‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 3 sur 169 · Chapitre vingtième · texte numérisé non relu

Chapitre vingtième

l'archevêque pour les causes criminelles, et contreSilvio Galassio son procureur fiscal. Ils avaient pris pour prétexte de cette sentence l'emprisonnement et le procès intenté par ces prélats à un clerc attaché au chapitre de la Scala.

Il ne s'agissait plus d'une simple résistance à des droits certains, c'était une insulte, une provocation à la révolte contre la juridiction archiépiscopale ellemême. Le temps de la condescendance étant passé, le cardinal députa Mgr Moneta aux chanoines pour les avertir que, conformément aux ordres du Pape, il se préparait à visiter leur collégiale.

A cette nouvelle, les chanoines se hâtent de célébrer matines ; revêtus de leurs habits de chœur, ils arrivent à la sacristie et, la menace à la bouche, ils mettent à la porte Mgr Moneta, qui s'efforce vainement de les calmer et de les ramener à des desseins plus dignes de leur caractère sacerdotal. Mais sourds à tout autre sentiment qu'à celui de la fureur, ils font venir des hommes armés pour appuyer leur résistance et leur opposition à la visite de l'archevêque.

Pendant ces préparatifs, le saint cardinal, en habits pontificaux, précédé de deux prêtres à cheval portant les insignes cardinalices et la croix épiscopale, monté lui-même sur une mule, s'avançait vers l'église de la Scala. A sa sortie du Dôme,le comte Gaspar de Mayno, sachant le danger qu'il allait courir, se permit de l'avertir en ces termes : « Prenez garde par vos disputes de perdre cette ville entière !

— En défendant l'honneur de Dieu, répond le saint sans s'émouvoir, je ne perdrai jamais cette ville ! »

Il arrivait près de l'église : les soldats des chanoines

Les Chanoines ne la §>cala.

courent au-devant de lui, prennent par le mors les chevaux de son cortège afin de les empêcher d'aller plus loin. Malgré les cinquante épées qu'on fait briller avec menace à ses yeux (*), l'archevêque descend tranquillement de sa mule, prend lui-même la croix et, les yeux fixés sur l'image du divin rédempteur, il s'avance lentement et majestueusement. vers la porte de l'église. Le bruit des armes,les cris de ces forcenés ne troublent pas son recueillement. Son vicaire affiche à la porte la sentence des censures encourues par les chanoines ; mais ceux-ci, aveuglés par la colère, arrachent la sentence archiépiscopale, et la déchirent en mille morceaux; ils injurient, ils frappent, ils repoussent avec violence le vicaire, et poussant leur folle révolte jusqu'aux dernières limites, ils ferment la porte de l'église à la face même du cardinal ; ils font sonner toutes les cloches et leur avocat, le fameux Barbesta, lance l'interdit contre l'archevêque lui-même, qu'il accuse d'avoir méprisé l'autorité du saint siège.

Le saint souffrit tout avec une admirable patience, il ne laissa pas échapper une parole de plainte, il semblait plus affligé du crime de ces malheureux que de l'humiliation et de l'injure qu'ils lui faisaient subir. Les témoins de cette scène scandaleuse ne purent contenir leur indignation : la ville de Milan entière fut unanime pour blâmer la conduite des chanoines.

Saint Charles s'éloigna avec la même sérénité qu'il était venu ; il se rendit au Dôme où il pria longtemps, implorant la miséricorde de Dieu sur ces malheureux et demandant les lumières dont il avait besoin pour diriger sa conduite en une circonstance aussi grave.

i. Lettre du saint à Ormanetto.

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