‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 27 sur 169 · Chapitre tiingt^troisicme · texte numérisé non relu

Chapitre tiingt^troisicme

même de la Pentecôte ; elle s'est un peu calmée ; elle me prenait tous les trois jours, j'ai eu neuf accès. J'ai quitté la ville, pour me refaire, je suis allé habiter une partie de mon diocèse, située sur les collines et favorisée d'un air plus sain. Je me repose, depuis environ six jours, à Varallo, où la méditation des mystères de notre Rédemption, représentés dans de petites chapelles, récrée mon esprit. »

Terrassé plutôt que vaincu par le mal, il avait dû rendre les armes et songer à réparer une santé sérieusement compromise par les ardeurs de son zèle. On avait invoqué les intérêts de son Église pour l'engager à se soigner, il avait répondu : « La vie est si peu de chose qu'elle ne mérite pas d'être conservée au prix de l'interruption de mon ministère pastoral ; ils se trompent ceux qui placent dans un homme l'espérance d'un bien public qu'on doit demander à Dieu seul, l'auteur de tout bien.

Sa faiblesse était extrême : « Je ne puis vous dire, écrivait-il à l'évêque de Corne, que j'ai retrouvé mon ancienne santé ; mes forces sont encore très faibles. Ces jours derniers, je fus pris d'un paroxysme de nerfs sur la route de Plaisance où je me rendais pour visiter Mgr le cardinal Alexandrin ; je fus forcé de revenir sur mes pas, sans pouvoir accomplir ce devoir. Depuis je n'ai rien ressenti (I). »

Il avait voulu néanmoins reprendre le cours de ses visites pastorales : à Massila, il apprend la mort du duc d'Albuquerque dont lavant-veille seulement on lui avait annoncé la maladie. Il aimait beaucoup le gou-

i. Lettre du24 juillet 1571. — Bib. Amb: Ms C. S. I, 6.

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verneur. Cette nouvelle l'affligea ; il partit pour rendre à sa dépouille mortelle les derniers devoirs et essuyer les larmes de l'épouse et des enfants qu'une mort aussi prompte avait atterrés.

Un autre deuil vint affliger plus profondément le cardinal: le saint et grand pontife qui occupait la chaire de Saint- Pierre, épuisé par ses abstinences et ses travaux plus encore que par l'âge, expirait au milieu d'atroces souffrances auxquelles son héroïque modestie n'avait pas voulu que les médecins apportassent quelque soulagement. Le cœur de saint Charles ressentit vivement ce coup : l'énergie de Pie V pour l'exécution du Concile de Trente, son intrépide courage pour défendre les droits de l'Eglise, ses vertus privées l'avaient rendu cher au pieux cardinal. Sa douleur fut si grande, qu'il ne put retenir ses sanglots, quand, avant de partir pour le conclave, il voulut, dans un touchant discours à son peuple, payer à la mémoire de ce saint vieillard le. tribut de sa vénération et de ses regrets. Il était lui-même encore très affaibli par la maladie, la fièvre ne le quittait pas et les médecins redoutaient la phtisie. Son devoir l'appelait à Rome pour l'élection d'un nouveau pontife, il n'hésita pas à se mettre en route. Les médecins tentèrent vainement de s'opposer à son départ ; ne pouvant rien obtenir, ils voulurent du moins qu'il emportât avec lui une quantité considérable de remèdes. On chargea un mulet de fioles et de médecines de tout genre et on le fit partir avec la suite de l'archevêque; mais, près de Bologne, le maladroit mulet se laissa choir dans le fleuve et les médecines se mêlèrent aux eaux de la rivière. Le saint s'amusa beaucoup de l'aventure : « C'est d'un bon

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augure pour ma santé ! » s'écria-t-il en riant, et de fait il arriva à Rome plein de vigueur.

Sur la route, on lui remit les lettres de plusieurs princes qui l'engageaient vivement à se rendre au conclave. Le grand duc de Toscane lui écrivait de se hâter, il se tramait à Rome des intrigues dans le but de presser la réunion du conclave avant l'arrivée des autres cardinaux et il le conjurait de partir le plus promptement possible, « afin d'écarter par son autorité et sa prudence des orages qui pourraient agiter, sinon submerger la nacelle de la sainte Eglise ('). » Le grand duc lui annonçait qu'il envoyait à sa rencontre une litière jusqu'à Bologne.

Philippe II d'Espagne, Sébastien de Portugal et plusieurs autres souverains lui exprimaient également toute la confiance que sa présence au conclave leur inspirerait.

Le conclave se réunit le 12 mai; le lendemain le cardinal Ugo Buoncompagni de Bologne était élu et il prenait le nom de Grégoire XIII. L'influence exercée parle saint sur cette élection n'est pas douteuse. Il connaissait depuis longtemps les mérites du cardinal Ugo : il l'avait reçu des mains de Pie IV comme conseiller, à son arrivée à Rome. Au concile de Trente, Buoncompagni avait brillé comme jurisconsulte et, à la science, il joignait toutes les vertus qui font les bons papes.

En répondant aux princes qui lavaient sollicité de se rendre au conclave, il ne songea nullement à nier ou à déguiser son action dans la nomination du

J. Lettre du 6 mai 1572.

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nouveau pape. Au roi d'Espagne, il exprime sa joie de voir que Sa Majesté daigne lui exprimer « sa satisfaction pour la part qu'il a prise à cette élection ; je n'ai eu d'autre vue que le service de Dieu et le bien universel de la chrétienté (x). » Il se sert presque des mêmes termes dans ses lettres aux ducs de Toscane et de Savoie.

L'élection faite, le cardinal songea à retourner dans son diocèse ; mais le pape, désireux de jouir de sa présence, ne voulut pas y consentir. Les débuts d'un pontificat présentent toujours de grandes difficultés et les lumières du cardinal pouvaient lui être d'un grand secours pour les surmonter. Les médecins vinrent à l'appui de la décision pontificale, ils déclarèrent que le voyage jusqu'à Milan, au moment où les chaleurs commençaient à se faire sentir, pourrait compromettre la vie de l'archevêque. Il fallut obéir ; mais pour tranquilliser la conscience de saint Charles, Grégoire XIII fut obligé de lui donner un bref en vertu duquel il le dispensait de la résidence et lui ordonnait de rester à Rome, pendant trois mois, afin d'y traiter les affaires de son Eglise et de résoudre les difficultés qu'avait rencontrées l'exercice de sa juridiction ecclésiastique (2).

A Rome, le saint songea aux intérêts de l'Église universelle : « Je ne manquerai pas, écrit-il à son vicaire Castelli, de m'employer au service de la sainte Eglise, dans tout ce que mes faibles forces me permettront (3) » : mais il s'occupe de sa propre Eglise ; de

i. Bib. Amb : Ms. C. S. f, 7.

2. Bref du 17 août 1572 publié par A. Sala dans les Docum., vol. I, p. 258.

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