‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 19 sur 169 · Chapitre tH'ngttieurième · texte numérisé non relu

Chapitre tH'ngttieurième

retournèrent processionnellement vers leur église et saint Charles les y accompagna. Après avoir récité des prières expiatoires sur le seuil même du temple, théâtre de leur résistance, l'archevêque pénétra dans l'intérieur et en prit possession.

Ainsi se termina cette terrible révolte. Quant au prêtre de Pavie, Barbesta, l'avocat des chanoines, qui avait osé lancer l'interdit contre l'archevêque de Milan, personne n'avait voulu prendre sa défense. Saint Charles montra encore, en cette circonstance, toute la magnanimité de son âme, seul il songea à ce malheureux, il obtint l'adoucissement de l'exil auquel il avait été condamné et il lui fit bientôt rendre la liberté.

Mais Dieu n'a-t-il pas voulu punir le crime des chanoines de la Scala contre leur archevêque ? tandis que tous les principaux édifices de ce temps ont conservé leur destination religieuse, l'église de la Scala n'existe plus ; un théâtre s'est élevé sur ses ruines : la malédiction de Dieu semble avoir passé sur ce lieu.

Dieu laisse rarement impunis les insultes et les outrages dirigés contre ses ministres. Un des complices des chanoines de la Scala, celui qui avait poussé le sacrilège jusqu'à frapper la croix tenue par l'archevêque, mourut seul, sans sacrements, dans une misérable auberge de Lambrate, à quelques milles de Milan. Le capitaine de justice qui avait arrêté l'archer du cardinal, était allé à Alexandrie pour assister aux noces d'un de ses parents le jour où il devait être absous avec ses complices ; la nuit même du mariage, il fut frappé de mort violente et les réjouissances durent faire place au deuil des funérailles. L'un des trois sénateurs cités à Rome, le plus ardent à soulever

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la guerre faite aux droits de l'archevêque, mourut misérablement, accablé de douleurs et de remords, au milieu de médecins impuissants à le soulager, reconnaissant lui-même qu'il était frappé par la main de Dieu.

Ces faits, racontés par les historiens du saint, ne sont point des faits inouïs, ni isolés dans l'histoire de l'Eglise ; ceux-ci étaient de nature à augmenter, s'il eût été possible, la vénération du peuple milanais pour son saint archevêque.

Les chanoines de la Scala vinrent cette même année, au 8 septembre, accomplir leur pénitence ; cette démarche faillit donner lieu à un nouveau conflit. Le duc d'Albuquerque et le sénat, selon l'usage, assistaient à l'office pontifical ; quand ils virent les chanoines se présenter, à l'offertoire, devant le cardinal et faire un acte de soumission, ils pensèrent que le saint avait monté cette petite scène pour entamer le droit de patronage du roi d'Espagne sur cette église. Pendant toute la cérémonie il y eut, entre le gouverneur et le sénat, un échange de messages. « La messe finie, dit le cardinal, le duc partit aussitôt, insalutato hospitc, contrairement à son usage qui était de m'adresser toujours quelque parole. Il montrait du mécontentement. Retourné à mon palais, on m'instruisit de tous ces pourparlers, j'envoyai aussitôt chezleprésident. J'appris alors que ce mécontentement provenait de la nouveauté de ce fait. Je le fis aussitôt assurer que mon intention n'avait été nullement de préjudicier aux droits du roi : les paroles prononcées par les chanoines n'étaient que l'exécution de la sentence portée contre eux, il y a huit mois. »

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