Publiée par Botero
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le traitèrent comme un ami et comme un père. Nous aurons plus tard occasion de raconter les honneurs exceptionnels que Philibert lui fit rendre, quand il vint à Turin pour y vénérer le Saint Suaire ; nous devons nous occuper ici des relations de Charles-Emmanuel avec le cardinal Borromée.
Le duc Philibert avait à peine rendu le dernier soupir, en 1580, que de Rome, on priait l'archevêque de Milan de travailler à raffermir par ses conseils le caractère de Charles-Emmanuel, héritier, par cette mort, du trône de son père. Jeune et impressionnable, il était à craindre que ce prince ne se laissât entraîner par l'hérésie toujours au guet pour conquérir de nouvelles proies. Le cardinal avait compris dès le premier instant que ce rôle de tuteur, vis-à-vis du nouveau duc de Savoie, lui appartenait plus qu'à tout autre ; mais dans la crainte de donner occasion à des adversaires de paralyser son action, il ne voulut point lui écrire ; il lui envoya le P. Adorno, son confesseur, « dans l'espérance, dit-il, que cette ambassade serait plus efficace que ses paroles. » En annonçant à Mgr Speciano ce qu'il avait fait, le cardinal s'applaudissait de son succès. Le jeune prince lui avait écrit pour le remercier des conseils que le P. Adorno lui avait transmis de sa part. « Ces conseils, lui disait-il, ont été d'autant mieux acceptés que je vous aime et vous honore plus ardemment. Je vous prie de vous persuader qu'aucun obstacle ne pourra m'empêcher de les suivre à la lettre. »
Touché de cette respectueuse docilité, S. Charles usa toujours envers le jeune souverain d'une tendresse vraiment paternelle ; il le félicita de ses sentiments et lui donna de nouveaux avis. Charles Emmanuel fut