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coupable, sous la foi du secret. Le cardinal comprit que leur confidence n'était pas complète ; il soupçonna qu'ils n'étaient point eux-mêmes étrangers au crime, malgré le soin qu'ils avaient de dissimuler habilement la part qu'ils y avaient prise. Il leur parla amicalement, les engagea à lui faire un aveu complet ; ils s'y refusèrent constamment. Charles leur demanda alors de le délivrer de l'obligation du secret. Ce ne fut pas sans peine qu'ils y consentirent. Le cardinal fit connaître ce qu'il savait à l'évêque Scarampa. Les prévôts furent appelés devant le tribunal du commissaire apostolique ; dans l'interrogatoire, ils se trahirent par des réponses mensongères et contradictoires. On découvrit bientôt toute la trame du crime. Apprenant ce résultat, Charles se hâta d'écrire à Ormanetto pour intercéder en faveur des coupables: «Si par hasard, dit-il, à la suite de la question, on découvre en eux quelque culpabilité, je vous ordonne de prier instamment le pontife, en mon nom, de ne pas sévir trop violemment contre eux. Révéler son crime, c'est presque l'innocence : celui qui de lui-même l'avoue, prouve son repentir. Ces bons offices doivent surtout avoir leur effet pour Nassino qui a donné le premier indice de la conjuration et engagé Clément à tout révéler. Accordez-moi cela, à moi qui, en une certaine façon, les ai jetés dans ces filets, car sans moi, on n'eût point songé à eux ('). »
Voici comment la conjuration s'était formée. Les Humiliés, opposés aux réformes, trouvèrent plus expédient, pour se soustraire à cette obligation, de se débarrasser du cardinal Borromée, et ils complotèrent sa mort. Ce sacrilège projet s'élabora dans le couvent
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Châtiments et IRepentirs.
même de Bréra, entre Jérôme Donato dit le Farina, diacre, Clément Mérisio, ancien prévôt de Sainte- Marie de Fornova, Laurent Campagna, ex-prévôt de Saint- Barthélémy de Levata transféré à la prévôté des Saints- Jacques et Philippe de Brescia et Jérôme Legnana, ancien prévôt de Saint-Christophe de Verceil. Farina s'offrit pour être l'exécuteur de la sentence qui serait portée par cette infernale commission ; il demandait seulement l'argent, dont il aurait besoin pour fuir après la perpétration du crime. En attendant, il devait habiter une petite maison voisine du couvent des Barnabites où l'archevêque allait souvent. Les occasions d'atteindre le cardinal ne lui manqueraient pas. Lagnana avait des amis nombreux et puissants, il fut chargé de procurer l'argent nécessaire ; il frappa en vain à plusieurs portes. S'étant adressé en dernier lieu à l'un de ses confrères, nommé Tonso, prévôt des humiliés de Saint-Abondio de Crémone, celui-ci ne dissimula pas son horreur ; il lui fit de sévères reproches et menaça de le dénoncer s'il ne renonçait à son infâme projet. Il ne le fit point cependant.
Nos conjurés fort embarrassés songèrent à voler quatre mille écus d'or qu'ils savaient être en la possession du prieur de Bréra; mais ' devant les difficultés de l'exécution, ils s'arrêtèrent à un autre projet plus coupable encore, ils résolurent d'ajouter un nouveau sacrilège au vol. Une fois sur le chemin du crime, après avoir foulé aux pieds les engagements les plus sacrés, quelle considération était, en effet, capable d'arrêter ces misérables ? C'était l'habitude, le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, d'exposer dans l'église de Bréra tous les vases et tous les ornements sacrés
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d'argent. Ils décidèrent d'attendre cette fête: au moyen d'une ouverture faite dans le mur on pourrait facilement s'introduire dans l'église et dérober toutes ces richesses. Farina s'éleva contre ce projet, il en exagéra encore la scélératesse ; ce qui ne l'empêcha pas, la nuit même de l'Ascension, de pratiquer dans l'endroit du mur qu'on avait désigné l'ouverture projetée, de pénétrer dans le sanctuaire et d'emporter toute l'argenterie de l'église. Le lendemain, l'hypocrite voleur fut le premier à crier contre le sacrilège attentat ; il n'oublia pas de faire remarquer à ses complices qu'il fallait absolument chercher d'autres moyens de trouver de l'argent, puisqu'on les avait devancés dans leurs projets de vol. Les conjurés délibérèrent de nouveau ; ils s'arrêtèrent à la pensée d'étrangler le prévôt de Bréra au moment où, seul, il se livrerait à la prière, et de faire croire ensuite à une mort subite.
Pendant ces délibérations, Farina se dépouillait de ses habits de moine et fuyait à Mantoue. Il y vendait l'argenterie de Bréra, s'en allait à Venise où il s'embarquait pour Corfou. Là, il eut des remords, il songea un instant à entrer dans un autre ordre religieux pour y expier ses fautes. Un faux ami l'en détourna, il revint à Venise, à Brescia ; mais il n'avait plus d'argent. Il vola une mule, la vendit et, avec le prix qu'il en reçut, il acheta deux arquebuses et se rendit secrètement à Milan, chez l'un de ses frères. Il fit prévenir Lagnana de son retour, lui donna rendez-vous dans la ruelle des Capucins, près Saint-Victor de l'Ormeau.
Celui-ci , fidèle à l'appel de son ancien ami , amena avec lui Barthélémy Nassino, une nouvelle
Châtiments et Eepentirs.
recrue qu'ils venaient de faire. Ils apprirent à Farina que le cardinal Borromée n'avait en rien modifié sa conduite à leur égard, qu'il leur avait rendu l'existence intolérable, qu'il fallait en finir. Farina ne songea plus qu'à chercher l'occasion de mettre son dessein à exécution.
Il voulait d'abord attendre la fin de la visite pastorale du saint, mais revenant à son premier projet, il s'apposta plusieurs fois dans le voisinage de Saint- Barnabe, sans pouvoir jamais trouver le moment favorable. En désespoir de cause, il résolut de le frapper dans sa chapelle privée, à l'heure des prières du soir. Il s'y rendit le 25 octobre ; Dieu semblait vouloir lui fournir toutes les occasions de réfléchir et d'abandonner son projet. Ce soir là, l'archevêque de Milan n'était pas seul, il avait à ses côtés le cardinal Crivelli et l'évêque de Lodi ; le misérable craignit de ne pas diriger ses coups assez sûrement et il en remit froidement l'exécution au lendemain. Nos lecteurs savent comment, le 26 octobre 1569, il tira son arquebuse à brûle-pourpoint sur le saint archevêque, qui eût été infailliblement tué sur le coup, si Dieu ne l'eût miraculeusement préservé.
Aussitôt l'attentat commis, à la faveur de la nuit et de l'émotion des assistants, Farina put fuir et se rendre chez son frère. Le lendemain, il recevait de Lugnana un billet, écrit en caractères mystérieux, qui lui conseillait de se retirer à Verceil ; mais les mesures rigoureuses prises par le gouverneur ne lui permirent pas de quitter Milan. Quinze jours après l'attentat, il put s'évader de sa retraite et se retirer en Piémont, où il s'enrôla dans l'armée du duc de Savoie. Nassino,