‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 40 sur 169 · Chapitre tringt>quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre tringt>quatrième

Le commandeur de Requesens venait d'être nommé gouverneur des Flandres. Cette nomination l'avait surpris, au milieu de ses difficultés avec l'archevêque ; il était toujours sous le coup de l'excommunication lancée contre lui, il sollicita de Rome la permission de se faire absoudre. La raison de son départ très prochain, qu'il mettait en avant, parut un motif suffisant et le saint père lui fit adresser la permission de se faire absoudre par qui il voudrait. En l'absence de son confesseur, Requesens alla trouver un religieux récollet, le père Léonard, qui lui donna l'absolution, après avoir pris connaissance du bref du saint père.. Le gardien du couvent, ayant appris que le père avait absous le gouverneur, qui viendrait le lendemain à leur église entendre la messe et communier, se montra fort inquiet, il alla trouver l'archevêque pour savoir ce qu'il aurait à faire. Le cardinal ignorait l'envoi du bref, et il avertit le père gardien de réfléchir à ce qu'il ferait. « Si le bref,dit-il, autorise l'absolution in foro conscientiœ, je n'ai rien à y voir ; mais, le commandeur vous le savez, était excommunié et dénoncé comme tel publiquement ; si le bref donnait au confesseur le droit de l'absoudre in utroque jure, alors je devais être prévenu, voir le bref afin de pouvoir annoncer au peuple cette absolution. »

Le commandeur, se jugeant bel et bien absous, se rendit dans plusieurs églises pour y entendre publiquement la messe; il ne fut pas accueilli partout; néanmoins il trouva moyen de faire célébrer la messe au palais, publiquement et avec sa musique ordinaire. Ce fut l'occasion de nouveaux ennuis pour l'archevêque.

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Dans une lettre du 4 octobre, adressée à Mgr Castelli. il se plaint du procédé dont on a usé envers lui. D'après les règles établies, on devait au moins lui donner avis de la faveur accordée au commandeur : il charge son vicaire d'exprimer 'au cardinal de Corne son mécontentement. En agissant de cette façon, disaitil, « on enverrait promener le respect dû aux ordinaires, e la riverenza dé gli ordinarii anderebbe a spasso. » Il demandait qu'on lui adressât, à lui, archevêque de Milan, un bref dans lequel il serait expliqué que le saint père avait accordé au commandeur un bref d'absolution, en considération de son départ pour les Flandres, et non point parce que la validité des censures fulminées contre lui était douteuse. Le lendemain il écrivait au saint père la lettre suivante :

« Je suis forcé d'importuner encore les oreilles de Votre Sainteté, à l'occasion des nouvelles injures qui, sous vos yeux, viennent d'être faites à mon Église et de l'audace qui, de jour en jour, devient plus grande par suite de la bonté et de la patience de Votre Sainteté.

«Vous apprendrez de Mgr Castelli le scandaleux exemple du mépris public de l'autorité et de la discipline ecclésiastique, donné il y a quatre jours, sous le prétexte que l'autorité de Votre Sainteté l'a secrètement appuyé. Vous daignerez considérer, d'un œil paternel, que si mes péchés devant Dieu me rendent digne de toute humiliation, cependant la dévotion et la piété de mon peuple ne méritent pas cette humiliation; elle ne la mérite pas non plus cette Église qui a toujours montré une obéissance et une soumission particulières au saint siège, qui vient en quelque sorte de l'abandonner.... Je vous prie de songer à l'influence

Cbapitre tungt^quatrième.

que pourra exercer sur une âme simple, vivant dans le voisinage des hérétiques, ce mépris de la discipline ecclésiastique de la part d'une personne aussi élevée en dignité, si Votre Sainteté ne fait pas connaître, par un acte formel, combien ces excès la mécontentent et lui tiennent vivement au cœur. Je vous prie, au nom de cette Eglise, de n'omettre aucun des remèdes légitimes que les saints canons vous offrent pour sa défense, de ne point permettre à aucune puissance, à aucune considération de chercher à affaiblir ses droits si évidents; mais secourez-la de votre bras vigoureux, conformément à ce que je me suis toujours promis de votre justice et de votre protection. Si Votre Sainteté pense autrement, c'est-à-dire, si vous ne voulez pas que mon Eglise se défende, mais qu'elle cède, qu'elle supporte d'être opprimée et foulée de toutes parts, du moins commandez-moi franchement d'agir ainsi, j'obéirai avec calme à celui qui a le gouvernement et la sollicitude de toutes les Églises. Les préjudices spirituels que ces luttes peuvent engendrer chaque jour ne seront plus à ma charge, je m'appliquerai à satisfaire à mes autres devoirs de pasteur dans le gouvernement de cette Eglise et je ne vous importunerai plus en de semblables occasions (*). »

Quelques jours après, le 10 octobre, le cardinal de Côme, répondant à saint Charles au nom du saint père, lui exprimait le déplaisir que Sa Sainteté avait éprouvé de tout ce qui s'était passé à Milan. En expédiant le bref au commandeur, le pape pensait qu'il ne le recevrait pas à Milan, mais en Suisse, à cause de son

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