Chapitre trentc^irième
consentira toujours très volontiers à tout ce qui pourra contribuer à conserver et à augmenter votre dignité et votre rang. Il vous accorde la dispense du mariage que vous paraissez désirer, se réservant de vous donner plus tard, en son temps, de nouvelles preuves de son affection et de sa courtoisie... Je voudrais que vous puissiez vous persuader qu'il n'y a rien, qui soit en mon pouvoir ou dans mes biens, que je ne sois disposé à mettre promptement à votre disposition... Que Dieu, dit-il, vous conserve longtemps florissante et en bonne santé, à nous qui vous aimons extrêmement et à vos peuples qui se reposent sur votre foi et sur votre sagesse (J). »
Le vœu du saint ne se réalisa pas ; la pieuse reine eut à souffrir de la part de son nouvel époux dont la mort tragique vint, en 1567, commencer pour elle une série d'épreuves sans nom. Elle est contrainte d'épouser le meurtrier de son mari et les Écossais, sous la conduite de Murray, frère naturel de Marie, se révoltent contre l'infortunée princesse, ils veulent la contraindre d'abjurer la religion catholique: c'est à grand'peine qu'elle peut se dérober à leurs menaces et s'enfuir en Angleterre où elle espérait trouver un asile et un secours auprès de sa cousine Elisabeth. La reine d'Angleterre nourrissait depuis longtemps, au fond de l'âme, une haine profonde contre Marie, elle la considérait comme une rivale: l'infortunée reine d'Ecosse avait, en effet, à la couronne d'Angleterre des droits plus légitimes que ceux de la fille adultérine d'Henri VIII.
1. Bib. Amb. Ms. R. 100. — Le saint avait commencé cette lettre à Rome ; mais il partait en toute hâte pour Milan afin d'y présider son concile provincial, il l'envoya de Bologne.
g)aint Cfjarles et les princes De roEurope. 411
L'occasion de se débarrasser d'une princesse, dont la présence était pour elle une menace continuelle, était trop favorable pour qu'Elisabeth n'en profitât pas aussitôt. Accueillie d'abord avec des témoignages d'un intérêt hypocrite, Marie est bientôt jetée dans une étroite prison. Du fond de ce cachot, où elle resta dix-huit ans, malgré tout ce qu'on put faire pour sa délivrance, la reine d'Ecosse se souvint du cardinal Borromée, elle lui demanda des prières et des consolations ; le saint ne fit pas attendre sa réponse :
« Quoique le malheur si grand et si prolongé de Votre Majesté, lui écrit-il, me cause une réelle douleur et une grande affliction, soit à cause de vos souffrances personnelles, soit à cause de la religion catholique qui est si intéressée à votre conservation, cependant la confiance que la bonté divine ne vous manquera pas, m'enlève la majeure partie de cette tristesse. Dieu, le père des miséricordes, a coutume de tempérer admirablement les choses et d'adoucir les coups de l'adversité par une force inexplicable et par la suavité de sa grâce ; il se sert des adversités, comme de stimulants, pour exciter ses serviteurs à la recherche et au zèle de la vertu. C'est pourquoi je ne doute nullement que la charité de Votre Majesté ne se soit d'autant plus dilatée que les murs de votre prison sont plus resserrés ; que captive, vous ne jouissiez de la liberté dont Jésus-Christ nous a gratifiés par sa mort, et qu'aucun malheur, aucun événement ne sauraient nous enlever, malgré nous. Dieu a placé Votre Majesté en évidence, afin que tous puissent en recevoir des exemples de courage, de patience, de religion et de piété. Vous pouvez ainsi, d'une façon excellente,
Cfmpttte trente^trtème.
relever la gloire et le nom de Dieu et prouver combien l'amour que vous avez pour lui est véritable, et cela beaucoup mieux que si vous nagiez au milieu des prospérités. Louis Audoeno, mon vicaire, m'a dit que Votre Majesté désirait vivement que je la recommandasse à Jésus-Christ.
« Je ne suis rien que cendre et poussière, néanmoins je ne cesserai de le faire de tout mon cœur et avec empressement. S'il y avait autre chose en quoi mon zèle et mes bons offices envers Votre Majesté puissent se manifester, j'aurai pour très agréable que vous vouliez bien me les demander, comme une chose à laquelle vous avez droit (I). »
Mais les prières du saint et son vif intérêt ne devaient point sauver l'infortunée princesse. Quand Elisabeth lui fît expier sur lechafaud, en 1587, le double crime à ses yeux de sa naissance et de sa foi, le saint était depuis longtemps descendu dans la tombe.
Nous ne nous arrêterons pas à redire les relations qui unissaient le cardinal Borromée aux ducs de Toscane; ils s'écrivaient continuellement, se rendaient des services mutuels comme font d'ordinaire des amis intimes. Dans le cours de cette histoire nous avons eu l'occasion d'en fournir plus d'une preuve.
La république de Gênes, celle de Venise étaient également empressées à donner au saint des témoignages non douteux de leur vénération : elles furent pleines de déférence pour les conseils et les avis qu'elles lui demandèrent en plus d'une circonstance.
Les ducs de Savoie, Philibert et Charles-Emmanuel