V. Sala : Docum. etc., vol. II, p
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l'Église et le service de Dieu, je ne puis, en aucune manière, faire des concessions. »
Ce noble langage de l'archevêque, loin de calmer le gouverneur, parut l'irriter davantage ; causant avec son secrétaire il s'oublia jusqu'à tenir ce propos : « Puisqu'on m'y contraint, je ferai ce qu'il y a de pire. J'afficherai sur les murs de la ville des libelles diffamatoires contre le cardinal et contre Pie IV ; je dirai comment, pendant son pontificat, ils cherchèrent à diviser cet État, comment, dans ce dessein, ils eurent des menées secrètes avec les Suisses. Partout, en Espagne et ici, où j'ai autrefois exalté la bonté et la vertu du cardinal, je publierai maintenant ce que je pourrai trouver de pire contre lui, que ce soit la vérité ou non. »
Il tint parole. Quelques jours après ces menaces, le 3 1 août, on pouvait lire sur la porte de plusieurs églises de Milan l'affiche suivante :
« De l'avis général de la partie la plus saine de la ville de Milan, on déclare que l'illustrissime et révérendissime cardinal Borromée est un ignorant, un homme scandaleux, peu digne de confiance, très suspect au souverain de la nation, dont il est né sujet et vassal et dont il a reçu tant de bienfaits. On le juge excessivement ingrat et téméraire dans ses actions ; on peut le regardercommedépourvude tout jugement et comme le principal auteur des troubles, qui sont nés de ses imprudentes et folles actions: ce citoyen ayant travaillé à détruire sa patrie, sa patrie le déclare indigne d'elle. »
Plusieurs personnes lisaient ce pamphlet, après l'avoir arraché de la porte de l'église de Saint-Étienne où il était affiché ; un ecclésiastique, qui passait en
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cet endroit, le prit de leurs mains et le porta à monseigneur Jean Fontana, vicaire criminel de l'archevêché. Une enquête fut faite. Le secrétaire du gouverneur, François Lino, fut appelé à comparaître ; sa déposition fut très explicite, il répéta ce que son maître avait >dit en sa présence et le doute ne fut plus permis sur l'auteur de la « Pasquinade contre le cardinal Borromée », comme l'appelle l'un des témoins de ce procès (!). Le saint, en adressant ce document à monseigneur Castelli, lui dit : « Je vous envoie le Pasquino dont, il me semble, vous ne devrez pas parler maintenant... Vous verrez qu'on a voulu mettre Pasquino en avant en échange de l'excommunication (2). » Le gouverneur ne se contenta pas de ces puériles vengeances qui ne pouvaient, comme l'écrivait d'Espagne le nonce Ormanetto, « que déshonorer le grand roi qui porte le titre et le nom de roi catholique (3). » Il prit d'autres mesures qui atteignirent véritablement le saint au cœur. Par un édit, il défendit aux écoles de la doctrine chrétienne, aux confréries de pénitents de se réunir, sans la présence d'un représentant de l'autorité civile. Il interdisait aux pénitents l'usage du vêtement distinctif de leur confrérie, dans les cérémonies publiques, et sous lequel ils pouvaient, par modestie, cacher leurs visages à tous les regards. En annonçant à monseigneur Castelli ce nouvel attentat à la liberté de son Église, le cardinal dit : « Aux membres de ces
i. V. Sala : Docum. etc., tom II, p. 23 et suiv. — Ce furent les soldats eux-mêmes du gouverneur qui l'affichèrent. — Docwn., tom III, p. 491.