^cinquième.

Je lui parlai également de la nécessité de modérer les impôts dont le roi chargeait ses sujets. Il s'efforça d'excuser Sa Majesté. J'appelai son attention sur les provisions ou nominations aux bénéfices du royaume, qui se faisaient d'une façon si contraire à l'honneur de Dieu. Il me répondit que Sa Majesté avait pris la résolution de remédier complètement aux abus du passé. Il m'a promis de faire tous ses efforts pour amener le roi à l'exécution des trois points particuliers que j'ai traités avec lui. J'ajoutai que cette action de Sa Majesté pourrait donner plus d'efficacité aux prières qu'on fait, ici et ailleurs, pour obtenir à Leurs Majestés la grâce si désirée d'avoir des enfants et une postérité, désir auquel se liaient le service du Seigneur Dieu, la paix publique et la religion catholique dans ce pays.

« J'ai été très édifié des réponses qu'il me fit, de sa manière d'agir pendant le peu de temps qu'il est resté ici et de la renommée de piété qu'il a laissée dans tous les sanctuaires qu'il a visités. J'espère que ces recommandations pourront quelque chose, avec l'aide de Dieu et par le moyen de Votre Seigneurie, sur l'esprit du roi, spécialement en ce qui concerne les trois points pour lesquels il a montré de la bonne volonté (x). »

Saint Charles avait d'autant plus raison d'espérer, que le duc de Joyeuse l'avait chargé de négocier, avec le saint père, une question délicate, qui préoccupait sa conscience. Le duc avait obtenu de Notre-Dame de Lorette la ofuérison de sa femme ; mais il avait fait vœu d'offrir, en actions de grâces, au sanctuaire de la sainte maison, « le pesant d'or » de la duchesse. La faveur

i. Lettre du mois d'août 1583. — Bib, Amb. Ms.G.S. I, 15.

©. C&arïes et la jTrance.

obtenue, il fut très reconnaissant, mais quand il fallut accomplir son vœu, il trouva le poids de la promesse un peu lourd. Il s'était rendu à Lorette, il y avait laissé quatre mille écus d'or et beaucoup d'autres aumônes : il désirait obtenir du saint père la permission d'acquitter sa dette principale par annuités et il pria saint Charles de solliciter cette faveur de Grégoire XIII. Le 5 novembre 1583, le saint lui annonce le résultat des démarches qu'il a faites :

« Illustrissime et Excellentissime Seigneur, j'ai fait représenter à Sa Sainteté les désirs et les scrupules de Votre Excellence sur la dispense ou la commutation du vœu que vous avez fait, pendant la maladie de madame la duchesse, votre épouse. Quant à ce qui manque pour parfaire le poids d'or promis et auquel vous n'avez pas satisfait, Sa Sainteté agrée que Votre Seigneurie puisse le compléter, peu à peu, une partie chaque année, soit en faveur de l'église de Lorette soit au profit de quelque autre œuvre pie.

« A cette occasion, je ne veux pas omettre de rappeler à Votre Excellence les intérêts et la protection de la foi chrétienne dans ce très noble royaume ; je la prie de vouloir bien s'employer, de tout cœur et avec le zèle convenable, à une œuvre de si haute importance. J'assure Votre Excellence qu'elle ne saurait user de la grande autorité et de la faveur que Dieu lui a accordées auprès du roi, dans une entreprise qui soit plus utile tout à la fois au service du Seigneur et à celui du roi, car ils sont dépendants l'un de l'autre: la fidélité des peuples, envers leurs princes, prend sa source dans leur foi envers Dieu, et leur obéissance dérive de l'observation des préceptes divins. Je parle

394 Chapitre trente-cinquième.

des princes catholiques; Dieu permet quelquefois la grandeur et la puissance des princes hérétiques et infidèles pour le châtiment des mauvais chrétiens. Comme je suis persuadé que Votre Excellence comprend très bien ces choses, je ne m'étendrai pas en de plus longs discours; mais je la prie de nouveau de vouloir bien se rappeler que je lui recommande l'honneur et le nom de Dieu et la foi sainte auprès du roi très chrétien. L'affection toute particulière qu'il a pour Votre Excellence ne peut que rendre vos paroles très efficaces et d'un grand poids (I).»

Tout en agissant auprès des personnages influents à la cour, Charles cherchait toujours à ramener les évêques, et surtout les cardinaux français, à la véritable obéissance envers l'Eglise: il excitait par tous les moyens leur zèle et leur piété. Le cardinal François de Joyeuse, frère du duc, est à peine revêtu de la pourpre (2) qu'il lui écrit pour l'en féliciter. Ce qui serait pour un autre une simple formule de politesse, devient pour lui l'occasion de parler au nouveau cardinal des devoirs des évêques, du bien qu'il peut faire au diocèse de Narbonne, dont il est l'administrateur perpétuel, et de l'obligation plus rigoureuse que le cardinalat lui en fait. « Vous ne devez pas, dit-il, borner votre autorité et vos exemples aux limites de l'Église de Narbonne; mais vous devez être attentif à les faire contribuer au bien spirituel de ce très illustre et très grand royaume et à vous montrer, avec l'apôtre, un homme parfait en Jésus-Christ. »

i. Bib. AMB : Ms. C. S. I, 16.

2. Il fut nommé cardinal avec le neveu du cardinal de Bourbon, dans le consistoire du 13 décembre 1583.

%. Cïmrte et la jfrance. 395

La correspondance devient plus fréquente, saint Charles l'excite à travailler à l'introduction de la réforme prescrite par le concile de Trente. Peu de temps avant sa mort, il lui écrit : « Vous m'annoncez que le concile de Trente n'est point encore promulgué chez vous. Je vous plains; vous manquez, en effet, du plus grand secours dont vous ayez besoin pour accomplir avec autorité votre charge pastorale. Mais efforçons-nous cependant de promulguer par les faits ce qui ne l'a pas été par la voix du héraut et par l'édit du roi. Que chacun dans son Eglise s'efforce d'introduire, dans les mœurs et les habitudes du peuple, ce qu'ont décrété et sanctionné les décrets de ce très saint concile. Je n'ignore pas qu'il y a de grands obstacles, de sérieuses difficultés; mais rien n'est difficile, rien n'est impossible à la charité : V amour est fort comme la mort. Et un grand nombre des choses les plus difficiles, de l'avis des hommes, ne le sont nullement pour un bon pasteur.- Que peut-il y avoir de pénible, de difficile à celui qui, par son exemple, redresse les sentiers tortueux, adoucit les aspérités, comble les vallées, et abaisse les montagnes au niveau des plaines (r). »

Telles étaient les pensées du saint : il s'efforçait, non sans succès, de les inculquer aux éveques de France dont le crédit et la vertu étaient de nature à augmenter l'influence.

Mgr Castelli n'est plus chargé de défendre près de cette cour les intérêts de l'Église ; mais le saint continue ses instances auprès du successeur. « Vous devez, lui écrit-il, travailler à faire accepter le concile de Trente ; je me réjouis de vous voir disposé sur ce

I. Ces deux lettres furent publiées par Boi'ERO, le secrétaire du saint.

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