‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 20 sur 169 · Chapitre tringt^ticurièmc · texte numérisé non relu

Chapitre tringt^ticurièmc

Le cardinal eut assez de peine à les tranquilliser, il n'y parvint qu'après l'échange de nombreuses explications; il dut même leur adresser une déclaration écrite dans laquelle il affirmait que cet acte ne pouvait, ni ne devait nuire en rien à la juridiction royale (x).

Les représentants du roi d'Espagne prenaient un peu trop à cœur, il faut l'avouer, les privilèges du roi leur maître. On serait tenté de croire qu'ils cherchaient de nouveaux prétextes pour ranimer la guerre ; la sincérité et l'humilité du cardinal devaient encore cette fois dissiper les nuages et mettre à néant les ruses de l'esprit mauvais.

Cette question de la juridiction ecclésiastique pouvait se redresser à chaque instant, menaçante et terrible, surtout avec des ministres si faciles à impressionner, et ombrageux à l'excès. L'archevêque le prévoyait; cette crainte lui faisait regretter encore plus vivement que la question n'eût point été tranchée parle pape. Il s'en explique très clairement à Mgr Ormanetto.

« Il est très loin de ma pensée, lui écrivait-il, de croire que Notre Seigneur, dans les controverses relatives à la juridiction de mon Église, se laisse diriger par des considérations humaines ; bien plus, l'expérience que j'ai du grand zèle et de la piété de Sa Béatitude, les nombreuses circonstances dans lesquelles j'ai touché de la main, pour ainsi dire, son affection paternelle pour moi, la protection particulière et vive qu'il témoigne à mon Eglise, tout cela évidemment m'a porté, après Dieu, à mettre toute ma confiance et toute ma tranquillité pour ces affaires en son appui. Vous le savez, dans les

i. Lettre au nonce d'Espagne du 2 octobre 1570. TES DU St-Siège : Nonciature d 'Espagne, tom. 3.

Archives secrè-

Cf)âtîmcnt0 et Bepentitg. 43

perturbations apportées à mon Église et à mon ministère, j'ai reçu de Sa Sainteté une assistance plus grande que je n'aurais osé l'espérer, même du pape, mon oncle. Je ne doute donc pas un seul instant que Notre Seigneur n'ait en vue le service de Dieu, la conservation de son Eglise et la défense des personnes appelées à partager ses sollicitudes pastorales. Toutefois, je ne puis nier d'avoir eu quelquefois cette impression : les conseils de beaucoup de personnes d'autorité, inspirées par des intérêts humains, présentés à Sa Béatitude, sous le prétexte de procurer à Dieu une plus grande gloire ou de fuir l'occasion de dangers, que l'imagination fait toujours croire plus graves qu'ils ne sont en réalité, ont pu ralentir les effets de sa sainte intention et l'ardeur de son zèle. Je ne nie pas que son esprit ait pu également être traversé par de nombreuses considérations touchant au gouvernement général de l'Eglise, considérations que j'ignore et que je ne puis voir, n'étant occupé que du gouvernement particulier de mon Eglise. Mais j'ai toujours pensé que, si dès le principe, quand sont nées ces controverses, on avait procédé sans retard, en publiant la sentence portée contre les sénateurs cités, au moins au départ du marquis de Ceralvo, on aurait étouffé dans sa source la cause de ces événements. Ces sursis, en effet, donnèrent lieu de croire, ici et en Espagne, à beaucoup de personnes que Notre Seigneur avait été effrayé des menaces dudit marquis. Ce sentiment est conforme à celui que le prince Ruy-Gomez a librement exprimé au sieur Pierre Antoine Lonato, en Espagne. Une solution quelle qu'elle fût, donnée par Sa Sainteté au marquis de Ceralvo, lui dit-il, aurait mis fin à toutes

Cfjapitte tringMtturtèmc.

ces controverses. Le président Casato montrait également qu'il ne désirait pas autre chose que de tranquilliser sa conscience par un bref du pape qui eût tranché cette querelle. Dans tout le sénat on voyait alors une disposition plus grande qu'aujourd'hui à accepter et à exécuter toute ordonnance de Sa Sainteté, je me souviens l'avoir écrit. Vous le savez, plus on s'efforça de se taire sur cette première controverse, plus ici les troubles se sont accrus, ainsi que les offenses envers cette Eglise. Néanmoins, malgré tout cela, je n'en doute pas, Sa Béatitude a tout fait avec la seule intention et dans le but de procurer plus sûrement le service de Dieu et la paix de son Eglise. Dirigée par l'Esprit saint, je lésais, elle a agi ainsi, ou parce que cela était convenable pour le bien universel, ou pour en faire sortir en faveur de cette Eglise tous les fruits qu'ont engendrés les troubles eux-mêmes qu'elle a subis. Malgré toutes ces oppressions dans le for extérieur, depuis le commencement jusqu'à ce jour, l'édification et le respect pour les choses ecclésiastiques intérieures n'ont cessé de s'accroître parmi le peuple (T). »

Le saint archevêque se réjouissait du bien qui se faisait dans son Église ; il ne regrettait nullement de l'avoir payé par des difficultés et des épreuves dont son cœur, sa dignité et sa foi avaient eu tant à souffrir. Le calme s'était rétabli à Milan et les deux pouvoirs pouvaient désormais marcher, avec une plus grande assurance du succès,dans la voie du bien. Il restait encore aux yeux du gouverneur et du pape une grave question à résoudre, il s'agissait de découvrir et de punir le criminel qui avait osé attenter aux jours du

l. Lettre du 18 janvier 1570. — BlB. des Barn. Tom. I. del Govemo,

Châtiments et îRepcntiris. 45

cardinal. Charles eût voulu qu'on oubliât cette question, il avait pardonné au . malheureux et il eût désiré que tous en fissent autant. Les intérêts de la justice humaine, l'honneur du gouvernement temporel ne pouvaient accepter ce désir du saint ; le pape lui-même pensait qu'un pareil crime ne devait pas rester impuni.

Aussitôt après l'attentat, son auteur avait disparu ; le gouverneur avait en vain donné l'ordre de fermer les portes de la ville et de n'en laisser sortir personne, sans son autorisation écrite, pendant plusieurs jours ; le coupable ne se trouvait pas. Il avait probablement réussi à échapper par la fuite aux recherches les plus actives de la police du gouverneur. On avait mis sa tête à prix, on promettait deux mille écus, la liberté de deux exilés, et la moitié des biens du coupable à celui qui le dénoncerait ; on avait arrêté plusieurs suspects ; devant la preuve de leur innocence on les avait remis en liberté.

Pie V avait délégué l'évêque de Lodi, Antoine Scarampa, pour faire une enquête en son nom. Ce prélat se rendit à Milan ; il ne put rien obtenir, malgré les menaces canoniques les plus graves contre ceux qui ne dénonceraient pas le coupable : tout restait dans le plus profond mystère. Saint Charles s'était plaint de ces poursuites et de ces enquêtes à ses agents de Rome ; mais ceux-ci attestent le ciel qu'ils sont entièrement étrangers à cette décision émanée du saint père (*).

Peu de jours après l'attentat, l'archevêque avait vu deux prévôts des Humiliés, Barthélémy Nassino et Clément Mérisio, ceux-ci lui nommèrent aussitôt le

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