‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 17 sur 169 · CHAPITRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIEME

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Châtiments et Repentirs.

Dieu tire le bien du mal. — Absolutions des censures encourues par les ministres du roi. — Soumission des chanoines de la Scala. — Bonté de l'archevêque. — Dieu punit les violateurs des droits ecclésiastiques. — La pénitence imposée aux chanoines de la Scala fait craindre une nouvelle tempête. — Lettre de saint Charles sur la manière dont il eût voulu voir résoudre par le pape la question de la juridiction ecclésiastique. — Le Gouverneur et le Pape font rechercher le coupable de la tentative d'assassinat contre le saint. — Comment l'archevêque lui-même met le commissaire apostolique sur la trace des coupables. — Le complot. — Farina. — Le châtiment. — Saint Pie V supprime les Humiliés. — Saint Charles tente de les conserver jusqu'au dernier moment. — Il cherche à compenser son Église de la perte de cet ordre religieux.

] A lettre du roi d'Espagne au duc d'Albu-

querque nous a déjà préparés à la solution des graves questions, soulevées entre l'autorité ecclésiastique et l'autorité civile de Milan. Depuis l'époque où l'archer du cardinal avait été arrêté, mis à la torture et emprisonné, les esprits loin de se calmer avaient été surexcités par les passions des uns, l'ignorance des autres,et le saint cardinal avait eu presque constamment à lutter contre le mauvais vouloir du sénat et les empiétements de lajuridiction civile sur le domaine purement spirituel. Il avait pensé, avec raison, que dans de semblables cas la patience et la douceur n'étaient pas les meilleurs moyens de résoudre la question; il eût voulu que l'on coupât le mal dans sa racine et que le Pape se fût prononcé ouvertement, dans un

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sens ou dans l'autre, sur la question en litige, à l'époque où le roi d'Espagne avait envoyé le marquis de Ceralvo à Rome. Dieu, dont la conduite avec ses saints est loin de ressembler à celle des hommes, même les plus prudents et les plus habiles, n'avait pas permis que la question fût alors tranchée. Il voulait, sans doute, par ces événements faire éclater d'une manière admirable, la soumission du saint à l'autorité pontificale, sa patience, sa douceur et son invincible constance dans l'accomplissement du devoir. Le forfait exécrable d'un religieux devait désarmer les passions, au moins pour un moment, et ramener tous les cœurs vers l'archevêque. Malgré ses luttes avec le sénat, il avait conservé des relations amicales avec chacun de ses membres : « Mes rapports avec chacun des sénateurs en particulier, écrivait-il au nonce d'Espagne, sont pleins de bienveillance ; ils agissent de même avec moi, bien que dans les controverses publiques les choses soient arrivées au point que vous savez (x). » Néanmoins les esprits étaient irrités, le moindre incident pouvait ranimer les colères.

Le temps avait marché ; les violateurs de la juridiction ecclésiastique n'avaient point encore été absous des censures qu'ils avaient encourues. Saint Charles avait consenti à devenir leur interprète auprès du pape et celui-ci lui avait permis de les absoudre, à la condition toutefois qu'ils feraient un acte de soumission publique à l'Église. Cette faveur obtenue, les coupables présentèrent de nouvelles objections pour ne point se

i. Lettre du 28 janvier 1570. — ARCHIVES SECRÈTES DU St-SiÈge: Nonciature iV Espagne, tom. 2.

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soumettre : ils déclarèrent que le roi s'y opposait de la manière la plus formelle.

L'archevêque en écrivit en Espagne et le roi ordonna aux excommuniés d'obéir. La veille de Noël 1569, on dressa une estrade devant la grande porte du Dôme. Le fiscal et le notaire vinrent se prosterner devant l'archevêque, demandèrent l'absolution, et promirent d'accomplir en tous points la pénitence qui leur serait imposée. Ils durent alors révoquer le décret d'exil porté contre l'archer du cardinal, lui restituer ses armes et s'engager à ne plus jamais rien entreprendre qui fût de nature à offenser ou à blesser, en quoi que ce soit, la juridiction ecclésiastique et la liberté de l'Eglise.

Le duc d'Albuquerque donna l'exemple de la soumission. Les ordres du roi, sans doute, pesèrent pour beaucoup dans cette détermination; mais le gouverneur de Milan les avait reçus avec joie. Ce moyen lui facilitait vers le droit un retour que sa piété et son cœur désiraient également. Il avait révoqué ledit, cause de tous les malheurs : Pie V, à la prière du cardinal, donna au confesseur ordinaire du duc tous les pouvoirs nécessaires pour l'absoudre des censures et des peines canoniques qu'il avait encourues ; toutefois si huit jours après l'Epiphanie, le gouverneur n'avait pas révoqué toutes les mesures prises contre l'autorité de l'Eglise, il retomberait sous les mêmes censures. La juridiction archiépiscopale ne pouvait encore fonctionner, la peur tenait toujours dans l'éloignement ceux qui faisaient partie du tribunal ecclésiastique; le gouverneur ordonna au président du sénat de rassurer, au nom du roi, tous les employés de la curie archiépiscopale.

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