Chapitre tHngt-qtiatnème
Notre Seigneur. L'an dernier lorsque deux cardinaux lui eurent fait l'exposé de mes droits, je me montrai prêt à me taire, à supporter et à souffrir tout préjudice, si le vicaire de Dieu en terre le jugeait convenable pour le service de Sa Majesté, pour le bien public ; j'étais également disposé à affronter toutes les fatigues et tous les périls pour la défense de l'Eglise, si tel était le bon plaisir de Sa Sainteté. Notre Seigneur m'ordonna alors de défendre, de maintenir ma possession et mon droit pour lesquels j'ai eu, ces six ou sept dernières années, tant de tracas à supporter. Il aura à cœur je n'en doute pas la défense de cette Eglise et de ses droits (ï). »
La sentence d'excommunication . fut portée nommément contre le grand chancelier et implicitement contre le gouverneur. Ce dernier, profondément irrité, députa, le 8 août, vers le cardinal, vingt chevaliers; l'un d'eux, Sforza Morone, avait mission de lire, en sa présence, une orgueilleuse et hautaine protestation :
« Votre Seigneurie illustrissime, disait le gouverneur, doit se rappeler qu'elle est née vassal et sujet de Sa Majesté et se souvenir des dons qu'elle a reçus de sa main. Sa Majesté est le plus grand et le meilleur prince du monde et de plus, il est encore le principal, ou pourrait dire le seul protecteur de l'Église romaine. » Le reste de la protestation était sur ce ton ; il affirmait qu'on ne devait pas ainsi procéder contre lui, « grand commandeur (2) ; » qu'il avait droit à des égards personnels, quand bien même il n'eût pas été le représentant d'un si grand prince. Le cardinal, prétendait-il, avait
i. Lettre du 12 août 1573. — V. Docicm. vol. III, p. 469 et suiv. 2. Il était grand commandeur de l'ordre de Saint-Jacques.
le nouveau Œoutierneur ne ©tlan. 73
tous les torts, il était le provocateur et il ferait mieux de combattre et d'arrêter l'hérésie qui était aux portes de Milan, que de lancer les foudres de l'Eglise contre les bons catholiques. Il résultera de ces censures de grands scandales, de grands troubles qui pourront mettre le feu, non seulement dans l'Etat, mais dans la chrétienté entière. Tout retombera sur le cardinal ; lui, grand commandeur, s'est arrangé de manière à éviter toute responsabilité (x). Enfin dans un acte officiel, écrit dans la langue de l'Eglise, le gouverneur en appelait au saint père de la sentence de l'archevêque.
Si Requesens eût été dans son droit, il n'eût point montré cette morgue insolente, indigne d'un homme qui se respecte et surtout du représentant d'un monarque aussi puissant. Là ne devaient pas s'arrêter ses colères: il envoya le comte Aiguissola à la tête de troupes avec l'ordre d'occuper le château d'Arona, patrimoine de la famille Borromée. En vertu d'anciens privilèges, accordés par les rois d'Espagne, une garnison en avait la garde et elle y exerçait son autorité, au nom de Charles. Le commandant, Jules Beolchi, refusa de livrer la place ; mais, dès que l'archevêque eut connu les ordres donnés par Requesens, il prescrivit à ses soldats de n'opposer aucune résistance. Il envoya aussitôt son oncle, François Borromée, chez le gouverneur pour protester, en son nom, de la fidélité de sa famille au roi d'Espagne. « Il est inutile d'envoyer la force armée, disait-il, un signe suffit et nous obéirons. La forteresse et tous mes autres fiefs appartiennent au roi, il peut en disposer, comme il lui plaît. Mais dans les affaires concernant